Blocs de béton, accusations de corruption et friture : à Saint-Ouen, le bras de fer entre Karim Bouamrane et «Master Poulet»

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Depuis le 11 avril, la mairie de Seine-Saint-Denis et la chaîne de restauration rapide s’écharpent autour de l’ouverture de l’enseigne à Saint-Ouen. La fronde, menée à coups de procédures judiciaires, affole les réseaux sociaux.

Dans la ville de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), au-dessus de l’enseigne de restauration rapide Master Poulet à deux pas de la station de métro Mairie de Saint-Ouen, une banderole claironne d’un ton plaisantin : «N’en déplaise à Karim, nous sommes ouverts». Sous la banderole, des agents municipaux installaient ce vendredi après-midi d’immenses pots orange plantés de palmiers et d’arbustes, juste devant l’entrée du fast-food, comme pour couper l’accès aux clients de la chaîne de restauration rapide.

«Rendez-vous au prochain épisode», avait prophétisé l’intéressé, le maire socialiste Karim Bouamrane, sourire en coin, en réponse à l’enseigne, dans une vidéo postée ce jeudi sur son compte Tik Tok, où l’on peut suivre la chronique de cette fronde qui oppose l’édile de Saint-Ouen à la chaîne de restaurants.

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Depuis le 11 avril, les deux protagonistes se livrent à une passe d’armes acharnée autour du maintien du restaurant dans la ville. Le premier, qui bataille pour fermer le restaurant, argue de la lutte contre la malbouffe, quand le second riposte à coups de procédures judiciaires et de communication léchée sur les réseaux sociaux pour maintenir la boutique ouverte.

Plats garnis et peu onéreux

«Master Poulet» est une chaîne de restauration rapide spécialisée dans la vente de plats à emporter composés de volatile grillé. La formule est simple : des plats très caloriques et généreux, composés de poulet, agrémentés de riz ou d’alloco (bananes plantain grillées), pour des prix très attractifs (moins de 11 euros la barquette), servis rapidement. Ces formules, déclinées par plusieurs enseignes, suscitent un engouement inédit chez les jeunes ces derniers mois. Et constituent la cible principale de la «lutte contre la malbouffe», combat porté par Karim Bouamrane qui a fait de «Master Poulet» l’étendard de cette «junk food» qu’il voudrait faire disparaître des rues de Saint-Ouen.

Le 11 avril dernier, le restaurant ouvre dans un climat tendu. «On avait essayé de prendre contact avec la ville avant l’ouverture mais nous n’avons obtenu aucune réponse», assure un dirigeant de Master Poulet auprès du Parisien . Ce que la municipalité dément, assurant n’avoir reçu aucune demande d’entretien de la part du fast-food. Quatre jours après l’inauguration, des barrières sont installées par la ville. Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, la municipalité prévient : «Tout sera mis en œuvre pour empêcher le développement de ce type d’activité sur (sic) Saint-Ouen.» 14 contrôles des autorités sont recensés sur le site en trois jours, rapporte Actu Paris

Blocs de béton pour bloquer l’entrée

Reste cependant que l’ouverture d’un commerce dans une ville relève bien souvent du droit privé : la municipalité n’a que peu voix au chapitre sur les transactions immobilières, à part si elle décide de préempter les locaux au moment de la vente pour diversifier les commerces. Qu’à cela ne tienne : le 14 avril, la ville fait installer des blocs de béton pour empêcher l’accès à une terrasse, aménagée «sans autorisation» selon la municipalité. «Il était donc impossible de venir acheter chez nous», reprend le responsable de l’enseigne.

Master Poulet riposte, multiplie les banderoles sur la devanture de la boutique pour protester contre la mise en place de ces blocs. «Comment les mairies attribuent-elles les locaux ?», «master Poulet contre la corruption», proclament les affiches placardées à la vue des clients. Qui renchérissent en publiant les slogans sur les réseaux sociaux : l’affaire prend bien vite une ampleur médiatique, alimentée par les internautes qui se passionnent de ce feuilleton. Les slogans suscitent cependant l’ire de la mairie, qui annonce déposer plainte suite à ces banderoles «diffamatoires», rapporte encore Le Parisien. La commune se fend également d’un communiqué expliquant que «l’établissement, dont la ville a fermement refusé l’implantation, s’est vu contraint de fermer».

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Passe d’armes judiciaire

Master Poulet ne baisse pas les armes, saisit le tribunal administratif de Montreuil pour contester la mise en place des plots de béton. «En installant des barrières de béton d’un mètre soixante de hauteur tout autour du local commercial de la société requérante, la commune de Saint-Ouen-sur-Seine conduit de facto à une fermeture administrative de la société requérante, en entravant le fonctionnement normal de la société, en l’absence de toute décision motivée», estime en réponse le juge des référés cité par Actu Paris, le 17 avril. La ville a quarante-huit heures pour retirer les blocs litigieux et libérer l’accès au commerce pour les clients. La municipalité y consent finalement, à la toute fin de l’ultimatum donné par le tribunal. En face, Master Poulet s’engage à retirer sa terrasse. Mais ne perd pas l’occasion de se rengorger : «N’en déplaise à Karim… Nous sommes ouverts et refusons d’augmenter nos prix !», plastronnent ainsi les banderoles accrochées sur la devanture de la boutique.

Jeu, set et match pour Master Poulet qui remporte le droit de continuer à vendre ses poulets grillés ? Rien n’est moins sûr, puisqu’au vu de ces plantes en pot qui trônent désormais devant le restaurant, Karim Bouamrane ne semble pas avoir abandonné la partie. Et auprès de plusieurs médias, la municipalité assure préparer « un arsenal juridique », tandis que le fast-food et ses avocats évaluent le préjudice financier subi pour lancer d’autres poursuites judiciaires.

Master Poulet avait déjà été au cœur de plusieurs polémiques lors de son implantation en Île-de-France. À Châtillon, la mairie pointait ses horaires de vente à emporter trop étendus tandis qu’à Asnières-sur-Seine, la municipalité dénonçait des travaux réalisés sans autorisation. A Boulogne-Billancourt, la prolifération de ces enseignes qui proposent des plats à très bas prix désespère les commerçants des restaurants traditionnels, qui s’inquiètent de la perte des clients. À Paris, dans le XIIe arrondissement, des habitants du quartier de la porte Dorée se sont plaints pour leur part des odeurs de friture.

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