« Allons boire un Martini ! » Jamais une cérémonie des Oscars ne se sera conclue sur une telle phrase, lancée sur la scène du Dolby Theatre d’Hollywood par le réalisateur Paul Thomas Anderson, entouré de son équipe au complet, vainqueur de l’Oscar du meilleur film pour « Une Bataille après l’autre » - ainsi que des statuettes du meilleur réalisateur et meilleur scénario adapté.
Ce, au terme d’un suspense entre les deux films favoris, le sien (13 nominations), et « Sinners » de Ryan Coogler (16 nominations), qui a rythmé une soirée très longue, de près de 4 heures (au lieu de 3 h 15 prévues au départ).
Une bataille… entre deux films
Il a donc fallu compter les points, ou plutôt les récompenses, des deux longs-métrages tout au long de la cérémonie. « Une Bataille après l’autre » en remporte quatre, et « Sinners » six. Parmi lesquelles des très prestigieuses pour ce dernier, dont le meilleur acteur pour Michael Jordan et la meilleure musique pour le génial compositeur Ludwig Goransson - son troisième Oscar après ceux de « Black Panther » du même Ryan Coogler et « Oppenheimer » - qui a tout compris à ce scénario centré sur le blues du Sud dans les années trente.
Mais « Une bataille après l’autre » était plus fort, avec les trois statuettes de Paul Thomas Anderson, celle de Sean Penn - absent de la cérémonie - pour le meilleur second rôle masculin, ou du meilleur casting, récompensé en entier grâce à cette toute nouvelle catégorie. Mais ce qui a frappé le plus, c’est la sidérante modestie de Paul Thomas Anderson, qui a décroché ses premières statuettes après 14 ratées par le passé (pour « Magnolia », « There will be blood »…) Il a seulement remercié l’écrivain Thomas Pynchon pour sa toute première montée sur scène en recevant l’Oscar du meilleur scénario adapté.
Puis, pour celui du meilleur réalisateur, on l’a vu très ému, s’effacer devant ses pairs nommés face à lui : « Je voudrais remercier mes classmates », les félicitant et citant tous leurs noms. Avant d’ajouter : « Ce que j’apprécie le plus en faisant des films, c’est d’être entouré de gens merveilleux ». Enfin, pour la récompense suprême, celle du meilleur film, il a rendu hommage aux autres films nommés, puis à tous ses comédiens, avant, donc, de partir « boire un Martini ». Quelle leçon d’humilité !
Timothée Chalamet perd face à Michael B. Jordan
Ce fut la plus grosse surprise de la soirée : alors que le franco-américain Timothée Chalamet était donné, au terme d’une campagne tonitruante, largement favori dans la catégorie Meilleur acteur, c’est Michael B Jordan qui l’a emporté pour sa double performance de deux frères dans « Sinners ». Il a encensé son réalisateur, Ryan Coogler - « Je t’aime, frère », puis toute l’équipe du film, avant de citer ses grands prédécesseurs afro-américains dont Denzel Washington.
« Valeur Sentimentale » et un court-métrage sauvent l’honneur de la France
Neuf équipes françaises pouvaient briller ce soir - les cinq coproductions en lice pour le meilleur film étranger, dont « Un simple accident », représentant de notre pays, ainsi qu’« Arco », « Amélie et la métaphysique » et « Papillon » dans les catégories de l’animation, mais presque tous ont dû s’incliner. On a cru faire chou blanc pendant longtemps…
Puis « Valeur sentimentale », coproduit par la France via MK2 Films, a été consacré Meilleur film étranger. Ensuite, « Deux personnes échangeant de la salive », a été désigné (ex aequo avec « Les Chanteurs ») Meilleur court-métrage en images réelles. Cette pépite, une dystopie tournée aux Galeries Lafayette qui décrit un monde futur où il est interdit de s’embrasser, est signée de deux artistes, Natalie Musteata et Alexandre Singh, et produite par la société française Misia Films.
Une soirée très peu politique
Et justement, on peut remercier nos deux cinéastes français pour avoir osé sur scène l’un des seuls discours engagé, évoquant un film « Fait par des femmes en majorité, un film queer, un film français fabriqué par une équipe aux origines diverses » (Natalie Musteata est d’ascendance roumaine, Alexandre Singh d’origine indienne, les productrices ont des racines italienne et argentine), pour finir par rendre hommage « à l’art et au cinéma ».
Comme pour leur donner raison, quelques minutes plus tard, l’Oscar de la meilleure photo était décerné pour la première fois à une femme, Autumn Durald Arkapaw, chef opératrice de « Sinners ».
À part cette exception française et une petite blague sur Donald Trump signée du présentateur de la cérémonie, Conan O’Brien, aucun mot sur le conflit en Iran durant toute la soirée. Il aura fallu attendre trois heures pour que Javier Bardem, remettant une statuette, lance « Non à la guerre, et que la Palestine soit libre ! », suivi du cinéaste norvégien Joachim Trier qui, recevant l’Oscar du meilleur film étranger pour « Valeur Sentimentale », a conclu ainsi son discours : « Ne laissons pas le monde aux mains des politiques ».
Des surprises et des blagues
Quelques moments inattendus ont émaillé le long tunnel de la cérémonie. Comme, par exemple, le lancement de la très prometteuse bande-annonce du prochain film « Star Wars », « The Mandalorian and Grogu », qui a assuré du grand spectacle à la fois futuriste et craquant en moins de deux minutes.
Autre moment étonnant, lors du tout premier Oscar décerné en début de cérémonie à Amy Madigan, meilleure actrice dans un second rôle pour l’étonnant film de genre « Evanouis ». « Cela fait quarante ans que j’attendais ça, j’ai les jambes qui tremblent » s’est émue la comédienne de 75 ans, avant de remercier le grand comédien Ed Harris, son mari depuis 1983, présent dans la salle et tout aussi ému : « Il est à mes côtés, et de mon côté, depuis toujours. »
Pour le reste, il a fallu s’en remettre à Conan O’Brien, qui a notamment fait une entrée spectaculaire, « incrusté » dans des extraits des films nommés en étant grimé avec la tenue et le maquillage de sorcière d’Amy Madigan dans « Evanouis », avant d’être poursuivi jusque dans la salle par des enfants, comme dans le film. Après quoi il a pas mal vanné Timothée Chalamet sur ses récentes sorties contre l’opéra et le ballet, avant d’émailler la cérémonie de quelques blagues bien corsées. La meilleure : « Aucun acteur britannique n’est nommé cette année… mais nous au moins, on arrête nos pédophiles ! »










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