Cette tomate est-elle bien bio ? Impossible de le savoir en la regardant. Évelyne Adjei Mensah, elle, le sait. Dans son laboratoire de Perpignan (Pyrénées-Orientales), cette docteure en géochimie environnementale qui a cofondé Anopa en 2023 est capable de faire parler les atomes. « En analysant l’azote présent dans un fruit ou un légume, nous pouvons déterminer si celui-ci provient d’une source naturelle ou chimique et donc confirmer ou non son origine bio », explique-t-elle.
La technique qu’elle emploie pour y parvenir s’appelle l’isotopie. « L’isotope peut être comparé à une empreinte digitale, mais en version chimie », résume Bettina Gonzales, cofondatrice et DG d’Anopa. Et les exemples sont parlants : « Le safran d’Espagne n’a pas la même signature isotopique que le safran iranien car la composition de l’eau de pluie qui a arrosé les champs est différente. Pour le vin, même principe : en croisant la signature isotopique de l’eau avec celle du sol, on peut identifier l’origine géographique du raisin. »
Pour donner confiance à ses clients
Cette technique de pointe ne se limite pas à l’agroalimentaire. « Dans le textile, l’isotopie permet par exemple de garantir que le coton utilisé ne provient d’une zone géographique réputée pour le travail forcé des enfants ou de minorités », ajoute Évelyne Adjei Mensa.
Aujourd’hui, si l’isotopie est bien connue dans le monde de la recherche, elle reste encore largement méconnue du monde industriel, pointe la chercheuse : « La plupart des entreprises ne savent pas qu’il est possible de tracer une matière première. Or en demandant une garantie sur l’origine, on s’assure de payer le juste prix et on rassure ses clients ».
Le 4 décembre dernier, Anopa a été lauréate du 27e prix de l’innovation Alfred Sauvy, qui récompense les entreprises les plus innovantes des Pyrénées-Orientales. Une reconnaissance et un tremplin pour cette jeune entreprise, qui se prépare à lever des fonds pour poursuivre son développement.











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