« Certains élus pourraient changer d’avis » : en Moselle, ce projet d’usine divise depuis vingt ans !

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Avec un zeste d’ironie, les habitants du secteur l’appellent encore « la cabane ». Situé en rase campagne, à la sortie de la ville, en direction de Vergaville, voilà vingt ans que ce petit périmètre de quelques mètres carrés concentre les passions à Dieuze (Moselle). Pour l’heure, une canalisation sur la terre gelée par les froidures de l’hiver rappelle qu’au début des années 2000, deux forages de plusieurs centaines de mètres de profondeur ont été creusés afin de permettre d’extraire des eaux pour y lancer une entreprise d’embouteillage. À l’époque, la commune comptait encore un régiment d’un millier d’hommes (jusqu’en 2011) mais, sous l’impulsion de son ancien maire, Fernand Lormant, Dieuze réfléchissait à d’autres voies de développement économique.

La société Alma (Cristalline) est candidate

Un quart de siècle plus tard, les militaires du 13e RDP (Régiment de dragons parachutistes) sont partis. Mais le dossier de l’embouteillage n’a pas varié d’un iota ou presque. Cette petite ville de 3 100 habitants aura-t-elle un jour son usine de mise en bouteilles ? La question reste posée tant le dossier, qui semblait acquis à l’origine, se heurte à de nombreux obstacles et à l’opposition farouche d’« Eau secours saulnois ». Cette association conteste les ambitions de la mairie et de la communauté de communes de créer les conditions favorables à l’installation d’un industriel. Le projet table sur le pompage de près de 800 000 m3 d’eau par an.

Une filiale de la société Alma (qui commercialise les bouteilles de Cristalline) est candidate à cet investissement. Au fil des époques, les « pour » et les « contre » ont opposé leurs arguments. Une trentaine d’emplois directs, 90 emplois indirects et 700 000 euros de rentrées financières pour les collectivités nourrissent l’argumentaire des défenseurs du projet. Le maire de Dieuze, Jérôme Lang, et le président de la communauté de communes, Jérôme End, n’ont pas répondu aux demandes d’entretien du « Parisien » - « Aujourd’hui en France ». Un choix de silence pour éviter d’attiser la colère chez les opposants ?

« La population et les recettes fiscales déclinant, il fallait bien trouver des idées », justifiait, en 2023, l’ancien maire Fernand Lormant. « Nous avons la chance d’avoir dans notre sous-sol des eaux qui ont, d’après les études, remonté de trois mètres : il faut la saisir », expliquait le maire en 2024. « On va surtout exploiter l’eau qui est un bien inaliénable, et prendre des risques de pollution des nappes », réplique en substance Maxime Noirjean, le président de l’association « Eau secours saulnois » qui revendique « une quarantaine de membres et de nombreux sympathisants ».

« La population et les recettes fiscales déclinant, il fallait trouver des idées »

Lors d’un récent conseil municipal à Dieuze, les gendarmes ont été appelés pour calmer les esprits. Les opposants rappellent aussi que sur une terre historiquement chargée en sel, le risque de perforation des nappes a de quoi inquiéter. Ils mentionnent également la circulation future de « 150 camions par jour » sur la route principale de la commune, pour transporter les palettes de bouteilles.

Fin novembre 2025, les élus communautaires ont rejeté à une courte majorité (59 voix contre, 53 pour et huit abstentions) la vente des terrains qui jouxtent le site du forage. Cette étape administrative est un préalable obligatoire à l’installation de la future usine. Mais le feuilleton est loin d’être terminé. Le 17 décembre, les dirigeants de l’usine Alma sont revenus à Dieuze tenter de défendre leur dossier auprès des élus. La réunion (à huis clos) aura-t-elle porté ses fruits pour le projet ? « Nous le craignons car il semble que certains élus soient tentés de changer d’avis », admet Maxime Noirjean. Se profile à l’horizon une échéance décisive dans ce conflit : les élus communautaires voteront à nouveau le 28 janvier…

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