Des publications racistes, antisémites ou faisant même l’apologie d’Aldof Hitler ont été dévoilées par Mediapart, qui en attribue l’origine au jeune homme lynché à mort à Lyon en février. La France insoumise s’appuie sur cet article pour s’en prendre à Yaël Braun-Pivet, laquelle assume d’avoir fait observer une minute de silence en sa mémoire.
Un mois après la mort de Quentin Deranque, lynché à mort en pleine rue le 12 février en marge d’une conférence de Rima Hassan à l’IEP de Lyon et décédé deux jours plus tard des suites de ses blessures, Mediapart a publié de nombreux messages à caractère raciste et antisémite que la jeune victime aurait publiés sur X au moyen de comptes anonymes. Sur internet, l’auteur de ces messages étalait sans ambiguïté son admiration pour «Adolf», qu’il qualifiait de «grand homme», plaisantait sur l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, revendiquait sa proximité avec des thèses révisionnistes et affichait sa haine des étrangers - tout en manifestant son appartenance au catholicisme traditionaliste.
Le contenu de ces posts publiés sur trois comptes X n’était plus accessible ce vendredi matin, les deux premiers étant privés (visibles uniquement par les internautes approuvés par le propriétaire du compte) et le troisième, suspendu. Mediapart indique néanmoins avoir eu accès à ces messages en utilisant des outils permettant d’explorer les archives d’internet, tout en indiquant que ces mêmes outils ne permettent plus aujourd’hui d’accéder aux messages, mais que ceux-ci ont été préalablement «enregistrés et conservés» par le média d’investigation. Le Figaro n’a ainsi pas pu consulter directement ces messages sur le réseau social X.
Si aucun de ces comptes ne mentionne l’identité de l’auteur des posts, un proche de Quentin Deranque a confirmé au Figaro, après la publication de l’article de Mediapart, que le jeune homme en était bien à l’origine, reconnaissant qu’il avait lui-même connaissance de l’existence de ces messages avant qu’ils ne soient divulgués dans la presse.
Ces messages sont postés sous le pseudonyme «Gavariou», qui pourrait être la transcription phonétique du verbe «je parle» en russe. On y lit de nombreuses insultes proférées à l’encontre d’autres internautes, mais également un éloge politique et intellectuel du fascisme, et surtout de nombreux propos racistes, antisémites ou faisant l’apologie du nazisme. L’auteur exige par exemple de «mater la n*graille comme un grand homme avait su le faire avec l’incendie du Reichstag», plaisante sur le fait que les nazis ont été «culpabilisés d’avoir eu une excellente utilisation des réseaux ferrés», affirme qu’il «soutient Adolf». Il soutient que Mein Kampf est un livre «à faire lire à tous les lycéens» et se vante d’adhérer à l’essentiel des préjugés antijuifs listés par une étude du Crif sur l’antisémitisme. Il dit également vouloir «déporter» les «allogènes», désignés également sous des vocables racistes : «nègre», «bougne», ou même par contraction des deux premiers termes injurieux, «bouègre». Par l’acronyme anglophone «TND», il semble enfin appeler à la «mort totale des nègres».
«Une tache sur l’institution»
L’article publié par Mediapart a été relayé par plusieurs députés de la France insoumise sur les réseaux sociaux, notamment pour s’en prendre à la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui avait fait observer une minute de silence à l’Assemblée nationale le 17 février en mémoire du jeune homme. «Personne ne devrait mourir à 23 ans. Personne ne devrait mourir pour ses idées. En notre nom à tous, j’adresse nos pensées à sa famille et à ses proches endeuillés» avait-elle déclaré à cette occasion. Le président de l’UDR Éric Ciotti avait quant à lui indiqué que cette minute de silence avait été décidée à sa demande et «avec le soutien quasi unanime des présidents de groupe» de l’Assemblée nationale.
«Le jeune Quentin était un nazi», a ainsi déclaré ce vendredi matin l’eurodéputé LFI Anthony Smith en épinglant nommément Yaël Braun-Pivet pour cet hommage. «L’Assemblée et le Sénat ont donc bien organisé une minute de silence pour un nazi» a ajouté de son côté la députée insoumise Alma Dufour, tandis que sa collègue Gabrielle Cathala a estimé que cette minute de silence constituait «une tâche dans l’histoire», reprenant les mêmes termes que le député du NFP Aymeric Caron : «Cette minute de silence à l’Assemblée nationale pour un néonazi antisémite restera une tache sur l’institution.»
D’autres députés insoumis, à l’instar d’Aurélien Saintoul ou d’Antoine Léaument, ont quant à eux ciblé leur collègue du Rassemblement national Sébastien Chenu, pour avoir déclaré lors d’un meeting de campagne à Lille le 6 mars dernier au sujet de Quentin Deranque : «Il était des nôtres, il était de notre tribu».
À cette heure, seuls les députés du Nouveau Front Populaire se sont appuyés sur l’article de Mediapart pour critiquer formellement l’hommage rendu à l’Assemblée nationale. Le patron du PS Olivier Faure n’a pas été aussi loin, déclarant de son côté, à la suite de cet article, que «Quentin Deranque a été une victime mais il ne sera jamais un héros» tout en rappelant que «le débat politique ne devrait jamais conduire à la mort de quiconque».
Selon Le HuffPost qui cite l’entourage de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet est «horrifiée» par l’article de Mediapart mais assume pour autant d’avoir demandé cette minute de silence : «La minute de silence a été adoptée à l’unanimité par la conférence des présidents, sur proposition d’Éric Ciotti, et sans aucune objection, y compris de Mathilde Panot» déclare un conseiller de la présidente de l’Assemblée nationale.
L’avocat des parents de Quentin Deranque, Me Fabien Rajon, dénonce auprès du Figaro un «acharnement» médiatique : «Ces tweets, s’ils sont bien avérés, sont évidemment condamnables, affirme-t-il. Pour autant, ils ne pouvaient justifier le lynchage à mort de Quentin. Un mois jour pour jour après ce meurtre, rien n’est décidément épargné à sa famille qui n’a toujours pas pu entamer son deuil, compte tenu de l’acharnement dont elle est victime».
Parmi les amis de Quentin Deranque joints par Le Figaro, la plupart expriment leur sidération et affirment n’avoir jamais suspecté que le jeune homme puisse écrire de tels propos. Celui qui reconnaît en revanche avoir eu connaissance de ces messages les explique ainsi : «Twitter c’est un défouloir», avance-t-il, ajoutant que les auteurs présumés des coups mortels portés à Quentin Deranque n’ont «pas vérifié son historique Google avant de le tuer», concluant : «C’est ça le vrai sujet. En face, ils tuent».

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