Un stade plein à craquer, une ville suspendue, un pays en apnée. Et soudain Rabat s’est tue. Elle, comme tout le pays, qui retenait son souffle pour mieux pouvoir crier sa joie et sa fierté d’être enfin couronné, n’aura droit qu’à une soirée de larmes et de regrets. Le titre de champion d’Afrique que la nation tout entière imaginait célébrer ce dimanche au stade Moulay Abdellah, après cinquante ans d’attente, le Sénégal s’en est emparé sans ménagement au terme d’une finale électrique et à rebondissements.
Si seul les quelques milliers de Sénégalais ont explosé au coup de sifflet final, c’est parce que la guerre des étoiles entre le Maroc et le Sénégal, soucieux l’un et l’autre d’en décrocher une deuxième, s’est conclue dans une incroyable confusion et une ambiance délétère. La faute à une fin de temps réglementaire lunaire qui a vu la finale de rêve virer au cauchemar. Au coeur des débats, l’arbitre de la rencontre qui, en l’espace de deux minutes, a sifflé une faute de Seck sur Hakimi juste avant que qu’Ismaïla Sarr ne trouve le chemin des filets, puis a accordé dans la foulée et tout au bout du temps additionnel, un penalty au Maroc pour une faute de Malick Diouf sur Brahim Diaz.
Colère et indignation
Une décision que l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo a pris soin de valider après être allé consulter le VAR suite aux protestations du milieu du Real Madrid. Mais une décision qui a provoqué la colère et l’indignation des 7000 Sénégalais présents en tribunes et de tous les Lions de la Teranga.
Cette Coupe d’Afrique qui, à défaut de s’épargner des polémiques sur l’arbitrage, avait jusque-là été exemplaire d’un point de vue sécuritaire et au niveau de l’atmosphère dans les stades a cette fois chaviré. Furieux, les supporters sénégalais ont explosé de fureur, tenté d’envahir le terrain et contraint les stadiers et la police d’intervenir, avec force. Une interruption d’une bonne dizaine de minutes qui a dégénéré à tous les étages puisque ça a également chauffé en tribune de presse entre journalistes des deux pays.
Et Diaz loupa sa panenka
Sur la pelouse, les Lions de la Teranga, eux, ont un moment fait mine de quitter la pelouse, avant de faire leur réapparition. C’est dans cette atmosphère électrique que Brahim Diaz a finalement pris son élan et... manqué sa panenka, très mal exécutée (90e + 24). Un coup de bambou terrible pour les Marocains, contraints de jouer une nouvelle prolongation. Un bol d’air inattendu et sensationnel pour des Sénégalais galvanisés par ce loupé. Tellement qu’il ne leur aura fallu que cinq petites minutes dans cette prolongation pour renverser la rencontre. D’un missile sol-air du gauche en pleine lucarne de Pape Gueye, les Lions de la Teranga ont un peu plus plombé le mauvais climat qui s’était abattu sur Rabat.
Sous les yeux d’un Brahim Diaz en larmes sur le banc de touche, le Maroc a certes réussi à se remettre dans la partie, pas à égaliser. Réduits à dix suite à la blessure d’un Igamane qui ne pourra plus être remplacé, la tête de En-Nesyri passera de peu à côté du but de Edouard Mendy (104e), celle de Nayef Aguerd, s’écrasera, elle, sur la barre (108e).
Cette finale n’aura donc pas répondu aux attentes du peuple marocain, mais elle restera pour son scénario et sa dernière demi-heure de jeu, son pire et son meilleur, dans les annales de la compétition. Le Sénégal qui n’avait jamais marqué dans une finale de CAN aura attendu la quatrième pour y parvenir. Un sale coup dont le pays frère marocain devra savoir se relever. Un coup de génie pour le peuple sénégalais sacré pour la deuxième fois en quatre ans.












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