La scène est pour le moins inhabituelle, du genre à secouer tout un écosystème médiatique de bon matin. Ce mardi sur CNews et Europe 1, Sonia Mabrouk apparaît au bord des larmes lors de sa « Grande interview » de 8h10. La raison ? Le cas Jean-Marc Morandini, maintenu la semaine dernière sur l’antenne de la chaîne info par sa direction malgré la validation par la Cour de cassation de sa condamnation à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende pour corruption de mineurs.
Son nom est mis sur la table par son invité du jour : Jérôme Guedj. En fin d’entretien et dans une surprenante inversion des rôles, le député PS de l’Essonne demande tout de go à son intervieweuse comment elle vit le fait que Jean-Marc Morandini soit maintenu sur l’antenne de CNews. Sonia Mabrouk n’élude pas cette « question légitime », se lançant dans un délicat numéro d’équilibriste, entre loyauté affichée à son employeur et prise de distance avec son collègue.
« C’est une décision qui ne m’appartient pas », commence-t-elle par commenter au sujet de son maintien à l’antenne. Si CNews est « sa chaîne de cœur » et qu’elle a « beaucoup de respect » pour sa direction, la journaliste tient cependant à faire savoir publiquement qu’elle ne cautionne pas les faits « d’une gravité réelle » pour lesquels Jean-Marc Morandini a été définitivement condamné. « Je ne vais pas me substituer à la justice mais il n’a pas été condamné à ne plus exercer sa profession », complète-t-elle cependant.
Parlant de plus en plus rapidement, Sonia Mabrouk ne masque pas son émotion concernant cette affaire. « Je suis personnellement engagée dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Je pense ce matin, comme vous et avec vous, aux victimes, quelles qu’elles soient, et aux victimes les plus jeunes. Je pense aux mineurs. On ne peut pas me faire ce procès », lance-t-elle à Jérôme Guedj, rappelant son statut de « mère » d’une « petite fille » et bientôt d’un « petit garçon » attendu « dans quelques mois ».
« On m’interpelle, j’ai répondu avec le cœur »
Ne supportant pas que « l’opprobre » soit jeté « sur toute une rédaction qui est exceptionnelle », la quadragénaire souligne enfin son attachement aux valeurs « de respect » de « dignité », mais aussi à la « sanctuarisation de l’intégrité physique et morale » de « chacun ». « Ça, ce n’est pas négociable », conclut-elle, assurant avoir la « liberté » de dire ce qu’elle venait de dire « car CNews est la chaîne de la liberté d’expression ».
Une sortie qui n’était « pas préparée », promet l’intervieweuse, jointe ce mardi en fin de matinée. « On m’interpelle, j’ai répondu avec le cœur », décrit-elle, précisant toutefois qu’elle s’attendait à ce que la question lui soit un jour posée, mais pas qu’elle vienne de Jérôme Guedj.
« Je ne veux pas de chasse à l’homme. Je ne suis pas là pour abattre quelqu’un. Ce n’est pas ma mentalité », tient-elle à indiquer, révélant ne pas avoir caché le fond de sa pensée à son collègue. « Mais sur ce sujet, il n’y a pas d’ambiguïté à avoir. Ce n’est pas à géométrie variable. Ce n’est pas négociable. La justice française est passée », tranche-t-elle, estimant que si Jean-Marc Morandini était l’un de ses « proches », elle lui aurait conseillé de « prendre du recul » de lui-même.
« Cela fait 10 ans que cela dure. Il fallait quand même une prise de parole », juge aussi la journaliste de 47 ans, que cette situation « perturbe » au point de ne pas trouver le sommeil depuis plusieurs jours. « J’ai parlé au nom de beaucoup de personnes », ajoute l’intervieweuse, révélant avoir reçu « beaucoup de messages de soutien » depuis cette séquence, et notamment de responsables politiques.
« En termes d’image, c’est dévastateur pour nous »
Quant à la réaction de sa direction à CNews, qui n’a pas souhaité s’exprimer sur cette séquence, elle a été bonne à l’en croire. Sonia Mabrouk a en tout cas l’intention de continuer d’incarner l’interview politique du canal 14 alors que se profile la prochaine présidentielle. « J’aimerais bien rester. Je pense qu’on me fait confiance », glisse-t-elle, tandis que son congé maternité doit commencer « après les municipales », en avril.
Sa sortie de ce mardi illustre les remous créés en interne par l’affaire Morandini. « C’est indéfendable et honteux », nous confiait un visage de la galaxie Bolloré la semaine dernière au sujet de la décision de maintenir l’animateur à l’antenne coûte que coûte. « En termes d’image, c’est dévastateur pour nous. Comment va-t-on continuer à traiter certains thèmes à l’antenne ? Cela entache tous les visages de l’antenne de CNews comme la rédaction. On fait un formidable cadeau à nos détracteurs », s’emportait aussi un autre.
Une tension qui rappelle celle ayant discrètement secoué Europe 1 en juin. Au moment où une possible arrivée de Jean-Marc Morandini sur l’antenne de la radio était dans l’air, certaines figures du groupe étaient montées au créneau, convainquant Vincent Bolloré de finalement renoncer à une telle arrivée. Parmi elles selon nos informations, la star de CNews, Philippe de Villiers, le patron du JDD, Geoffroy Lejeune, mais aussi plusieurs voix d’Europe 1 comme celle du matinalier Dimitri Pavlenko, de l’animateur de « Culture Média », Thomas Isle. Sans oublier une certaine Sonia Mabrouk.











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