C’est le héros du soir au Stade de France. Thomas Ramos a inscrit la pénalité de la victoire d’un match épique contre l’Angleterre (48-46) à la dernière minute, de plus de 40 m, légèrement excentré à gauche. Son coup de pied à l’ultime seconde a fait basculer la rencontre, le Tournoi des Six Nations remporté pour la deuxième année consécutive par les Bleus, et sans doute aussi le destin de ce XV de France.
Un moment magique qui a émerveillé le public et même ses partenaires. « Je donne le ballon à Thomas, et je vois qu’il rigole…, raconte Matthieu Jalibert. Je me dis qu’il est complètement fou ce mec ! Ça résume Thomas. Quand j’ai vu sa réaction, j’ai su qu’il allait la mettre, c’est un joueur exceptionnel ». Dans la nuit au Stade de France, l’arrière toulousain est ensuite venu raconter lui-même en détail ce coup de pied décisif, deux ans après avoir déjà donné la victoire face à ces mêmes Anglais dans les mêmes circonstances. « Ils vont me détester à force », sourit-il.
Racontez-nous ces derniers instants du match…
THOMAS RAMOS. On a su remettre la main sur le ballon et mettre cette équipe à la faute. Quand j’ai vu que l’arbitre donnait avantage, j’ai dit à Toto (Dupont), « arrête de jouer, c’est bon, on va taper les points ». Ce sont des moments que l’on aime en tant que buteur. Le palpitant est à son max.
Pourtant, ça dure bien deux minutes avant que vous ne puissiez la tenter. Que s’est-il passé ?
Nous, on demande une faute de leur pilier, qui fait un tête contre tête avec Joshua Brennan. ça nous permettait d’avoir une pénalité mieux placée, à 40 m face aux poteaux. L’arbitre nous dit qu’il y a deux marques, mais plus ça allait, plus il l’a décalé. Après, il y a Itoje (le capitaine anglais) qui joue un peu au bluff aussi. J’ai essayé de me désintéresser de tout ça pour rester dans ma bulle et dans ma concentration. J’ai laissé les gros bras gérer ça.
Que se passe-t-il ensuite, au moment de tirer ?
Au moment où Matthieu (Jalibert) me donne le ballon, au moment où William Servat m’apporte le tee, je sais ce que j’ai à faire. Comme je le dis souvent aussi, il faut faire abstraction du contexte.
Matthieu Jalibert dit vous avoir vu rire à ce moment-là…
Je ne m’en souviens pas ! Il me tarde de revoir les images parce qu’il y a plusieurs mecs qui m’ont dit que je rigolais. Il y en a même un qui m’a dit que j’avais dit Yes ! avant même de taper… Je pense juste que j’étais content d’avoir une pénalité pour la gagne, mais je ne me souviens pas de ça. J’ai senti aussi beaucoup de confiance de la part de mes coéquipiers. Je n’ai pas ressenti de stress de leur part sur mes épaules. Personne ne m’a parlé. Il y a juste Matthieu qui m’a donné la balle, et Toto qui m’a dit : A toi !
Votre routine est assez rapide ensuite, vous tapez vite…
Dans tous les cas, dans ma routine, je vais souvent assez vite. Parce que, au plus on met de temps à taper, au plus on gamberge. Donc là, il vaut mieux y aller. J’avais envie de bien traverser mon ballon. C’est la seule chose que je me suis dite. C’était la 80e, il y a un peu de fatigue. Je sais que j’ai la puissance de cette distance-là. Mais pour bien réussir un coup de pied à ce moment-là, il ne faut surtout pas le forcer, essayer d’être relâché le plus possible.
Vous en avez mis beaucoup des comme ça, avec Toulouse et le XV de France. Celle-ci aura une place particulière ?
Oui, Louis Bielle-Biarrey m’a dit après : tu m’en as mis deux du même endroit en finale du Top 14, t’avais intérêt de me la mettre celle-là ! Forcément, celle-ci aura une place particulière. Elle sera dans le top 3 et peut-être pas troisième. Ce sont des coups de pied dont on rêve. On s’entraîne aussi pour ça. C’est un match qui se joue sur ça… Tous les buteurs rêvent et aiment ces moments. Aujourd’hui, je suis très heureux, je pense à toutes ces années où j’ai travaillé, parfois avec un préparateur mental, ou à m’entraîner avec des jeunes, faire plein de concours avec eux. Sur des moments comme ça, ça joue aussi.
Que vous ont dit vos coéquipiers dans le vestiaire ensuite ?
Certes j’ai mis la dernière pénalité, mais je suis aussi assez lucide sur le fait qu’on ne gagne jamais seul. Oui forcément, les mecs m’ont dit merci, mais j’aurais joué tout seul, j’en aurais pris 100. Je crois que chacun a fait son travail durant ce Tournoi. C’est anecdotique que ce soit un buteur qui mette la dernière pénalité. Enfin, Charles (Ollivon) m’a promis la moitié de sa prime par contre. Donc je l’attends, il a mon RIB ! (rires).










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