Sur le parvis du stade Prince Moulay Abdellah flottait ce dimanche comme une ambiance de mise au vert. Plutôt que l’euphorie, c’est la tension du rendez-vous le plus important de l’histoire du football marocain qui planait dans le ciel nuageux de Rabat.
« Je suis concentré et prêt à tout donner pour l’équipe nationale », promet, à trois heures du coup d’envoi, Nizar Alioua, venu de Lyon, comme s’il s’apprêtait à pénétrer sur la pelouse. « Nous aussi, les supporters, on a un rôle important à jouer, le coach le dit à chaque conférence de presse. Il nous donne des consignes, à nous de les respecter », complète le data-analyste de 26 ans.
Mondiaux 2018 et 2022, JO 2024… Le Franco-Marocain a assisté à toutes les dernières compétitions mondiales du Maroc en compagnie de son oncle Youssef Malouane et de son lion en peluche Assad, mais les trois compères vivent leur première Coupe d’Afrique des nations.

Et pour la première fois, ils ont passé l’obstacle des demi-finales où leur équipe s’était arrêtée lors des deux derniers tournois internationaux vécus en tribunes. « On a plus qu’un pas pour aller chercher la Coupe ! », souligne Nizar, dont l’oncle fait plutôt part de son appréhension à l’approche de la finale.
« Il y a des gens de la famille qui sont partis et qui attendaient de voir ça »
« On est stressés, on n’a pas dormi depuis hier soir. Ça fait 50 ans qu’on ne l’a pas gagnée, on a connu beaucoup de désillusions », rapporte le cadre dans le secteur informatique de 32 ans, qui évoque notamment le douloureux souvenir de la finale de la CAN 2004 perdue face au pays organisateur tunisien. Youssef souligne le « moment exceptionnel » vécu par le Maroc ce dimanche, qui résonne particulièrement avec son histoire familiale. « Il y a des gens de la famille qui sont partis et qui attendaient de voir ça. Aujourd’hui, on les représente », clame le supporter de l’OL, qui privilégie le destin national de son pays au match de Championnat de son club face à Brest, ce dimanche soir.
Il pronostique un succès 2-0 des joueurs de Walid Regragui face au Sénégal, avec une réalisation de Brahim Diaz qui dépasserait selon ce scénario le champion d’Afrique 1976 Ahmed Farras, décédé en juillet, au classement des meilleurs buteurs marocains en Coupe d’Afrique des nations, pour la première participation de l’ailier du Real Madrid au tournoi continental.
Au milieu des bruits de tambour, un quinquagénaire vêtu d’un maillot des Lions de l’Atlas enchaîne les « Dima Maghrib » avec la puissance vocale d’un chanteur d’opéra. Une trentaine de membres de sa famille, venus de Montauban pour assister à la finale, frémit d’impatience avant la rencontre. « C’est stressant, mais même si on galère aux penaltys, Bounou va nous sauver », promet Lina El Bermin, 14 ans, pour rassurer la joyeuse troupe.

Un héritier marocain à « Lumumba »
Les Lions de l’Atlas peuvent également compter sur les encouragements silencieux de Mohcine Homara, qui restera impassible pendant les 10 premières minutes en hommage à Michel Kuka Mboladinga, dit « Lumumba Vea », le fan de la RDC habitué devenu une vedette de la CAN après être resté debout pendant l’intégralité des rencontres de son équipe.
Vêtu d’une cape bleue qui rappelle celle de Michel, Mohcine, qu’on pourrait prendre pour le sosie non officiel de l’influenceur marseillais Mohammed Henni, explique reprendre ce rituel depuis la demi-finale face au Nigeria par « solidarité » avec le supporter congolais et pour célébrer la « fierté marocaine ». Et ce soutien résonne, à voir la petite dizaine de supporters marocains qui l’escorte jusqu’à l’entrée du stade pour guider les Lions de l’Atlas vers le succès.
« Les Marocains remplissent le stade, nous on rentre avec la Coupe ! »
La victoire, Khadim y croit dur comme fer. Mais pour le natif de Dakar, qui réside à Rabat depuis 2021, c’est le Sénégal qui sera sacré champion d’Afrique. « On est dans un jour de succès, ça se sent, glisse le fiscaliste de 30 ans. On doit donner une deuxième étoile au pays, là-bas, tout le monde est chaud. » Seule ombre au tableau pour lui et son épouse Mariem : le prix des billets qu’ils essayent désespérément de trouver pour être de la fête en tribunes. « 1500 € la place, même pour une finale, ce n’est pas possible, souffle-t-il. Mais que les Lions ne s’inquiètent pas, avec ou sans billet, ce soir on sera avec le Sénégal ! »
De nombreux supporters des Lions de la Teranga se trouvent dans ce cas. « Les Marocains remplissent le stade, nous on rentre avec la coupe ! », abonde un fan sénégalais sans billet, vêtu d’une écharpe aux couleurs de son pays, avant d’être chassé des abords de l’enceinte par des agents de sécurité. Le duel au sommet entre le Maroc et le Sénégal a aussi lieu en tribunes, où la clameur assourdissante des supporters marocains répondent aux danses incessantes des fans sénégalais du Douzième Gaïndé, mais aussi dans les rues de Rabat où des supporters manifesteront assurément leur joie quel que soit l’équipe sortie victorieuse de cette finale.











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