« Pas de déception mais de la frustration » : bilan contrasté pour la France aux Jeux paralympiques à quatre ans des Alpes 2030

il y a 20 hour 1

« Les jeunes, venez nous aider ! » À la fin du relais 4 x 2,5 km en ski de fond, Benjamin Daviet a lancé un appel à la nouvelle génération. Le quintuple champion paralympique sait qu’il n’a plus ses jambes de 20 ans. Pourtant, il a dû enchaîner deux passages sur le relais ce samedi, l’équipe de France de ski nordique ne comptant que trois athlètes sur ces Jeux paralympiques.

Un manque de profondeur qui illustre la difficulté à détecter les potentiels para-athlètes. Sans équipe qualifiée dans les deux sports collectifs (hockey sur glace et curling), la France ne comptait que treize athlètes et quatre guides à Milan-Cortina. Un choix assumé de la part du comité paralympique et sportif français (CPSF), qui n’a emmené que des athlètes potentiellement médaillables en Italie. Mais, au final, l’objectif des 18 médailles et de top 4 au classement des nations n’est pas atteint.

« Il n’y a pas de déception, mais de la frustration, explique Marie-Amélie Le Fur, présidente du CPSF. Cette équipe a été performante, mais nous n’avions pas anticipé suffisamment ce que serait le niveau des autres nations. Des équipes comme la Chine participent très peu à la Coupe du monde, mais réussissent particulièrement aux Jeux paralympiques. Ça doit aussi nous interroger sur ce qu’est notre modèle de préparation de la performance. »

Sixième du tableau des médailles, la délégation tricolore termine cette édition avec douze breloques, quatre de chaque métaux. C’est autant qu’à Pékin en 2022, mais la France avait alors remporté 7 médailles d’or.

« Il faut qu’on renforce la détection »

« Le niveau de la concurrence est beaucoup plus dense », appuie Yann Cucherat, manager général de la performance pour l’Agence nationale du sport. L’ancien gymnaste relève notamment un manque de présence dans les épreuves féminines : « Il y a seulement deux participantes, c’est un point de fragilité. »

Pourtant, ces deux femmes ont brillé à Milan-Cortina. À commencer par Aurélie Richard, révélation des Jeux paralympiques côté français. La skieuse de 20 ans repart d’Italie avec quatre médailles (3 argent, 1 bronze). En 2030, elle visera un premier titre pour compléter sa collection.

Cécile Hernandez ne sera quant à elle pas au départ des courses de snowboard dans quatre ans. A 51 ans, la doyenne de la délégation française prend sa retraite après avoir conservé son titre sur l’épreuve du cross.

Pour accompagner Arthur Bauchet, Karl Tabouret ou encore Jules Segers aux Jeux paralympiques 2030, la délégation devra s’étoffer de nouveaux talents.

« Il faut qu’on renforce la détection. On est déjà en stratégie avec les acteurs du sport français, pour travailler sur un nouveau vivier et être au rendez-vous en 2030 », assure Yann Cucherat.

Célébration ce lundi à Chamrousse

« On a un travail collectif à faire sur cette densité de l’équipe de France. On ne pourra pas réussir cet enjeu si on ne travaille pas plus avec l’éducation nationale ou le secteur de la santé, qui doivent nous aider à repérer les potentiels », confirme Marie-Amélie Le Fur.

Alors qu’une crise de gouvernance touche le comité d’organisation depuis des mois, la triple championne paralympique appelle à s’inspirer de l’exemple italien. Une réussite sur le plan sportif, le pays hôte ayant doublé son nombre de médailles. Et cela notamment grâce à sa détection des jeunes à potentiel.

« On doit aller au plus proche du parcours de ces personnes en situation de handicap pour inciter à la pratique du sport. Il y a parfois un sujet d’autocensure, donc on a un travail de pédagogie à faire », souligne Marie-Amélie Le Fur.

Après dix jours de compétition intenses, les athlètes paralympiques français seront célébrés à Chamrousse, ce lundi. Avant de se projeter, déjà, vers les Alpes 2030.

Lire l’article en entier