« Une réaction d’humains face à l’injustice » : les coulisses des 15 minutes où les Sénégalais ont failli abandonner la finale

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Et tout à coup, les Sénégalais ont entamé une course étrange. Non pour entamer une dernière contre-attaque ou pour revenir annihiler une ultime offensive marocaine, mais pour célébrer le coup de sifflet final ; une course vers nulle part, désordonnée et improvisée, à l’image d’une rencontre au dénouement cacophonique.

Même la remise du trophée a eu quelque chose de décalé : dans un stade qui s’est vidé aux trois quarts en quelques minutes, Pape Thiaw, Kalidou Koulibaly et Sadio Mané se sont réunis autour du trophée pendant un léger de moment de flottement, avant que ce dernier ne soulève finalement le trophée sous une pluie de confettis. Les joueurs se sont ensuite empressés de s’érafler les genoux sur la pelouse afin de célébrer leur titre face à leur kop de supporters, le Douzième Gaïndé, dont certains membres avaient sauté la balustrade menant à la pelouse pour entrer sur la pelouse dans la cacophonie la plus complète au moment du penalty sifflé.

Des célébrations qui résument le déroulé invraisemblable de la rencontre à partir de la 90e minute, lorsque les joueurs ont décidé de quitter la pelouse pour contester deux décisions arbitrales qu’ils considéraient comme injustes : le but refusé à Ismaïla Sarr pour une faute d’Abdoulaye Seck sur Achraf Hakimi, et la sanction à 11 mètres prononcée par Jean-Jacques Ndala Ngambo pour un contact entre Malick Diouf et Brahim Diaz.

« C’était scandaleux ce qu’on était en train de vivre »

« On ne comprenait pas pourquoi quand on a marqué la VAR ne l’a même pas contacté, alors que de l’autre côté il a demandé l’intervention de la VAR. C’était scandaleux ce qu’on était en train de vivre », affirme en zone mixte le deuxième gardien des Lions de la Téranga Yehvann Diouf afin d’expliquer pourquoi l’équipe a choisi de regagner les vestiaires. « On était très frustrés. On a eu une réaction d’humains face à cette injustice », abonde son coéquipier Mamadou Sarr.

« Ce genre de messages, ce n’est pas beau à voir »

« Mais après réflexion on s’est dit que dans tous les cas il fallait revenir sur le terrain, assumer ce pourquoi on était venus et finir le match », raconte Diouf. Un revirement notamment initié par Sadio Mané, désigné meilleur joueur de la CAN. « Ça aurait été vraiment triste de voir le football africain ainsi [si les Sénégalais n’avaient pas rejoint la pelouse], ça aurait été inadmissible. J’ai juste essayé de faire ce qui est bien pour les deux pays », avance l’ailier d’Al-Nassr. « Le football africain est en train de se développer d’une manière incroyable, il est suivi dans le monde entier. Ce genre de messages, ce n’est pas beau à voir », estime Mané.

C’est ensuite sur le terrain que son coéquipier Pape Gueye a souhaité exprimer une réaction d’orgueil en téléguidant dans la lucarne de Yassine Bounou une frappe surpuissante du pied gauche depuis l’entrée de la surface. « J’ai pensé à l’injustice, j’ai pensé au pays. C’est une victoire méritée, donc c’était le but de la délivrance », rapporte le milieu de Villarreal, qui a remporté le trophée d’homme du match après avoir inscrit le premier but sénégalais en quatre finales de Coupe d’Afrique des Nations.

Trois joueurs à l’hôpital après un malaise

Le natif de Montreuil évoque également comme source de motivation l’absence au coup d’envoi de trois joueurs (Crépin Diatta, Pape Matar Sarr et Ousseynou Niang) qui auraient fait un malaise avant la rencontre. « Cette victoire elle est pour eux, on avait ça en tête », confie Gueye. « Ils sont à l’hôpital, mais j’espère qu’ils vont bien », complète Lamine Camara, vainqueur de son troisième trophée continental après avoir gagné le Championnat d’Afrique des nations en 2022 et la CAN U20 en 2023. « Beaucoup de choses sont arrivées avant le match pour Crépin, Pape et Ousseynou », insiste Ismaïl Jakobs lorsqu’on l’interroge sur les raisons des moments de tension observés sur la pelouse. « Vous arriverez à trouver », ajoute-t-il sans donner davantage de précisions.

L’habituel capitaine Koulibaly, suspendu ce dimanche, a lui préféré insister sur la capacité de réaction de ses partenaires dans une enceinte quasi entièrement acquise à la cause des Lions de l’Atalas. « Quand tu joues face à un public aussi hostile, c’est très difficile. On a montré beaucoup de maîtrise », loue le défenseur central d’Al-Hilal. Malgré la fête quelque peu gâchée par l’atmosphère anxiogène de la fin de match, son coéquipier Mané, déjà titré il y a quatre ans, savoure cette deuxième étoile. « En 2021, je n’avais pas encore de femme ni enfant. Maintenant, je vais célébrer avec ma femme et mon enfant, donc c’est encore plus spécial. La joie est incroyable », conclut Mané, un adjectif qui correspond bien au scénario de la rencontre qui a scellé le second sacre continental du Sénégal, et que l’Afrique n’est pas près d’oublier.

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