Installée à Troyes depuis 1977, la bibliothèque sonore se trouve au premier étage de la médiathèque des Chartreux et accueille des personnes qui ne peuvent plus lire un livre imprimé, pour des raisons visuelles, physiques ou cognitives. Cette initiative est née à Lille en 1972 sur l’initiative d’un ophtalmologue qui était bien triste que ses patients ne puissent plus lire.
« Nous faisons l’accueil et le prêt de livres audio pour les personnes empêchées de lire, Cela peut concerner des personnes malvoyantes, mais aussi des personnes en convalescence, en longue maladie ou qui rencontrent des difficultés à tenir un livre », explique Emmanuelle Dumart, présidente de l’association.
Les troubles de l’apprentissage sont également concernés. « Pour un enfant dyslexique, lire un livre peut être une montagne insurmontable, souligne-t-elle. C’est pour cela que nous avons aussi beaucoup de collégiens parmi nos audiolecteurs. » Au total, la structure compte environ 260 abonnés dans l’Aube et dans les départements limitrophes.
Des milliers de livres à écouter gratuitement
La bibliothèque propose un catalogue très large : romans, policiers, biographies, essais, poésie, théâtre ou encore livres jeunesse. Grâce à un réseau national de bibliothèques sonores, les audiolecteurs peuvent accéder à près de 25 000 titres disponibles en téléchargement. Quelque 2 500 livres supplémentaires sont enregistrés chaque année, tous exempts de droits d’auteur, ce qui permet l’accès gratuit.
« Toutes les bibliothèques sonores travaillent ensemble et mettent leurs enregistrements en commun. Les meilleurs enregistrements sont versés sur un serveur national auquel les abonnés peuvent accéder. Les livres de bonne qualité qui ont suivi les contraintes qui nous sont imposées, sont montés au national et qui peuvent être téléchargés par les audiolecteurs directement à travers la France », précise Emmanuelle Dumart.
Pour les personnes moins à l’aise avec l’informatique, l’association continue aussi de prêter plus de 3 700 CD, envoyés gratuitement par la poste. « La loi permet aux personnes empêchées de lire d’accéder gratuitement aux livres audios. Pourtant, ce droit est encore très peu connu », rappelle la responsable
La voix humaine au cœur du projet
Les livres proposés par la bibliothèque sonore sont enregistrés par des bénévoles appelés « donneurs de voix ». Un travail qui demande du temps et de la rigueur. « Une heure de lecture prête à écouter représente six à sept heures de travail. Il y a la lecture, mais aussi toute la correction technique », explique Francine, secrétaire adjointe, donneuse de voix et de temps. Les enregistrements doivent respecter une charte de qualité très précise : absence de bruit, rythme de lecture adapté, découpage par chapitre.
« Ce n’est pas parce qu’on sait lire qu’on est capable d’enregistrer un livre, sourit-elle. Il faut de la patience, un peu de technique et surtout l’envie de partager le plaisir de la lecture. Nous ne sommes pas une simple plateforme de téléchargement. En tant que donneur de temps, on accueille aussi les gens, on discute avec eux, on brise aussi l’isolement. Les audiolecteurs sont contents de nous voir, d’entendre des voix humaines et parfois même de reconnaître la voix de la personne qui lit un livre qu’ils ont écouté » Pour les bénévoles, la dimension humaine reste essentielle.
L’appel aux « donneurs de temps »
Si l’association dispose déjà de plusieurs lecteurs bénévoles, elle cherche aujourd’hui surtout à renforcer son équipe autrement. « Nous avons surtout besoin de donneurs de temps, des bénévoles qui puissent aller à la rencontre d’associations ou de structures susceptibles d’accueillir des personnes empêchées de lire », explique Emmanuelle Dumart. Objectif : faire connaître ce service encore trop discret. « On ne voudrait pas passer à côté de personnes qui aimeraient lire mais qui pensent que ce n’est plus possible pour elles », insiste la responsable.
La petite équipe, une dizaine de bénévoles, gère déjà l’accueil, l’administration, le suivi des abonnés et les permanences. D’où l’importance de nouveaux soutiens pour la communication. « L’idée est que les gens aient le réflexe : tu ne peux plus lire ? Il existe la Bibliothèque sonore », précise Francine.
La 16e édition du Prix Littéraire National de l’Audiolecture, unique en France, mettra à l’honneur cette année encore trois livres à écouter. Depuis trois ans, la bibliothèque sonore de Troyes et de l’Aube participe au vote où les bénéficiaires du prêt gratuit d’audiolivres et d’audiorevues, Donneur de Voix ou de Temps, pourront prendre part de mars à mai. Le meilleur livre sera annoncé au mois de septembre prochain. Une bonne raison pour s’inscrire ! La bibliothèque sonore de Troyes et de l’Aube accueille le public le mardi de 14 heures à 16h30 (hors vacances de Noël et mois d’août) ou sur rendez-vous. Les inscriptions peuvent également se faire par téléphone, par mail ou à distance via un dossier simple.










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