Le nouveau géant des mers, qui renforcera la présence de Banque Populaire dans la voile, sera mis à l’eau début 2029. Pierre-Laurent Berne explique cette décision.
L’annonce est officiellement tombée ce lundi matin. Banque Populaire lance la construction d’un nouvel Ultim qui sera confié à Armel Le Cléac’h. Ce nouveau géant des mers de 32 mètres de long et 23 mètres de large sera dessiné par un design team composé d’Antoine Koch (AKO), Gsea design et Finot Conq et sa mise à l’eau est prévue pour le premier semestre 2029. Quelques heures avant cette annonce spectaculaire, Pierre-Laurent Berne, directeur du développement des Banques Populaires a expliqué au Figaro cette décision forte de lancer un nouvel Ultim.
LE FIGARO. - Pourquoi avez-vous décidé de construire un nouvel Ultim ?
Pierre-Laurent BERNE. - Il faut revenir sur ce qu’on avait annoncé en 2025, puisque finalement, on se réinscrivait dans un programme qui nous menait jusqu’en 2029 pour fêter le quarantième anniversaire de Banque Populaire dans la voile. La voile correspond bien à notre ADN. Je tiens à le souligner, puisqu’on a eu dans la voile des bons moments et d’autres plus difficiles. Mais en tout cas, on a toujours choisi de continuer, bien sûr en tant que compétiteurs, mais aussi, et c’est important en tant qu’armateurs avec une société ad hoc, la S.A. Bateau Banque Populaire, qui fait travailler une vingtaine de collaborateurs et cent cinquante entreprises. Ce qui permet de faire rayonner certains métiers et une excellence à la française et d’être en phase avec notre ADN de banque des entreprises.
le fait d’être armateur est très important pour nous, puisque finalement, on se met en position d’entrepreneur.
Pierre-Laurent BerneVous avez beaucoup hésité ou pas pour faire ce choix ?
Il n’y a pas eu d’hésitation, pourtant le challenge est fort. On va avoir deux bateaux en construction en même temps, un Imoca pour le Vendée Globe 2028 et un Ultim pour la Route du rhum 2030, cela fait quand même deux très beaux et gros chantiers en même temps. Et puis, on va tourner autour du monde avec deux supports différents en même temps aussi et on aura des courses où on s’alignera dans les deux catégories leaders. Donc, je crois que l’enthousiasme vient aussi de la taille du challenge. C’est normal au bout de 37 ans dans la voile de chercher toujours des respirations et des vrais challenges.
Pourquoi la voile est-elle si importante pour vous ?
Quel que soit le territoire, nos collaborateurs sont attachés à la voile. Il y a une fierté au travers de la voile de nos collaborateurs, de nos clients qui, eux aussi, régulièrement évoquent ces sujets avec les collaborateurs. La voile, c’est porteur. Les marins font partie des aventuriers du sport.
Quelles valeurs partagez-vous avec la voile ?
Il y a ses valeurs qui mettent très fort en avant l’humain, dans son intelligence, mais il y a aussi cette posture entrepreneuriale des marins qui est pour nous particulièrement intéressante. Elle prouve que si on a le courage, l’envie, l’ambition d’accompagner des gens comme ça, on peut accompagner tous ceux qui ont l’esprit entrepreneurial, pas forcément pour créer une entreprise, mais aussi pour avoir des projets pour eux, pour leur famille, pour leur commerce. Et le fait d’être armateur est très important pour nous, puisque finalement, on se met en position d’entrepreneur. On la vit. Avec beaucoup de respect pour les autres sponsors, je pense que c’est notre particularité.
On doit respecter ce qu’est la voile, c’est-à-dire cette recherche d’innovation qui fait qu’on crée toujours des machines plus merveilleuses
Pierre-Laurent BerneVous l’avez dit, il y a eu des moments difficiles, comme la perte d’un Ultim lors de la Route du rhum 2018 et l’affaire Clarisse Crémer avant le Vendée Globe 2024. Est-ce que tout cela est derrière vous
Il faut différencier les deux cas. La perte du bateau a été un moment difficile, parce que la santé d’Armel était en jeu mais on n’a pas hésité à continuer dans la voile et à relancer rapidement la construction d’un Ultim. Quant à Clarisse Crémer, c’est une bonne navigatrice, elle l’a prouvé. C’est le passé. Et maintenant on se tourne vers l’avenir en se projetant vers 2029.
Ce choix démontre que vous croyez plus que jamais dans la classe Ultim…
On y croit oui. D’autant que comme nous ne garderons pas notre bateau actuel et qu’il sera mis en vente, cela fera du coup un compétiteur de plus à nos côtés. La voile permet de créer des machines à rêves. Et on le voit bien dans un port, quand tu mets un Ultim, c’est une machine à rêves. Tu vois les gens qui s’arrêtent, le regardent. Et c’est aussi un des enjeux de la voile de manière générale d’arriver à conserver cette trace. Je pense que le Vendée Globe fait énormément rêver, la course en elle-même et les bateaux aussi, mais les Ultimes, il y a un truc de plus qui fait que ça crée de la fascination. On se demande comment un homme peut conduire ça seul autour du monde, comment ça vole, etc. Je pense que nous, on doit aussi respecter ce qu’est la voile, c’est-à-dire cette recherche d’innovation qui fait qu’on crée toujours des machines plus merveilleuses, des objets de fascination pour donner au public l’envie de s’intéresser à la voile, de la suivre, de poser des questions, de vivre ça avec nous. Avec ce nouvel Ultim, nous misons sur l’avenir.
Je pense que beaucoup de clients aussi aiment l’écouter, le voir, le rencontrer.
Pierre-Laurent BerneEt ce choix de repartir encore et toujours avec Armel Le Cléac’h ? C’est l’homme de la situation ?
C’est le marin de la situation oui. On a confiance en lui. C’est notre skipper, Il fait toujours rêver. Il s’exprime très bien. Nos collaborateurs et nous-mêmes sommes fiers de lui. Je pense que beaucoup de clients aussi aiment l’écouter, le voir, le rencontrer. C’est un marin qui a tout gagné, sauf la Route du Rhum : trois Solitaire du Figaro, la Transat, le Vendée Globe. Son palmarès est extraordinaire.
Et les prochains objectifs sports vont forcément dans le même sens…
L’objectif est de tout gagner. Le panel en Ultim est assez large. Il y a les Transats, la Route du Rhum, le tour du Monde et les records. On a été détenteur de très nombreux records, dix-huit si je ne me trompe pas. Donc on veut aller chercher la gagne partout, en Ultim mais aussi en Imoca avec Loïs Berre et en séries olympiques que nous soutenons aussi.
Quel budget consacrez-vous à la voile globalement ?
On peut dire aux alentours de huit millions par an. Cela dépend un peu des années, s’il y a des grosses courses, ou pas, avec des investissements en pub plus importants. Sachant que ça comprend tout. On ne détaille ce budget mais pour ce chiffre-là, tu as la fédération française de voile, l’équipe de France olympique, la communication, les relations publiques et les bateaux. Ce qui est important de dire, c’est qu’on se pose toujours la question de faire un budget raisonnable et raisonné. Il y a un état d’esprit autour du projet qui est un état d’esprit de raison. Et on y tient.

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