CRITIQUE - Pour son sixième long-métrage, présenté à La Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes, la cinéaste québécoise Anne Émond met en scène un homme de 45 ans éco-anxieux.
Passer la publicité Passer la publicitéLes lampes de luminothérapie en forme de pyramide existent-elles vraiment ? Pas sûr. C’est là une des loufoqueries d’Amour apocalypse, d’Anne Émond. Et c’est loin d’être la seule ! Pour son sixième long-métrage, présenté à La Quinzaine des cinéastes au dernier Festival de Cannes et grand prix du jury au Festival du film de Cabourg l’an dernier, la cinéaste québécoise propose une comédie à la fois absurde, romantique et chaotique.
Ce long-métrage est inspiré de son vécu. En l’occurrence une dépression qui l’a amenée à devenir l’ombre d’elle-même. Mais plutôt que de mettre en scène une femme dans la trentaine qui lui aurait beaucoup ressemblé, elle a préféré construire le personnage d’Adam (formidable Patrick Hivon), un homme de 45 ans, vulnérable, l’air abattu comme les chiens de son chenil, mais surtout éco-anxieux. Très éco-anxieux. « La canicule, c’est pire pour les chiens que pour nous », lance-t-il dans un grand moment de désespoir.
Célibataire, mal à l’aise avec les humains, déboussolé par la Gen Z aussi rétive aux ordres qu’elle est adepte des échanges très directs, Adam fait tout à 150 %, pensant ainsi terrasser sa dépression. Sans reprendre son souffle, il déblatère avec un débit de mitraillette toutes ses anxiétés dans le cabinet d’une psychiatre. Il pratique la course à pied même par 45 °C, avale une quantité astronomique de médicaments et achète une lampe de luminothérapie. La seule potion magique qu’il n’a pas testée, c’est l’amour. Il va arriver lorsqu’il casse la lampe d’un geste malencontreux. Et ainsi vérifier la pertinence du proverbe « à quelque chose malheur est bon ».
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Humour et légèreté
Elle s’appelle Tina (l’Américaine Piper Perabo), est mariée et mère de deux enfants et travaille à la hotline de l’entreprise qui fabrique les lampes. Croyant contacter un soutien psychologique, Adam tombe très vite amoureux de Tina à travers sa voix lumineuse. En plus de faire basculer le film dans le bilinguisme, ce coup de foudre sert d’accélérateur : les deux tourtereaux doivent vite concrétiser puisque la fin du monde approche. Dès lors, Anne Émond entame une course au bonheur jonchée de nombreux obstacles : tremblement de terre, tempête, feux de forêts, réseau indisponible… À chaque chaos intérieur des personnages répond un tsunami extérieur.
Tourné en 35 mm, Amour apocalypse possède un grain chaleureusement rétro, avec une image un peu poussiéreuse. Pour mettre en avant des sujets sombres, dont la crise climatique, la réalisatrice québécoise nous promène dans des paysages marqués par l’homme : mines à ciel ouvert, cheminées d’usines, chemin de fer, pylônes. Seuls les instants de méditation d’Adam se déroulent dans des paysages vierges enneigés, contribuant à une forme d’apaisement.
Mais ce n’est pas un film angoissant. Parce qu’Anne Émond l’a voulu décalé et irrévérencieux, bourré d’humour et de légèreté, elle réussit à aborder plusieurs questions sociales, comme le mal-être des jeunes, l’absence de communication ou la marchandisation du bonheur. « Je me demande pourquoi on vit », dit Adam à son père, qui lui répond : « On vit et puis c’est tout. » À travers ce « bon bizarre », la réalisatrice nous rappelle qu’il n’y a rien de plus précieux que l’instant présent et l’amour. Et qu’il serait bon que nous arrêtions, nous les humains, de considérer que nous sommes seuls sur Terre.
La note du Figaro : 3/4

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