DÉCRYPTAGE - Deux ans après leur lancement, les « groupes de niveau » promis par Gabriel Attal lorsqu’il était ministre de l’Éducation sont officiellement enterrés.
C’est le symbole de la déliquescence de la politique éducative menée, depuis 2017, sous les deux quinquennats d’Emmanuel Macron. Le « choc des savoirs » , cette formule marketing, choisie en novembre 2023 par Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation, pour annoncer le retour de l’exigence et de l’ordre à l’école, est définitivement enterré.
Un décret gouvernemental publié le 12 mars scelle la fin des « groupes de niveau » en français et en mathématiques pour les collégiens de sixième et de cinquième. Officiellement. Car, dès septembre 2024, au moment même de leur lancement, plus personne n’y croyait déjà. L’exécutif pas plus que la communauté éducative, à commencer par les syndicats enseignants. Ces derniers avaient largement savonné la planche de la réforme, en dénonçant un « tri social » à l’œuvre. Le gouvernement, lui, s’était employé à donner le change pour faire vivre l’illusion d’une continuité, dans un contexte politique chaotique, après la dissolution de l’Assemblée en juin 2024.
Avant même cette dissolution, le passage éclair des ministres de l’Éducation Rue de Grenelle était devenu la règle. Après la stabilité institutionnelle de l’ère Jean-Michel Blanquer (cinq ans), chargé de mettre en musique les promesses du candidat Macron de 2017 (réforme du bac, dédoublement des classes en primaire), le chef de l’État avait tenté de séduire la gauche et le monde enseignant en nommant l’éphémère Pap Ndiaye - dont on a retenu les efforts ratés sur la « mixité sociale et scolaire » -, avant de donner un coup de barre à droite, en appelant le jeune et ambitieux Attal. Lequel, après six petits mois passés à l’Éducation nationale, s’était fougueusement envolé pour Matignon, laissant derrière lui des dossiers entrouverts et non budgétés.
Le brevet obligatoire également enterré
La socialiste Nicole Belloubet, qui avait hérité des travaux pratiques du « choc des savoirs », s’était empressée de rebaptiser les « groupes de niveau » en « groupes de besoin ». Une sémantique lourde de sens. Là où Attal entendait sortir du « collège uniforme, qui condamne certains à stagner et empêche d’autres de s’envoler », Belloubet promouvait la « progression de tous les élèves, en prenant mieux en compte leur diversité ». Aucune des deux visions ne l’a emporté, faute de volonté et de stabilité politiques, en raison d’une grande lassitude des enseignants et des personnels éducatifs, fatigués des ordres et contre-ordres, faute, enfin et surtout, d’une anticipation organisationnelle et financière des réformes annoncées. Après le passage de quatre mois de la médecin Anne Genetet à l’Éducation nationale, Élisabeth Borne avait voulu se donner le temps d’évaluer la réforme, avant de se prononcer. En juin 2025, un rapport de l’Inspection générale usait d’un euphémisme pour conclure à une mesure « pas unanimement convaincante ».
Deux ans après leur pseudo-mise en place, les « groupes de besoin » deviendront donc facultatifs à la rentrée 2026. Quant à l’autre grande mesure du « choc des savoirs », qui consistait à rendre le brevet obligatoire pour passer en seconde - et qui devait s’accompagner de la mise en place de classes « prépa-seconde », comme un sas entre le collège et le lycée -, elle a été enterrée par Élisabeth Borne en janvier 2025, sans même avoir connu un semblant de lancement. Du redoublement, que Gabriel Attal voulait voir revenir en force, il n’est plus question. Sans parler du projet d’uniforme à l’école, conjointement porté par le président Macron et le même Attal en 2024. Après deux années d’expérimentation, la perspective de généralisation s’éloigne toujours plus. Les crédits dédiés ne figurent plus clairement dans le budget 2026.
À près d’un an de la présidentielle, le bilan d’Emmanuel Macron se résume à la réforme du bac, qui, régulièrement, connaît des ajustements. On retiendra surtout les effets de manches, le dernier en date étant la convention citoyenne sur les rythmes de l’enfant, voulue par le président, et qui n’a pas permis d’avancer sur la question. Depuis l’arrivée d’un technocrate Rue de Grenelle, Édouard Geffray, les dossiers scolaires intéressent moins l’opinion. Car il n’est plus question de réformes, si ce n’est celle de la formation des enseignants, qui passionne moins les foules.

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