Escrime : Enzo Lefort en quête des raisons du succès de Laura Flessel et des escrimeurs guadeloupéens dans un documentaire

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La question lui est venue une fois. Une autre. Et encore. Depuis ses premiers pas en équipe de France à 16 ans, Enzo Lefort fait face à cette interrogation. Pourquoi la Guadeloupe alimente, de Laura Flessel à Yannick Borel en passant par sa propre personne, largement l’élite de l’escrime française ? Alors en 2021, dans la foulée des JO de Tokyo où le fleurettiste décroche l’or par équipes, l’athlète se penche sur la question.

Son cheminement a mené, près de cinq ans plus tard, à la création d’un documentaire que l’escrimeur co-réalise avec Félix Magal et Vincent Lorca. 52 minutes à suivre le développement de ce sport sur l’île antillaise, entre héritage d’un art martial des esclaves en fuite, et les pionniers de ce sport dans les années 1960. Le tout donne « FÒS », « force » en créeole.

« J’ai fait des recherches, je suis allé voir mon premier maître d’armes, j’ai retrouvé des vieilles coupures de journaux, décrit-il. En fait, il n’y a pas de raison unique. C’est un mélange de plusieurs facteurs, avec le rôle de modèles. Nous dans ma génération, on a été inspirés par la médaille d’or de Laura Flessel aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996. »

A 15 ans, le déracinement

Cette dernière intervient à l’écran pour raconter son destin, de petite fille passionnée à double championne olympique d’épée. Pour Laura Flessel et ses enfants spirituels, il a fallu traverser l’Atlantique en plein coeur de l’adolescence pour aller se frotter au haut niveau d’un sport élitiste dans l’Hexagone. A 15 ans, Enzo Lefort a quitté son île pour la vie en internat à Châtenay-Malabry.

« C’est une culture différente, un climat différent, tu te retrouves loin de chez toi, énumère-t-il. Quand tu pars de la Guadeloupe pour rejoindre une structure de haut niveau, tu sautes sans parachute, tu n’as pas d’autres choix que réussir. Ca coûte beaucoup d’argent à nos parents, c’est un sacrifice. »

Enzo Lefort réfléchit à ce documentaire depuis 2021. Praxis Film/Premier Rebond

Enzo Lefort réfléchit à ce documentaire depuis 2021. Praxis Film/Premier Rebond

Le documentaire balade sa caméra dans les installations sportives guadeloupéennes en suivant une jeune espoir de l’escrime locale. Tout respire la débrouille, pour être politiquement correct. Le manque de moyens, pour être plus proche de la réalité.

« On voit bien que depuis Laura, rien n’a changé, s’inquiète Enzo Lefort. Malgré le réservoir de talent, il n’y a pas d’aide apportée pour aider les escrimeurs à faire ne serait-ce que des compétitions. Ce documentaire, c’est aussi un coup de pied dans la fourmilière pour dire que les choses doivent évoluer. »

  • « FÒS », 52 minutes, lundi 16 mars à 23h45 sur France 3, La1ere.fr et France.TV
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