« C’est lui qui est venu vers nous » : Arnaud Lagardère confirme l’arrivée de Boualem Sansal chez Grasset

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« On ne vole pas les auteurs des autres. » Arnaud Lagardère, patron d’Hachette Livres, a été très ferme et très calme à la fois sur le transfert surprise de Boualem Sansal de Gallimard chez Grasset, maison appartenant à Hachette et donc au groupe Bolloré. Transfert qui affole et choque le monde de l’édition depuis sa révélation jeudi.

L’écrivain franco-algérien, 81 ans, a été libéré il y a peu des geôles algériennes après un an d’enfermement et une condamnation à 5 ans de détention, pour des propos tenus sur un conflit de frontière entre l’Algérie et le Maroc. La France, et aussi l’Allemagne, ont multiplié les contacts diplomatiques pour le faire sortir de prison.

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Le romancier, atteint d’un cancer, édité depuis ses débuts par Gallimard qui l’a beaucoup soutenu lors de sa détention, a surpris tout le monde en quittant son éditeur historique pour le groupe Bolloré. Il en a dit quelques mots, loin de la presse, lors de l’inauguration privée du Salon Hachette jeudi soir.

Mais ce vendredi matin, lors du point presse, juste avant l’ouverture au public pendant trois jours de cette Fête des 200 ans d’Hachette, Sansal était absent. « Il serait venu, il aurait même adoré être face à vous, mais il vient de partir à l’étranger pour le week-end », a souri Arnaud Lagardère.

« On ne pille pas les autres »

Qui a approché l’écrivain pour son transfert spectaculaire digne d’un mercato footballistique ? « Je n’ai pas à les nommer, ces personnes, mais ce n’est pas nous. On ne pille pas les autres. Ce sont des amis de Boualem Sansal qui sont venus nous voir. C’est lui qui est venu vers nous. Après son année terrible dans les geôles algériennes, il a voulu complètement changer de vie. Et il commence par changer de vie professionnelle. Nous lui avons demandé dans laquelle de nos maisons il souhaitait être édité. C’est Grasset. Nous l’avons présenté à Olivier Nora (qui dirige Grasset). Ce n’est pas un choix idéologique mais littéraire. Boualem est un grand écrivain », avance Arnaud Lagardère.

Beaucoup dans le monde éditorial ont en effet avancé que les idées droitières de Bolloré avaient pu l’attirer dans cette galaxie éditoriale. « Mais non, il veut commencer une deuxième vie ! Il a décidé de tirer un trait sur son passé « , rétorque le boss. A 81 ans ? « Depuis peu, il est Immortel », sourit le patron du conglomérat, allusion à l’élection récente de l’écrivain au fauteuil numéro 3 de l’Académie française.

« Nos médias l’ont particulièrement soutenu »

« Notre groupe a beaucoup œuvré pour sa libération. Ça a joué peut-être. Il a vécu les pires choses qu’on puisse imaginer », lance aussi Lagardère. Plus que Gallimard ? Pas de réponse. « Vous admettrez que nos médias, d’Europe 1 au JDD, ont particulièrement soutenu Boualem », rétorque ce dernier.

Mais plus concrètement ? « Un mystère c’est beau. Que son arrivée chez nous reste un mystère. Il le racontera peut-être un jour dans un livre ». A quand le premier ouvrage de Boualem Sansal sous la couverture jaune de Grasset ? « Bientôt, je pense ».

En attendant, le public pourra découvrir gratuitement pendant trois jours les auteurs et éditeurs Hachette ce week-end au Palais Brongniart, au cœur de Paris. Un concurrent au Salon du Livre et une nouvelle attaque contre le monde de l’édition ? Un autre débat. Boualem Sansal, lui, a choisi un camp, sans que l’on connaisse encore ses motivations, un meilleur contrat, une proximité politique, sa volonté de faire table rase ou l’influence de ses amis Immortels, présents en nombre chez Hachette. Une nouvelle famille, en effet.

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