Sénégal-Maroc : c’est quoi une panenka, ce geste totalement raté par le marocain Brahim Diaz sur son pénalty en finale de la CAN ?

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En finale de la Ligue des champions en 2016, Sergio Ramos aurait pu se laisser tenter par une panenka. Spécialiste des pénaltys et coutumier du fait, le défenseur du Real Madrid, qui affrontait ce soir-là son rival et voisin de l’Atlético, a préféré la sécurité du plat du pied.

« La panenka, c’est bien quand les gens pensent que vous n’allez pas le faire, avait-il alors expliqué. Oblak (NDLR : le gardien de l’Atletico) et moi nous connaissons bien et ce n’était pas le bon moment pour le faire. Au final, le ballon a fini dans les filets, c’est ce qui compte ». Ramos le sait : ce geste, plus que d’autres dans le football, s’effectue à quitte ou double.

Pour ceux qui le réussissent, c’est la gloire assurée et un joli chambrage pour le gardien adverse. Mais pour ceux qui ratent… Brahim Diaz en a fait l’amère réalisation ce dimanche soir.

Antonín Panenka, le visionnaire

En finale de la CAN 2025 face au Sénégal, l’attaquant marocain du Real Madrid avait la balle de match au bout du pied, un pénalty accordé miraculeusement aux Lions de l’Atlas au bout du temps additionnel. Mais sa panenka, trop molle, a été facilement captée par Édouard Mendy.

Depuis, ce geste tourne en boucle et fait énormément réagir. Tenter ce geste-là, à ce moment-là, peu l’ont fait avant lui. Mais il se trouve que c’est aussi dans une finale que son créateur lui a donné naissance aux yeux du monde. Car la panenka est un éponyme, geste dont le nom lui a été donné par l’ancien international tchécoslovaque Antonín Panenka.

Le 20 juin 1976, la Tchécoslovaquie dispute face à l’Allemagne de l’Ouest la finale de l’Euro. Après prolongations, les deux équipes sont neutralisées à 2-2 et se départagent aux tirs au but. Panenka est le cinquième tireur tchécoslovaque et avant lui, Uli Hoeness a manqué sa tentative. S’il marque, son équipe sera championne d’Europe.

Panenka fait alors l’impensable, le jamais-vu : il pique son ballon au centre du but, laissant le légendaire Sepp Maier partir à la cueillette aux champignons sur sa gauche. Le geste marque tellement les esprits qu’il est désormais baptisé du nom de son inventeur : Panenka. Peu de joueurs ont à ce point imprimé leur nom dans le vocabulaire du football.

Deux ans de travail pour Panenka

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce geste n’est pas un éclair de génie, sur l’instant : Antonin Panenka l’a travaillé pendant deux ans, avant ce jour fatidique du 20 juin 1976.

« J’avais l’habitude de m’entraîner aux tirs au but après les entraînements au Bohemians de Prague avec notre gardien Zdenek Hruska, raconte-t-il à la Football Writers’ Association en 2012. Pour rendre le jeu plus compétitif, nous pariions une bière ou une tablette de chocolat à chaque tir au but. Malheureusement, comme c’était un excellent gardien, je finissais généralement par perdre de l’argent, car il arrêtait plus de tirs que je ne marquais de buts. »

« Je passais mes nuits à réfléchir à la manière dont je pourrais prendre l’avantage. J’ai fini par comprendre que le gardien attendait toujours le dernier moment pour essayer d’anticiper la trajectoire du ballon et plongeait juste avant le tir afin de pouvoir l’arrêter à temps. J’ai décidé qu’il était probablement plus facile de marquer en feignant de tirer, puis en tapant doucement le ballon au milieu du but. Je l’ai essayé sur le terrain d’entraînement et cela a fonctionné à merveille. »

« Sûr à mille pour cent que je marquerais »

« Le seul problème, c’est que j’ai commencé à prendre beaucoup de poids parce que j’ai récupéré toutes ces bières et ces chocolats », ironise-t-il. À l’époque, le football étant beaucoup moins médiatisé qu’aujourd’hui, et Panenka peut faire ses expériences dans une relative discrétion.

« J’ai commencé à essayer cette technique environ deux ans avant le Championnat d’Europe. Au début, je l’ai utilisée lors de matchs amicaux, puis une ou deux fois lors de matchs du championnat tchécoslovaque. Elle a si bien fonctionné que j’ai décidé de l’utiliser si j’obtenais un pénalty lors du Championnat d’Europe. Lorsque le joueur allemand a raté son tir, c’était mon tour. C’était comme si c’était la volonté de Dieu. J’étais sûr à mille pour cent que je tirerais le pénalty de cette manière et que je marquerais. »

Depuis, de nombreux joueurs ont marché dans les pas d’Antonin Panenka… Avec plus ou moins de réussite. Brahim Diaz n’est que le dernier d’une longue liste de joueurs qui se sont cassé les dents sur ce geste. Même si peu le tentent dans des moments aussi cruciaux.

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