« Je me suis dit que demain, il faudrait aller essayer toutes les clés, une par une, à toutes les portes qu’on trouverait pour sauver notre fille. » Un livre que Mathieu Persan aurait préféré ne jamais écrire. « Le Passage », c’est l’histoire de sa fille, 15 ans, touchée par une dépression profonde, qui va vouloir mourir. C’est aussi celle d’une famille, et ici d’un père, qui « se débat et voit vaciller ses certitudes ».
Rien, ici, de démonstratif. Mathieu Persan, illustrateur du confinement dont l’affiche avait fait le tour du monde, mais aussi d’un livre de Guillaume Musso ou d’un album de Benjamin Biolay, ne cherche ni l’effet, ni la morale, ni la phrase qui conclut. Il avance à hauteur de famille, dans le quotidien : les signes qu’on interprète trop tard, les silences, les portes fermées, les tentatives pour maintenir une normalité qui se fissure.
Le livre touche parce qu’il refuse les raccourcis. Il ne « raconte » pas la dépression comme un sujet abstrait : il la fait sentir, dans sa lenteur, sa violence, ses retours, ses journées grises. En France, près d’un ado sur deux souffre d’anxiété. Depuis plusieurs années, la santé mentale des jeunes de 15 à 25 ans se dégrade de façon préoccupante et persistante...
Avec « Le Passage », Mathieu Persan nous peint la texture de la maladie mentale à cet âge : l’altération du rapport au temps, au corps, à l’école, aux autres. La dépression n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut être une disparition progressive, une fatigue qui s’installe, une joie qui ne revient plus. Persan capte ces micro-basculements, ces détails qui, mis bout à bout, composent une inquiétude continue.
Quelques touches d’humour et de poésie
Il raconte aussi l’autre versant : la place des adultes. Comment aider sans envahir ? Comment alerter sans paniquer ? Comment rester un appui quand l’enfant se ferme ? Le livre tient sur cette ligne de crête, celle où l’amour parental se heurte à l’invisible. L’écrivain y glisse quelques touches d’humour et de poésie.
Sans régler de comptes, Persan montre ce que beaucoup de familles reconnaîtront : la difficulté de trouver les bons interlocuteurs, l’énergie consommée par les démarches, l’angoisse des délais, la peur de « mal faire ». Il ne distribue pas les rôles entre coupables et sauveurs. Il décrit une réalité : celle d’un parcours souvent fragmenté, où l’on avance par essais, par rendez-vous, par ajustements.
Magnifique roman graphique en noir et blanc, qui vous prend aux tripes de la première à la dernière page, « Le Passage » doit être lu par le plus grand nombre, qu’on soit touché ou non par la violence et la douleur d’avoir un enfant malade. Les politiques doivent s’en emparer, car l’état de la psychiatrie en France, le chemin de croix pour trouver un soignant, ne sont plus possibles. Les droits d’auteur de l’ouvrage seront remis à des associations spécialisées.
La note de la rédaction :
5/5
« Le Passage », de Mathieu Persan, éd. Hachette, 256 pages, 19,95 €










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