« Mes pensées et mon cœur sont tournés vers l’Iran » : le message d’Isabelle Adjani après la pièce « La Fin du courage »

il y a 2 day 1

« Je voudrais vous dire quelque chose. » À la fin des saluts, Isabelle Adjani a ouvert un carnet rouge et, de sa voix douce serrée par l’émotion, a commencé à lire. « Si vous êtes là, c’est que la question du courage vous habite… Mes pensées et mon cœur sont tournés vers l’Iran », a-t-elle déclaré dans un silence de cathédrale. La comédienne a salué le courage de « ce peuple iranien qui se soulève » et a appelé à se tenir « au côté de la diaspora iranienne, pour ceux et celles qui hurlent là-bas pour vivre libres ».

Elle a assuré espérer que les manifestations contre le régime des mollahs, cette « dernière longue nuit obscure », fassent « disparaître cette République islamique qui massacre ces hommes, ces femmes ». « Je vous en prie, lisez la tribune politique de Golshifteh Farahani » (publiée par l’actrice iranienne dans « Le Monde » vendredi), a conclu Adjani, qui a aussi cité Salman Rushdie, l’auteur des « Versets sataniques », qu’elle avait soutenu lors d’un discours mémorable aux César en 1989.

La première représentation de « La Fin du courage » au théâtre de l’Atelier (Paris XVIIe) s’est achevée ainsi. Sur ces mots très solennels et un public debout comme un seul homme pour applaudir Isabelle Adjani. Quelques minutes plus tôt, pourtant, la salle riait devant les moues contrariées de l’actrice et l’exubérance de sa partenaire, Laure Calamy.

« La Fin du courage » est une pièce écrite par la philosophe, psychanalyste et essayiste Cynthia Fleury à partir d’un de ses essais, diffusé à plus de 200 000 exemplaires. En 2019, l’autrice avait proposé à Isabelle Adjani de porter sur scène cette réflexion sur la place du courage dans nos sociétés contemporaines, sous forme d’un dialogue entre une philosophe (re) nommée Nicole-Jeanne Bastide et une journaliste fictive, Noëlle Blanc. Des lectures avaient eu lieu au Palais de Tokyo et à La Scala.

Cette fois-ci, c’est au théâtre de l’Atelier que se joue cette pièce, avec six duos (Isabelle Adjani et Laure Calamy, Emmanuelle Béart et Sarah Suco, Emmanuelle Béart et Sophie Guillemin, Isabelle Carré et Sophie Guillemin, Lubna Azabal et Sophie Guillemin, Lubna Azabal et Rosa Bursztein). Isabelle Adjani et Laure Calamy ont ouvert le bal ce samedi 17 janvier. Leurs représentations, prévues jusqu’au 25 janvier, affichent complet.

La comédie prend le pas sur la philosophie

Le spectacle commence par un monologue. « J’ai perdu le courage comme on égare ses lunettes, se désole Nicole-Jeanne Bastide, incarnée par une Adjani en costume et frange noire. Mais qu’est-ce que l’humanité sans courage ? (…) Il n’y a pas de succès au bout du courage. Il est sans victoire. » Alors qu’elle égrène des « règles de courage » (« cesser de chuter », « accepter de prendre son temps », « faire face à la vulgarité du monde »…), la philosophe est interrompue par un coup de téléphone de son éditeur, qui lui promet le prix Médicis « in the pocket » (dans la poche).

Puis apparaît Noëlle Blanc, incarnée par Laure Calamy. « Je suis une de vos admiratrices. J’ai tous vos livres. Je les ai, j’ai pas dit que je les avais lus ! » lâche-t-elle en rigolant. Commence alors un dialogue à bâtons rompus entre la très cash Noëlle et la stoïque Nicole-Jeanne. Celle-ci distille quelques « leçons » entre les rires : « Le prix à payer du manque de courage est bien plus élevé que le prix du courage », « Vous connaissez Nike, Just do it, c’est Jankélévitch qui l’a inventé ». Et dénonce au passage « la marchandisation des relations » ou « le désir de reconnaissance sociale qui asservit ».

La comédie prend le pas sur la philosophie lors de l’enregistrement d’une émission de télé à paillettes. Quand, finalement, les deux actrices — formidables — se retrouvent en combinaison ou blouson de ski dans une hilarante session d’alpinisme improvisée, la pièce se clôt sur la voix de Jean Ferrat et « La Montagne ». Toute la salle chantonne. « Que la montagne est belle… » La philosophie est là aussi, dans la chanson comme dans la comédie.

« La Fin du courage », mise en scène par Jacques Vincent. Au Théâtre de l’Atelier (XVIIIe) jusqu’au 8 mars. De 20 à 46 euros.

Lire l’article en entier