Au Palais Galliera, le corset de Marie-Antoinette, pièce maîtresse d’une exposition éblouissante

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Dans un éclat de dentelle et de teintes pastel la drag-queen Utica incarne l’exposition « la Mode du 18e siècle, un héritage fantasmé » au Palais Galliera. Ce portrait, dans lequel elle arbore une rose et une perruque extravagante, clôt le parcours qui s’ouvre ce samedi 14 mars. Une image qui flirte avec l’esthétique de Marie-Antoinette, maintes et maintes fois réinterprétée au fil des époques et dont deux objets sont les pièces maîtresses. Offrant un pont entre le mythe et l’histoire, son corset, symbole de la mode à la française, témoigne de son influence et de l’élégance du temps.

Plus saisissant encore : le soulier porté le jour de son exécution, perdu selon la légende en trébuchant. Ces objets, véritables témoins d’une époque, dialoguent avec l’interprétation moderne de la figure royale.

Le corset attribué à Marie-Antoinette. AFP/Dimitar Dilkoff

Le corset attribué à Marie-Antoinette. AFP/Dimitar Dilkoff

À travers une collection impressionnante de coiffures, de passementeries et de plus de 70 silhouettes évoluant au fil des décennies, cette exposition déconstruit l’imaginaire collectif associé à la mode du siècle des Lumières, offrant ainsi les clés pour décrypter ses influences contemporaines.

Le soulier de Marie-Antoinette perdu, selon la légende, en trébuchant le jour de son exécution. Musée des Beaux Arts de Caen

Le soulier de Marie-Antoinette perdu, selon la légende, en trébuchant le jour de son exécution. Musée des Beaux Arts de Caen

Le XVIIIe siècle, temps des révolutions et de profondes mutations, se révèle à travers ces silhouettes, vestiges silencieux d’une histoire en constante évolution. La Restauration a longtemps réduit cette période aux figures de Louis XV, Louis XVI et Marie-Antoinette. De fait, seules les robes à la française, symboles d’ostentation avec leurs jupes amples et leurs décors floraux aux couleurs saturées, viennent généralement à l’esprit lorsque l’on évoque ce siècle.

Pourtant, l’exposition nous apprend que cette époque fut le berceau d’autres codes vestimentaires, à l’image des robes aux silhouettes plus naturelles, inspirées des tenues paysannes, caractérisées par leurs lignes droites et leurs tons écrus. Au centre de la première salle, l’une de ces créations, datant de la fin du siècle, illustre parfaitement la transformation constante de la mode durant cette période. Un chemin jalonné de bouleversements, de la structure des silhouettes aux goûts pour les textiles.

Les œuvres proposent un florilège de merveilles visuelles. Parmi elles, une passementerie de plusieurs mètres garnie de petites fleurs fabriquée en sourcils de hanneton et en fil de soie. À la fin du siècle, la mode pointue est au textile uni et la valeur esthétique d’un vêtement provient de son ornementation. Une tendance créée par les marchandes de l’époque qui s’appuient sur la presse.

Le rose, absent ou discret dans les véritables tissus du siècle des Lumières

Après avoir exposé la richesse et la diversité de l’esthétique vestimentaire du XVIIIe, le Palais Galliera tisse un dialogue fascinant avec les époques qui la suivent. On y découvre notamment que la rose, souvent perçue comme l’emblème floral du siècle des Lumières, est en réalité un artifice du XIXe siècle.

C’est à cette période que les soyeux lyonnais s’inspirent des décors textiles du XVIIIe. Ils reprennent le goût des méandres et des arabesques, mais y insufflent une nouvelle vie en ponctuant ces motifs de roses. Celle-ci, absente ou discrète dans les véritables tissus du siècle des Lumières, devient alors, et souvent à tort, le symbole floral de cette ère. Cette prépondérance s’explique en partie par l’importance de la culture de la rose dans la région de Lyon.

Une robe Givenchy (1957). Palais Galliera

Une robe Givenchy (1957). Palais Galliera

Le XIXe siècle opère ainsi une réappropriation sélective du XVIIIe, l’adaptant à ses propres codes esthétiques. Une démarche qui n’est pas sans rappeler celle de notre époque actuelle. L’exposition en offre une illustration éclatante avec une robe de cocktail Chanel signée Karl Lagerfeld en 2005, un an avant la sortie du film « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola, phénomène de pop culture à qui l’exposition rend aussi hommage.

Cette pièce, d’une élégance intemporelle, cite explicitement le XVIIIe à travers ses fameux plis Watteau – un hommage au peintre du siècle des Lumières, auquel une section de l’exposition est dédiée. C’est là la preuve que l’influence de cette époque continue d’irriguer la création contemporaine, témoignant d’un héritage non seulement fantasmé, mais résolument vivant.

De la rigueur du corset de Marie-Antoinette à l’audace libératrice des drag-queens, symboles d’une liberté artistique, sociale et politique, l’exposition « la Mode du 18e siècle, un héritage fantasmé » célèbre avec brio la rencontre inattendue entre histoire, haute couture et pop culture.

« La Mode du 18e siècle, un héritage fantasmé » au Palais Galliera, 10 avenue Pierre 1er de Serbie, Paris XVIe. Du 14 mars au 17 juillet.

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