Maillot du Sénégal sur les épaules, Fatima, 22 ans, esquisse quelques pas de mbalax, une danse très populaire à Dakar. Elle ne parle pas, elle hurle de… joie ! « C’est comme une libération ! On a gagné grâce à la justice de Dieu, les Marocains ont tellement triché mais on a eu notre vengeance », commente cette étudiante en pharmacie franco-sénégalaise.
Comme elle, ils sont des centaines de fans des Lions de la Teranga à s’être rassemblés sur les Champs-Élysées pour célébrer le titre de champion d’Afrique obtenu, dimanche soir, à l’issue d’un scénario incroyable.

Un arrêté, pris vendredi par la préfecture de police de Paris, bannissait pourtant dans le secteur « les regroupements de personnes se prévalant de la qualité de supporter des équipes de football disputant les matchs au titre de la Coupe d’Afrique des nations 2025 ».
Mais comme lors de la demi-finale avec les supporters du Maroc, l’attraction vers la plus belle avenue du monde a été plus forte que l’interdiction, que, d’ailleurs, beaucoup de fans ne comprennent pas alors que cela est autorisé lors d’un sacre du PSG en Ligue des champions ou de l’équipe de France en Coupe du monde.
Aux abords des Champs, le dispositif de sécurité déjoué
Malgré un important dispositif de sécurité - huit sections de CRS et deux Brigades de répression de l’action violence motorisées (Brav-M) déployées – et différents barrages installés avenue George-V ou avenue de la Grande-Armée pour filtrer les véhicules, les inconditionnels de Sadio Mané ont réussi à passer à travers les mailles du filet.
À 23h15, quelques minutes après le coup de sifflet final à Rabat, tout était encore très calme à proximité de l’Arc de Triomphe. « Allez les enfants, au lit ! », lance, hilare, un CRS à une poignée de supporters du Sénégal qui se sentent bien seuls à ce moment-là. Mais quinze minutes plus tard, changement de décor et de décibels.

C’est un concert de klaxons qui se fait entendre dans les beaux quartiers. Aux fenêtres des voitures, les passagers prennent le risque d’agiter des drapeaux vert-jaune-rouge. Des motards vêtus du maillot des vainqueurs font vrombir leur moteur. Un conducteur de scooter qui a réussi à fixer un mini-étendard du Sénégal sur son top-case se fait arrêter par un policier… à scooter, qui lui demande de retirer son morceau de tissu dans le vent. Il échappe à l’amende de 135 euros.
Yorick, 19 ans, en provenance de Sannois (Val-d’Oise) est sur un petit nuage. Il jure qu’il n’a jamais douté du triomphe des siens. « Notre victoire n’est pas un miracle, on est juste trop fort. On ne stresse pas, nous ! », fanfaronne-t-il. Des supporters du Maroc, la tête basse, passent devant lui. Pas question de les chambrer. « Nous, les Sénégalais, nous restons humbles, on ne fait pas de boucan », sourit-il.
« Mané, c’est le meilleur joueur africain de tous les temps ! »
Princesse et Nafissatou, 18 ans, elles, font « un max de bruit ». « C’est une dinguerie ! On regardait le match avec des Marocains dans un fast-food. Quand il y a eu le pénalty pour eux, on a commencé à cacher notre maillot. Et finalement, on l’emporte, on est en pétard, on est en feu », jubilent les demoiselles. « On l’a fait ou on l’a pas fait ? On l’a fait ou on l’a pas fait ? », harangue, crescendo, un meneur quasiment en transe.
Awa, 38 ans, tente de se remettre de ses émotions. « Mon cœur, il n’a jamais battu aussi vite. J’étais proche de la crise cardiaque, on nous a tellement volés », souffle-t-elle alors qu’un policier s’approche d’elle pour lui dire qu’il ne « faut pas rester en statique ». Pour Noah, 20 ans, surnommé « Tok Tok » comme cela est floqué sur son maillot du Sénégal, « le héros, c’est Sadio Mané ». « C’est le meilleur joueur africain de tous les temps, il a dépassé Drogba et Eto’o, ça vous pouvez l’écrire ! », s’enflamme celui qui a vécu « le meilleur match de (sa) vie ».

Sur les trottoirs, les attroupements de piétons qui chantent et dansent sont dispersés à partir de minuit par les forces de l’ordre avec des tirs de gaz lacrymogène, ce qui provoque des mouvements de foules. « Ça gâche la fête », regrette Yannick, 21 ans, superviseur dans un magasin. Certains jeunes allument des fumigènes, d’autres tirent des mortiers d’artifice alors que l’arrêté préfectoral prohibe tout engin pyrotechnique.
L’accès tout en haut des Champs-Élysées est totalement bouclé. Vers 1 heure du matin, les coups de klaxons baissent d’un ton. Ici, la soirée de sacre pour les amoureux de l’équipe du Sénégal s’achève sans débordement majeur.












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