C’est une percée que l'on n'attendait pas. Malgré l’enchaînement de polémiques ces derniers mois et les dérapages verbaux de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise a réalisé de bons résultats dans plusieurs villes ce 15 mars, lors du premier tour des municipales. LFI a ainsi remporté Saint-Denis et obtenu environ 47 % des voix à Roubaix, près de 28 % à Toulouse et environ 23 % à Lille. De quoi donner le sourire au leader des insoumis qui, avant le second tour prévu le 22 mars, a appelé les "coalitions de la gauche traditionnelle" à "se placer à hauteur des enjeux historiques de ce moment politique".

Pour Olivier Galland, directeur de recherche émérite au CNRS, ce résultat surprise traduit avant tout le succès, auprès d’une partie de l’électorat, des discours axés sur la lutte contre "la menace fasciste". Interrogé par L’Express, le sociologue invite toutefois à ne pas trop nationaliser ce scrutin. Au regard également des bons scores réalisés par le Rassemblement national, le spécialiste estime qu'une "tendance inquiétante se dessine" : le renforcement des extrêmes. Entretien.

L’Express : Au vu des résultats de ce premier tour, LFI semble tirer son épingle du jeu. Comment l’analysez-vous ?

Olivier Galland : Le principal enseignement de ce premier tour est que LFI ne semble pas payer les différentes polémiques des dernières semaines. Cela peut surprendre, car on s’attendait plutôt à l’effet inverse. Cela s’explique sans doute par le fait que l’électorat insoumis est très soudé et fortement mobilisé. Le discours centré sur la lutte contre la menace fasciste, qui peut paraître un peu caricatural pour beaucoup, parle à cet électorat, notamment dans un contexte de montée du Rassemblement national. Le fait que LFI se présente comme le barrage ultime contre le RN séduit sans doute une partie de ces électeurs.