Caché dans des bandelettes de journaux papiers, Shakti vient de recevoir les soins de la matinée. Grâce aux bénévoles de l’association Faune Essonne, installée à Vert-le-Grand (Essonne), sa cage a été nettoyée, son eau changée, sa gamelle remplie de croquettes pour chats, mets dont il raffole. Contrairement à d’autres pensionnaires de ce centre de protection de la nature, en hibernation, ce hérisson est encore réveillé ce vendredi 9 janvier.
« Quand il est arrivé en octobre dernier, il pesait 373 g. Un adolescent, résume Frédérique, la secrétaire de l’association. À sa dernière pesée, le 5 janvier, il avait atteint 1,60 kg. » Sa voisine, Rosalie, était dans un état plus inquiétant. En août dernier, elle ne pesait que 94 g. Aujourd’hui, la balance affiche 1,21 kg. Tous les deux pourront retrouver la liberté une fois remis sur pied et l’arrivée des beaux jours.
Une espèce « quasi menacée »
Depuis fin 2021, les bénévoles de Faune Essonne recueillent et soignent les hérissons du département mais aussi de quelques territoires limitrophes dépourvus d’associations de protection et de sauvegarde de ce mammifère pourtant en danger. Selon le Commissariat général au développement durable, leur nombre a diminué au cours de la dernière décennie de 16 % à 33 % en fonction des régions françaises.
Classé « en préoccupation mineure » par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), dont la liste recense les espèces animales et végétales à risque d’extinction sur la planète, il apparaît depuis fin 2024 dans la catégorie « quasi menacée ». « Autrement dit, le hérisson pourrait disparaître à court ou moyen termes si des mesures de conservation spécifiques ne sont pas mises en œuvre », précise-t-on.

La dégradation de leurs habitats naturels (forêts, prairies et champs) et leur fragmentation, avec notamment la mise en place de plus en plus de clôtures y jouent pour beaucoup. Sans parler des collisions sur la route, particulièrement meurtrières. En Essonne, ceux qui en réchappent passent notamment entre les mains protectrices de Véronique, auxiliaire spécialisé vétérinaire et la capacitaire du centre.
« Les gens font de moins en moins attention, regrette-t-elle. Par exemple, ils utilisent du matériel de jardinage sans vérifier avant qu’il n’y ait pas de hérisson caché sous les feuilles. Les robots tondeuses qui fonctionnent en fin de journée font des ravages. Ce mammifère vit la nuit, en sortant vers 19 heures jusqu’à environ 7 heures du matin. À ces heures-là, il faut être très prudents. »
Des bébés livrés à eux-mêmes
Le centre de Vert-le-Grand peut accueillir 20 hérissons. L’antenne de Dourdan compte huit places. « Nous sommes aujourd’hui saturés, s’alarme Véronique. Et nous ne sommes pas les seuls, les autres centres de l’Essonne (Ballancourt et Orsay) le sont aussi. Nous continuons de recevoir de nombreux appels de personnes qui ont trouvé des hérissons en mauvais état. Et ceux que nous avions déjà ici ont hiberné avant que nous puissions les relâcher. »
Cette année, un autre phénomène pourrait expliquer cette saturation : le changement climatique. Les températures de cet automne et des premiers jours d’hiver ont été plus hautes que la normale. Des hérissonnes, au lieu d’hiberner, ont donné naissance à des portées de deux à six bébés.
« Le problème, c’est que dès qu’il a fait froid, elles ont hiberné, laissant leurs bébés se débrouiller seuls, indique Véronique. Ils sont alors, bien souvent, beaucoup trop maigres pour hiberner et n’ont pas assez de ressources pour se nourrir. On doit alors intervenir. Sans nous, ils ne survivraient pas. »
Félicie a eu beaucoup de chance. La hérissonne est arrivée lundi à Dourdan. « Elle pèse un poids raisonnable mais tousse énormément, décrit la capacitaire. Après vérifications, elle est infestée de vers pulmonaires. Ses jours étaient menacés. »
Si tout va bien, elle pourra d’ici plusieurs semaines rejoindre le centre de Vert-le-Grand où des cages sont aussi installées en extérieur pour une première réintégration dans la nature. Une fois jugés aptes, tous rejoindront un des jardins adaptés « avec abri naturel ou construit et restaurant » de l’association. « L’idée c’est qu’ils puissent se protéger et se nourrir le temps de prendre leurs repères », indique Véronique. Une fois aguerris, ils pourront retrouver leur totale liberté.











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