NOUS Y ÉTIONS - L’adaptation de Camus a été sacrée meilleur film par les critiques de la presse internationale. Les récipiendaires de la distinction se sont confiés au Figaro.
En France aussi c’est la saison des prix. À l’institut du monde arabe se déroulait, dimanche, la 31e édition des Prix des Lumières, remis par des critiques internationaux basés à Paris. Leurs choix esquissent souvent les tendances qui se manifesteront quelques semaines plus tard aux César, qui annonceront leurs nominations le 28 janvier prochain et organiseront leur cérémonie le 27 février.
Parti en pole position avec six nominations, L’Étranger de François Ozon a été le film le plus titré de la soirée, décrochant le trophée roi du meilleur film et du meilleur acteur pour Benjamin Voisin, qui capture le caractère énigmatique de l’antihéros d’Albert Camus. La somptueuse adaptation en noir et blanc a aussi décroché le trophée mérité de la meilleure image.
«Je suis très heureux. La presse étrangère a toujours été très importante dans mon parcours. Mes films ont voyagé grâce à elle. Le succès du film, le fait qu’il soit vendu dans beaucoup de pays, ces statuettes me rassurent : ma vision rencontre le public. Je dois remercier aussi Camus : ce prix est aussi attribué à un écrivain qui est connu dans le monde entier. Pour Benjamin, c’est une très belle récompense parce qu’il y avait déjà un prix Lumières avec Été 85, ex aequo avec Félix Lefebvre», a confié au Figaro François Ozon. Le cinéaste a aussi évoqué la répression contre les manifestants en Iran. «Comme dans L’Étranger, nous sommes confrontés aujourd’hui à l’absurdité du monde. Comment agir face à ses folies ? Je suis très très angoissé parce que j’ai des amis iraniens et j’admire de nombreux artistes de ce pays. Il est important de penser à eux et de réfléchir à ce qu’on peut faire pour les aider. Notamment leur envoyer Internet», a-t-il redit.
Palmarès généreux
Les votants des Lumières ont fait le choix d’un palmarès généreux récompensant plusieurs films plutôt que de concentrer les trophées sur un seul long-métrage. Enquêtrice de l’IGPN obstinée dans Dossier 137 de Dominik Moll, Léa Drucker a été sacrée meilleure actrice, devançant les légendaires Jodie Foster (Vie privée) ou Isabelle Huppert (La Femme la plus riche du monde). Une première victoire après deux précédentes nominations en 2019 pour Jusqu’à la garde et en 2024 pour L’Été dernier. La comédienne salue un prix «qui récompense les questionnements sur l’institution policière, la violence dans la société et engage la conversation». Et d’ajouter «J’ai eu de nombreux échanges dans la rue avec les spectateurs. J’aime quand les auteurs prennent de la hauteur sur des sujets d’actualité qui heurte sans faire la leçon».
Le prix du meilleur scénario couronne Stéphane Demoustier pour L’Inconnu de la Grande Arche, sur le destin tragique et méconnu de l’architecte danois ayant conçu le bâtiment. «c’est un film qui raconte les années 80 et qui raconte l’émanation d’un projet européen. C’est une époque où on croyait très fort en Europe. J’ai grandi dans les années 80, avec l’axe franco-allemand chevillé au corps. Aujourd’hui on se rend bien compte que cette réalité vacille et qu’elle est menacée et qu’il faut en raviver l’esprit. Nous devons être fiers de la richesse de notre continent», a souligné le réalisateur, inquiet de la crise née de la convoitise du Groenland par l’administration Trump.
L’ombre de Godard
Le Lumière de la meilleure mise en scène est revenu à Richard Linklater et sa reconstitution dans Nouvelle Vague des coulisses du tournage du classique de Jean-Luc Godard À bout de souffle. L’étonnant Guillaume Marbeck, qui prête ses traits au réalisateur suisse, est reparti avec le prix de la révélation masculine, damant le pion au favori le Québécois Théodore Pellerin, troublant d’humanité et de vulnérabilité dans Nino. «Ce prix c’est un encouragement. C’est mon premier film et j’espère qu’il y en aura d’autres», a avoué un Guillaume Marbeck encore sous le choc de sa victoire. «J’ai toujours désiré faire du cinéma, je me suis accroché à un rêve. Le fait de recevoir un prix de la critique en ayant interprété un critique de cinéma, c’est d’autant plus valorisant». «Commencer par Godard, c’est un défi dès le départ : il fallait jouer sans ses yeux derrière des lunettes fumées, apprendre un nouveau langage corporel et maîtriser une diction suisse propre aux Fifties », s’est-il amusé.
Nino n’est toutefois pas reparti bredouille. Pauline Loquès, la réalisatrice de ce portrait d’un jeune homme à qui est diagnostiqué un cancer et qui a un week-end d’errance pour assimiler la nouvelle avant d’entamer son traitement, a récupéré la statuette du meilleur premier film. «Je suis émue par ces regards étrangers sur ce film parisien. C’est presque un genre à part la chronique parisienne ! même si j’ai construit Nino comme un portrait de jeune homme qui pourrait vivre dans n’importe quelle grande ville. La maladie, la famille, l’amour, l’amitié n’ont pas de frontières».
Le trophée de la révélation féminine a été décerné à Nadia Melliti, héroïne de La petite dernière de Hafsia Herzi. Son portrait d’une jeune musulmane homosexuelle avait déjà valu à l’étudiante en Staps avait le prix d’interprétation au Festival de Cannes. Ce Lumière, Nadia Melliti l’apprécie d’autant plus, qu’il répare en partie l’affront fait à sa réalisatrice, oubliée des nominations.
À peine revenu de Berlin où il avait empoché l’European film award du film d’animation, Ugo Bienvenu a fait couple double aux Lumières, grâce à son poétique récit futuriste Arco. «Je suis content de voir que le public reçoit cette sincérité et qu’il est encore prêt à cette authenticité», a salué l’auteur de BD, qui espère aussi décrocher, ce jeudi, une nomination aux Oscars.
Palmarès des 31e Prix Lumières
MEILLEUR FILM
L’Étranger de François Ozon
MEILLEURE MISE EN SCÈNE
Richard Linklater pour Nouvelle Vague
MEILLEUR SCÉNARIO
Stéphane Demoustier pour L’inconnu de la grande arche
MEILLEUR DOCUMENTAIRE
Put your soul on your hand and walk de Sepideh Farsi
MEILLEUR FILM D’ANIMATION
Arco de Ugo Bienvenu
MEILLEURE ACTRICE
Léa Drucker pour DOSSIER 137
MEILLEUR ACTEUR
Benjamin Voisin pour L’Étranger
RÉVÉLATION FÉMININE
Nadia Melliti pour La petite dernière
RÉVÉLATION MASCULINE
Guillaume Marbeck pour Nouvelle Vague
MEILLEUR PREMIER FILM
Nino de Pauline Loquès
MEILLEURE COPRODUCTION INTERNATIONALE
L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho
MEILLEURE IMAGE
Manu Dacosse pour L’Étranger
MEILLEURE MUSIQUE
Warren Ellis, Dom La Nena et Rosemary Standley pour Le chant des forêts

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