L’actrice Nadia Farès est décédée après son accident dans une piscine

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L’une des plus belles piscines qui soit. L’une des plus belles actrices qui soit. Tout choque et s’entrechoque dans cette image de mauvais film. Nadia Farès s’est noyée dans le bassin d’un club de sport très huppé du côté de Blanche et Montmartre à Paris, près de chez elle. Ses filles ont annoncé son décès ce vendredi soir. On n’en veut pas, de cette scène. Le week-end dernier, l’actrice de 57 ans, comme quatre fois par semaine, fait ses longueurs dans le bassin de 20 m sur 10 entouré de bois et de pierres de granit noir, un bijou architectural, « une boîte minérale d’une pureté absolue », selon le site du club de sport abritant cet écrin, au sous-sol d’un hôtel particulier Art Nouveau…

Tout y était beau : luxe, calme et sérénité. Il n’existe pas de bon endroit pour perdre la vie. Nadia Farès, restée au fond de l’eau plusieurs minutes avant d’être repérée, après de longs efforts de massages cardiaques d’abord par un autre nageur, n’a pu être réanimée que tardivement par les pompiers. Beaucoup trop tard. Beaucoup trop tôt pour mourir.

« La Cindy Crawford française »

Nadia Farès a déboulé dans le cinéma français des années 1990 comme une beauté affolante. Dans une interview amusante mais d’un autre temps de « Tout le monde en parle », Thierry Ardisson roule des yeux et la complimente un peu trop sur ce physique qui l’avait fait surnommer « la Cindy Crawford française ». La ressemblance frappait, comme leur grande taille et ce sourire ravageur.

Née à Marrakech d’un père marocain et d’une mère d’origine arménienne, la future actrice métisse est surtout la fille unique d’un couple qui va divorcer. Alors elle vit tout, très vite, pour s’échapper, comme elle le racontera souvent. Pas de tristesse ni de solitude, elle va de l’avant et appuie sur l’accélérateur avant tout le monde. Un premier grand amour à 13 ans. À 15, elle fugue pour aller vivre avec un Italien milliardaire qui va en avoir bientôt 40.

Elle ne regrettait rien. Sa mère, qu’elle avait suivie à Nice après l’explosion de la famille, renonce à une procédure judiciaire pour la ramener au bercail. Nadia Farès dira plus tard qu’elle avait cherché à l’adolescence des figures paternelles. Plus tard ce seront d’autres figures, amicales ou amoureuses, dans le cinéma. Cette grande amoureuse vivra aussi une belle histoire avec l’ancien coureur automobile Jacky Ickx.

Elle devient la femme dont on parle

À 17 ans, elle monte à Paris, toute seule, pour devenir chanteuse. Elle court les castings pour gagner sa vie, et dès le second, décroche un rôle de « guest » dans un épisode de « Navarro ». Le petit écran n’est pas assez grand pour elle. La jeune femme explose en 1994 dans « Elles n’oublient jamais » de Christopher Frank. Et devient la femme dont on parle, qui affole les compteurs et les spectateurs.

Dans ce thriller sulfureux, elle interprète la jeune maîtresse d’un homme marié (joué par Thierry Lhermitte) qui croyait vivre une liaison et va découvrir la lésion, la fracture, l’accident, poursuivi par cette beauté sombre qui va jusqu’à s’installer dans son immeuble pour détruire sa vie. Une « Liaison fatale » à la française, et au passage, une sorte d’aide-mémoire sur les risques mortels de l’adultère.

On oublie vite, tant on a tendance, surtout dans ces années-là, à utiliser et jeter les nouvelles Marilyn comme des kleenex, mais les talk-shows vont raffoler de Nadia Farès, d’Ardisson à Ruquier. Les films se suivent et ne se ressemblent pas, de « Dis-moi oui » d’Alexandre Arcady à « Hommes, femmes : mode d’emploi » de Claude Lelouch, qui devient un proche, au sens propre : son voisin et ami, qui lui vend même plus tard un appartement à Montmartre. Un lien d’une vie.

Dans cette folle décennie 1990, elle est aussi la Marie des « Démons de Jésus », de Bernie Bonvoisin, l’ancien chanteur de Trust, qui la fait tourner trois fois. Elle marque surtout la rétine dans « Les Rivières pourpres » de Mathieu Kassovitz, dans le double rôle de jumelles de ce polar aux cadavres cachés dans des placards qui en dissimulent d’autres. Sur le tournage, Jean Reno la sauve d’un possible très grave accident alors que la cale d’un engin roulant venait de lâcher. « Il m’a sauvé la vie », dira-t-elle.

De 2006 à 2016, Nadia Farès disparaît. Elle a épousé un gros producteur américain des sagas « Le Transporteur » et « Fast and Furious », rencontré dans le château de Luc Besson, qui l’emmène à Los Angeles. Pas pour tourner, mais y vivre, et élever leurs deux filles, un choix amoureux et familial que Nadia Farès assumera toujours. Ses voisins de barbecue s’appellent Omar Sy, Dany Boon ou Amanda Sthers. Et Johnny Hallyday, qui apprécie son tajine aux pommes de terre confites.

Elle ne reviendra en France et dans le cinéma, ou surtout à la télévision, qu’après son divorce. C’est à cette époque qu’elle devient encore plus proche de Claude Lelouch, autre figure paternelle, qui la refait tourner en 2017 dans « Chacun sa vie ».

Elle allait passer derrière la caméra

La comédienne décroche un nouveau rôle important dans la série « Marseille » sur Netflix, signé Florent-Emilio Siri, 15 ans après leur film en commun « Nid de guêpes ». Une actrice que l’on avait envie de retrouver, comme beaucoup de ses réalisateurs. Ils s’étaient nourris d’elle comme elle d’eux : Nadia Farès, qui écrivait des scénarios, voulait réaliser depuis longtemps.

Elle avait éprouvé une déception, le film « Dalida » de Lisa Azuelos dans lequel elle devait incarner la chanteuse et dont elle avait finalement été écartée. En septembre 2026, elle devait réaliser un film qui allait lui permettre de passer derrière la caméra pour une comédie d’action. Folle de sport, de santé, d’hygiène de vie, la jeune quinqua avait tout fait pour lutter contre une santé fragile, trois opérations du cœur et une du cerveau à cause d’un anévrisme. Nulle plus qu’elle n’ignorait que la vie peut s’arrêter n’importe quand, n’importe où. Même dans l’une des plus belles piscines de Paris.

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