Un quart des Français déclarent avoir déjà refusé un vaccin. 19 % pensent que "la 5G affaiblit le système immunitaire, rendant plus vulnérable aux maladies dont le Covid-19". Et près d’un tiers des 18-24 ans pense que les vaccins à ARN messager causent "des dommages irréversibles dans les organes vitaux des enfants". Ces chiffres, issus d'enquêtes IFOP (2023) et IPSOS (2024), alertent sur une crise de confiance qui traverse notre société. La réussite des fausses informations est aussi économique : à l'échelle mondiale, les sites qui les diffusent génèrent 2,6 milliards de dollars de revenus publicitaires par an, selon un rapport NewsGuard et Comscore. En France, le site FranceSoir et l'association BonSens.org ont collecté des centaines de milliers d'euros de dons défiscalisés en diffusant massivement de fausses informations. Et aux États-Unis, plusieurs personnalités sont devenues millionnaires, comme Alex Jones, avec son site Infowars, l’un des principaux hubs de la désinformation mondiale.

Comment en est-on arrivé là ? S’il existe depuis longtemps, le phénomène conspirationniste est devenu particulièrement visible à partir de 2008, lors de la diffusion du documentaire Loose Change sur le 11-Septembre, visionné par 100 millions de personnes. Cette visibilité s'est amplifiée avec les attentats terroristes en France, puis avec l’usage décomplexé des fake news par le président américain Donald Trump et a atteint son paroxysme pendant la pandémie de Covid-19. Dans son ouvrage Je ne suis pas complotiste, mais… (Éditions 41, 2026, en librairie le 26 mars) coécrit avec l'illustrateur Gilles Bellevaut, Pascal Wagner-Egger, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l'Université de Fribourg (Suisse), décortique trente théories du complot - du 11-Septembre à la Terre plate, en passant par QAnon et le "Grand remplacement".

Il montre que le complotisme n’est pas une pathologie, mais un phénomène ancré dans des biais cognitifs universels, des fractures sociales mesurables et des moyens de communication comme les réseaux sociaux qui amplifient les récits les plus captivants. Il rappelle aussi que les vrais complots ne sont jamais révélés par les complotistes, adeptes de la "religion du complot", mais par des "vrais enquêteurs" qui pratiquent la "science du complot". Entretien.