L’ancien producteur de cinéma Harvey Weinstein, incarcéré pour viol et agression sexuelle, tente de plaider sa cause auprès du grand public. Il a accordé une interview, depuis la prison, au magazine Hollywood Reporter, auprès de qui il a continué de clamer son innocence.
L’ex-roi déchu de Hollywood décrit aussi une vie confinée à sa cellule dans la prison de Rikers Island à New York, où seuls les gardes lui tiennent compagnie. « Il est trop dangereux pour moi d’être en présence d’autres personnes. Les autres détenus ont le droit d’aller dans la cour. Mais chaque fois que je m’y trouve, j’ai l’impression d’être assiégé », a-t-il estimé.
VidéoHarvey Weinstein condamné à 23 ans de prison
Il a raconté avoir reçu « un violent coup de poing au visage », de la part d’un détenu à qui il demandait s’il avait terminé sa conversation au téléphone. Affaibli par divers problèmes de santé à 73 ans, le fondateur des studios Miramax se déplace désormais en chaise roulante. Il se dit terrifié à l’idée de mourir en prison.
« Ça me fout une trouille bleue », confie-t-il. « C’est incroyable d’avoir eu la vie que j’ai eue et d’avoir fait tout ce que j’ai fait pour la société, et de ne pas bénéficier d’une certaine clémence qui me permettrait d’être traité avec plus de bienveillance. »
Angelina Jolie et Gwyneth Paltrow l’ont accusé
L’ex-producteur oscarisé, derrière des dizaines de succès hollywoodiens comme « Shakespeare in Love » et « Pulp Fiction », a été l’un des hommes les plus puissants du cinéma mondial pendant des décennies. Il avait le pouvoir de lancer des carrières - et d’en détruire. Le milieu a bruissé pendant des années d’échos suggérant qu’il usait de son influence pour agresser sexuellement des jeunes femmes.
Les enquêtes en octobre 2017 du New York Times et du New Yorker révélant l’étendue de ce scandale ont provoqué une onde de choc qui a propulsé le mouvement #MeToo en phénomène planétaire, libérant la parole des victimes de viol aux quatre coins du monde.
Harvey Weinstein a été accusé de harcèlement, agression sexuelle ou viol, par plus de 80 femmes, dont les actrices Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow ou Ashley Judd.
Sa condamnation initiale en 2020 à New York, et la peine de 23 ans de prison qui en a résulté, ont été annulées, mais lors d’un nouveau procès en juin, il a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur l’ancienne assistante de production Miriam Haley. En 2023, un tribunal californien l’a condamné séparément pour viol à 16 ans de prison.
Weinstein : « J’ai utilisé mon pouvoir »
Malgré ces verdicts, M. Weinstein continue de contester sa culpabilité et parle de rapports consentis. « Je serai innocenté. Je vous le promets », a-t-il avancé, alors qu’il doit être rejugé en avril pour l’agression de l’aspirante actrice Jessica Mann.
Weinstein affirme qu’il a pu avoir des comportements déplacés mais rejette toute agression sexuelle. « J’ai trompé mes deux femmes. C’est immoral. Mais je n’ai agressé personne. C’est le grand mensonge de toute cette affaire », déclare-t-il.
L’ancien patron de Miramax admet néanmoins un comportement abusif dans l’industrie. « Je sais que je peux être intimidant et difficile. Mais cela reste très loin d’une agression sexuelle », affirme-t-il. Il reconnaît avoir franchi certaines limites : « J’ai dépassé les bornes, c’est certain. Je pouvais être un horrible tyran. J’ai utilisé mon pouvoir de manière arrogante. »
Weinstein veut se débarrasser de l’étiquette Me Too
« Oui, il y avait un déséquilibre de pouvoir. Mais cela ne fait pas une agression sexuelle. J’ai peut-être flirté de façon excessive, créé des situations ridicules, eu un comportement stupide. Mais je n’ai jamais forcé quelqu’un », a-t-il aussi affirmé.
Interrogé sur le mouvement « MeToo », né après les révélations de 2017 sur son comportement, Weinstein reconnaît que la prise de parole des femmes peut avoir été utile. « Si des femmes étaient blessées ou exploitées, alors oui, c’est une bonne chose », dit-il. Mais il conteste avoir été à l’origine d’un phénomène révélant un système : « Quand Alyssa Milano a dit MeToo, ce n’était pas à propos de moi. Puis tout est devenu MeToo à propos de moi. »
Enfin, l’ancien producteur reconnaît que sa vie a été guidée par une ambition démesurée. « L’orgueil est un bon mot », admet-il.










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