Avec douze femmes nommées contre quatre hommes, cette édition 2026, dont la cérémonie de remise de prix aura lieu à Brest le 20 mars, s’inscrit bien dans l’air du temps. Mais pourrait aussi réserver quelques surprises.
Héloïse Luzzati, fondatrice de la Cité des compositrices (association qui œuvre à la réhabilitation des compositrices oubliées), ne cache pas sa joie. La Boîte à pépites, le label discographique de son association, vient de se frayer un chemin parmi la liste des nommés, pour les prochaines Victoires de la musique classique.
Une quête d’infini, le coffret discographique que sa maison de disques consacrait à la rentrée dernière à la musique de chambre de Marie Jaëll, affrontera en effet dans la catégorie du Meilleur enregistrement deux autres nouveautés de poids : le Requiem Allemand de Brahms, gravé pour Harmonia Mundi par Raphaël Pichon (déjà récipiendaire de deux Victoires dans cette même catégorie). Et le somptueux Te Deum de Thierry Escaich, créé pour la réouverture de Notre-Dame de Paris en juin dernier et immortalisé au disque chez Alpha.
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Une reconnaissance du travail de fond de la Cité des compositrices. Mais aussi d’une tendance de fond, dont les nominations de cette 33e édition des Victoires du classique sont le reflet : la mise en valeur de plus en plus systématique de nos talents féminins. Qu’il s’agisse des catégories reines, celles des solistes instrumentaux ou des artistes lyriques. Ou de catégories moins attendues, comme la direction d’orchestre qui sacre cette année la révélation Alizé Léhon (également en lice pour le concours La Maestra), ou la composition.
Car l’étonnante Marie Jaëll, interprète virtuose de Liszt dont l’œuvre personnelle, prolixe, ne demande encore qu’à être redécouverte, n’est pas la seule compositrice présente cette année aux Victoires. Tant s’en faut : l’Italienne Clara Iannota, qui vient d’hériter d’un poste d’enseignante au CNSM de Paris, comme son aînée Edith Canat de Chizy (dont on espère bien qu’elle sera récompensée pour son travail à l’Ircam autour de L’Ombre) le disputeront ainsi à Francesco Filidei dans la catégorie Compositeur.
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Personnalités singulières et attachantes
Naturellement, les regards (et les oreilles) seront d’abord tournés vers les catégories Soliste instrumental et Artiste Lyrique. La première, cette année exclusivement féminine, verra forcément un premier sacre : ni la pianiste Vanessa Wagner (qui n’avait eu que la Révélation en 1999), ni la percussionniste Adélaïde Ferrière (Révélation également en 2017), ni la violoncelliste Astrig Siranossian (qui n’a encore jamais rien eu) n’ont déjà obtenu le titre. Une chose est sûre : qu’il s’agisse de Wagner avec son envoûtante intégrale des Études de Philip Glass, de Siranossian dont on ne compte plus les engagements citoyens ou de Ferrière, il s’agit à chaque fois de personnalités aussi singulières qu’attachantes, qui font souffler un vent de fraîcheur bienvenu sur le classique.
De la fraîcheur, les artistes lyriques nommés n’en manquent pas non plus. Même si tous trois sont déjà pour ainsi dire de vieux routiers des Victoires. À commencer par Sabine Devieilhe, qui si elle l’emportait en serait déjà à sa troisième Victoire dans cette catégorie. Tout comme Julie Fuchs ! À titre de comparaison, Natalie Dessay l’avait remportée six fois dans cette catégorie rien qu’entre 1995 et 2005. Ce ne serait plus possible aujourd’hui : le nouveau règlement interdisant qu’un artiste se représente moins de trois ans avant sa dernière Victoire. À moins, bien sûr, que le ténor Stanislas de Barbeyrac, remarquable Siegmund à Bastille en novembre dernier, ne parvienne à créer la surprise.
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La surprise, c’est ce que promettent traditionnellement les catégories révélation. Cette édition 2026, dont la cérémonie (et ce n’est pas la moindre surprise) se déroulera pour la toute première fois à Brest, au Quartz, la résidence de Jean-Christophe Spinosi et son ensemble Matheus, ne dérogera pas à la règle. Côté instruments, l’accordéoniste Julien Beautemps, qui est aussi un fabuleux arrangeur, a toutes ses chances face au violoncelle de Léo Ispir et au piano d’Arielle Beck, talent singulier et attachant mais peut-être encore un peu vert. D’autant que l’Académie des Victoires a montré son attachement, depuis quelques années, à valoriser des instruments qui sortent de l’ordinaire. Côté voix, la surprise pourrait venir de la Franco-algérienne Tamara Bounazou, éblouissante Iphigénie en Tauride à l’Opéra-Comique en novembre dernier, même si la concurrence sera rude : Léontine Maridat-Zimmerlin (récente lauréate du prix Lili et Nadia Boulanger) et Lucie Peyramaure (l’une des gagnantes du concours de Marmande) sont deux prétendantes de choix.
Résultats le vendredi 20 mars, avec, pour présenter la cérémonie en lieu et place de Stéphane Bern aux côtés du producteur Clément Rochefort... L’humoriste Alex Vizorek !

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