Europe. Le Premier ministre hongrois voit son poste menacé par l'émergence d'un rival mieux placé dans les sondages. Mais il peut compter sur la Russie pour l'aider à conserver ses fonctions.
Publié le 14/03/2026 à 16:22
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, lors d'un discours au Parlement à Budapest (Hongrie), le 23 février 2026.
REUTERS/Bernadett Szabo
Sur le continent européen, les dirigeants aux relations chaleureuses avec Vladimir Poutine se comptent sur les doigts d'une main. Hormis son allié de toujours biélorusse Alexandre Loukachenko, le président russe peut compter sur ses liens avec le président serbe Aleksandar Vučić ou le Premier ministre slovaque, Robert Fico. Mais une autre figure suscite bien plus l'intérêt du Kremlin : Viktor Orban. Chef du gouvernement hongrois depuis 2010, ce dernier n'a jamais caché sa proximité avec son homologue à Moscou. Une entente qu'il n'a pas reniée depuis le début de la guerre en Ukraine : le conflit n'a pas empêché le conservateur de se rendre plusieurs fois dans la capitale russe afin de rencontrer Vladimir Poutine, auquel il a promis en novembre dernier de continuer de se fournir en hydrocarbures russes.
Un soutien rare, et donc précieux, pour l'ex-espion du KGB. Mais celui-ci compte bien remercier Viktor Orban de sa sympathie à son égard. Le 12 avril prochain, les électeurs hongrois seront appelés aux urnes pour un nouveau scrutin législatif. Or, après des années de domination sans partage du pouvoir, l'actuel Premier ministre fait face à un opposant mieux placé que lui dans les sondages. Peter Magyar, ex-membre du Fidesz, le parti de Viktor Orban, menace sérieusement sa place au pouvoir. Les enquêtes d'opinion attribuent à ce candidat pro-européen une avance d'environ 10 points sur son ancien allié. La Hongrie bientôt sous l'administration d'un gouvernement plus critique de la Russie ? Impossible à concevoir pour Vladimir Poutine, dont les services ont approuvé un vaste plan de communication pour promouvoir Viktor Orban.
Présenter Orban comme un "dirigeant fort, bénéficiant d'amis dans le monde entier"
Cette campagne, révélée vendredi 13 mars par le Financial Times, a été imaginée par la Social Design Agency, une agence de communication proche du pouvoir russe. Le quotidien britannique a pu consulter une note rédigée par ce cabinet à la fin de l'année dernière, dans laquelle il proposait plusieurs mesures pour mettre en avant l'action de Viktor Orban. L'objectif ? Le présenter comme un "dirigeant fort, bénéficiant d'amis dans le monde entier". Des "amis" tels que Vladimir Poutine, donc, mais aussi le président américain Donald Trump. Tout le contraire, indique ce document, de l'image que doit renvoyer Peter Magyar dans la sphère publique grâce au projet entériné par le Kremlin. L'eurodéputé, à la tête du parti de centre-droit Tisza, doit apparaître comme une "marionnette de Bruxelles, sans soutien extérieur".
En pratique, la Social Design Agency recommande dans cette optique de mener des "attaques informationnelles" sur les réseaux sociaux. Le principe est simple : rédiger des milliers de messages depuis la Russie, puis les publier en masse sur les différentes plateformes afin d'influencer l'opinion publique hongroise, souvent au moyen de fausses informations. Par le passé, Moscou a déjà été pointé du doigt pour des ingérences de ce type dans d'autres pays européens. À l'automne dernier, la Moldavie avait fait l'objet d'une "campagne de désinformation sans précédent" de la part de la Russie avant l'élection présidentielle dans le pays, avait dénoncé la Commission européenne. En 2024, des soupçons similaires avaient contraint la Roumanie à annuler son scrutin pour désigner son nouveau dirigeant.
En Hongrie, les suspicions envers la Russie sont d'autant plus fortes après la révélation, la semaine dernière, de l'affectation à l'ambassade russe à Budapest de trois officiers du GRU, le renseignement militaire de Moscou. D'après le média indépendant VSquare, à l'origine de l'information, ces agents seraient directement placés sous l'autorité de Sergueï Kirienko, le chef de cabinet adjoint de Vladimir Poutine. Une figure du pouvoir russe habituée aux manœuvres de déstabilisation informationnelle à l'étranger, selon les sources interrogées dans cette enquête. Cette équipe est-elle présente dans la capitale hongroise pour interférer dans la prochaine élection ? Selon VSquare, ce scénario ne fait pas de doute. Moscou et Budapest, eux, démentent mettre en place un tel stratagème.
Contre-attaque du principal opposant hongrois
Sur le plan politique, Peter Magyar a lui-même dit mardi 10 mars avoir pris connaissance d'éléments montrant qu'une campagne de désinformation réalisée "avec l'aide des services de renseignement russes" avait été préparée par le Kremlin. Il s'agirait selon lui de "14 vidéos diffamatoires générées par l'IA" et destinées à être relayées sur les réseaux sociaux. Plus tôt dans la campagne, l'opposant à Viktor Orban avait également pris les devants en prévenant de la mise en ligne d'une potentielle sextape le concernant. Cette vidéo, "possiblement truquée", aurait été "enregistrée avec du matériel des services secrets", avait-il expliqué. Peter Magyar avait explicitement accusé le Fidesz d'en être le commanditaire, dans le but de nuire à sa candidature.
Aucune sextape n'a finalement été diffusée sur les réseaux sociaux après cette prise de parole. "En anticipant ce qui va se passer, nous espérons le neutraliser…", a expliqué, auprès de Politico, Zoltan Tarr, le bras droit du principal adversaire de Viktor Orban. "Chaque fois que nous avions des informations, [Peter Magyar] les a rendues publiques immédiatement." Selon ce responsable, plusieurs candidats présentés par leur parti dans des circonscriptions lors de ces législatives peuvent s'attendre à voir des rumeurs et des fausses affirmations circuler sur eux. "Certaines personnes ont connu des difficultés dans leur vie passée", poursuit Zoltan Tarr. "Rien de criminel, mais peut-être une entreprise qui a dû fermer ses portes, un divorce... ou quelque chose de similaire. Ces événements peuvent ensuite servir de prétexte pour tenter d'infiltrer la psyché du candidat et créer de fausses histoires à son sujet."
Depuis plusieurs mois, le Fidesz cible particulièrement Peter Magyar sur sa position vis-à-vis de la guerre en Ukraine. Là où Viktor Orban n'a cessé de freiner le vote des différentes séries de sanctions initiées par l'Union européenne, le leader de Tisza, lui, pourrait être davantage compatible avec la ligne portée par Bruxelles vis-à-vis de Kiev – et ce, sans pour autant marquer un très fort soutien au pays voisin. Il n'en faut malgré tout pas plus pour les médias contrôlés par le pouvoir pour le qualifier de "marionnette de Kiev et de Bruxelles". Guère étonnant dans un contexte où l'actuel Premier ministre hongrois, aux relations glaciales avec le gouvernement de Volodymyr Zelensky, alimente dans cette campagne électorale la peur de l'Ukraine pour gagner des voix. Un discours qui, forcément, plaît une fois encore à Vladimir Poutine.

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