« Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi » sur Arte.tv : on craque pour les jeunes héros de cette série

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Si vous souhaitez passer un dimanche après-midi joyeux, mieux vaut éviter cette nouvelle série Arte à découvrir sur la plate-forme de la chaîne dès ce jeudi 12 mars. Intitulée « Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi », la création de la réalisatrice catalane Isabel Coixet, n’est pas déprimante, mais elle est parfois très chargée émotionnellement. « Ce qui n’est pas déchirant est superflu, mais ce qui est déchirant n’est pas soutenable à long terme », glisse d’ailleurs un personnage. Mais la série a au moins ce mérite de nous montrer combien il faut continuer à regarder la jeunesse, et celle-ci en particulier, avec indulgence.

Tout commence avec Louise Barbier (Liv Henneguier), jeune aspirante cinéaste qui quitte Limoges pour Paris après avoir obtenu une bourse lui permettant d’être coachée par un réalisateur américain renommé, Ted Mackey (Tim Robbins). Son rêve : écrire un film imaginant une romance entre Françoise Hardy et le musicien Nick Drake. En débarquant dans la capitale, Louise se retrouve dans une colocation avec Charlie, instable et tourmentée, et Nelson, apprenti maître sushi aussi ascétique que déterminé.

Voici le cœur battant de la fiction que fait vivre un trio d’acteurs qui fonctionne très bien. Liv Henneguier prête à Louise une sincérité maladroite et attachante. Théo Christine compose un Nelson discret mais solide. Clara Bretheau incarne, elle, une Charlie très énergique, habitée.

Des films tristes à voir ensemble

Entre les doutes et les joies, le trio se retrouve chaque dimanche soir autour du rituel singulier de regarder ensemble « les films les plus tristes du monde ». La réalisatrice dresse au passage un vibrant hommage au cinéma qui l’a façonnée : Agnès Varda, Guy Gilles, Chantal Akerman, etc. Et refait notre programme des œuvres à (re) voir, chacun des huit épisodes (ou presque) s’achevant sur une proposition implicite de film.

Guidées par ce fil rouge, les histoires s’entremêlent dans les rues d’un Paris réaliste. Louise tente de mener à bien son projet, Nelson poursuit le sien avec une discipline de fer, Charlie s’enlise dans ses contradictions et ses blessures familiales.

L’exercice offre une chronique sensible de ce moment fragile entre adolescence et âge adulte, quand tout semble possible mais que rien n’est stable. Il frôle parfois l’overdose de jeunes Parisiens cultivés un peu verbeux, capables de passer des heures à disserter sur leurs émotions… Mais n’est-ce pas là le propre de cet âge ?

Sincérité et justesse

C’est en tout cas le propre de ces personnages aux dialogues frôlant parfois la poésie de terminale littéraire. Ils parlent beaucoup de leurs états d’âme, de leurs blessures, au point de donner parfois l’impression d’une génération qui s’écoute penser. Charlie, en particulier, incarne cette tendance : elle distribue les leçons de vie tout en restant incapable de se les appliquer. Un paradoxe qu’on peut tous un jour croiser…

Alors comment reprocher à une réalisatrice de dépeindre des personnages un poil énervants, mais terriblement touchants ? Voici plutôt le fruit d’un projet mené à bien, d’un portrait brossé avec sincérité et justesse. Et lorsque la série ralentit pour laisser respirer ses personnages — dans un silence, un regard —, elle touche encore plus juste. De quoi songer au mot de Charles Péguy : « Heureux deux amis qui s’aiment assez pour se taire ensemble. »

La note de la rédaction :

4/5

« Quelqu'un devrait interdire les dimanches après-midi », série française réalisée par Isabel Coixet. Avec Liv Henneguier, Clara Bretheau, Théo Christine, Tim Robbins, Jeanne Balibar... Sur Arte.TV dès le 12 mars.

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