Projet d’antenne TNT en Eure-et-Loir : riverains, élus et professionnels unis contre un pylône de 212 m

il y a 23 hour 2

« Personne n’est pour cette antenne. Même pas la mairie », insiste Marjorie Gache, gérante des Écuries Mavrick à Saintigny, spécialisées dans l’attelage de compétition. « Notre terrain de travail est collé au projet. On ne sait absolument pas comment les chevaux vont réagir aux ondes. Les animaux sont beaucoup plus sensibles que les humains », alerte la professionnelle, qui possède une trentaine de chevaux et accueille des stagiaires venus de toute la France.

« Même si des scientifiques disent qu’il n’y a aucun risque, moi, je crois mes animaux. S’il y a un comportement anormal, on le verra tout de suite. Et en attelage, un cheval perturbé, c’est un danger immédiat », ajoute-t-elle.

Les arguments environnementaux rejetés en justice

Tout commence en 2021. À l’époque, le maire de Saintigny, village d’environ 900 habitants, refuse de signer le permis de construire d’une antenne-relais TNT de 212 m. Le dossier semble ensuite enlisé pendant plusieurs années, jusqu’à l’automne 2025, lorsque le tribunal administratif rejette les arguments environnementaux avancés par la commune.

« Le tribunal a considéré qu’il s’agissait d’un équipement d’utilité publique. Le maire a donc été contraint de réexaminer le permis, malgré l’existence d’une antenne déjà en service à Montlandon, à seulement 1,5 km, et qui dispose encore de capacités d’accueil », précise Marjorie Gache.

L’opposition au projet dépasse largement le cadre communal. L’ensemble des maires de la communauté de communes Terres de Perche ont affiché leur hostilité à cette antenne TNT. Même l’Autorité de régulation des communications électroniques (Arcep), chargée d’éclairer les pouvoirs publics sur les implantations d’infrastructures de télécommunication, a émis un avis défavorable à la duplication du site existant de Montlandon, classé parmi les antennes dites « non réplicables ».

Un avis toutefois consultatif, qui n’a pas empêché la poursuite de la procédure. « C’est toute l’aberration du système, souligne un membre du collectif Non à une 2e antenne. Tous les acteurs locaux disent non, mais juridiquement, cela ne suffit pas. »

« C’est une machine de guerre »

Pour les opposants, le sentiment est celui d’un rouleau compresseur juridique. « Towercast a des avocats habitués à ce genre de procédures partout en France. C’est une machine de guerre », résume Marjorie Gache. La commune de Saintigny a déjà été condamnée à verser 1 500 euros pour ne pas avoir signé le permis lors d’une première injonction. « Le risque était de devoir payer beaucoup plus en cas de nouveau refus. »

Le maire a finalement choisi de ne pas faire appel de la décision du tribunal administratif, un choix assumé mais contraint, face au risque financier et à une procédure jugée juridiquement perdue d’avance.

Au cœur de la contestation, une question revient avec insistance : à quoi servirait réellement cette nouvelle antenne ?

« On capte très bien ici. Il n’y a aucun problème de réception TNT », affirme Ariel Camacho, habitant du plateau de Montlandon.

« Ce projet n’est pas lié à un besoin de couverture, mais à une logique de concurrence entre opérateurs »

L’antenne existante, exploitée par TDF depuis 1968, culmine à 180 m et dispose encore de capacités techniques suffisantes pour accueillir de nouveaux équipements. « Ce projet n’est pas lié à un besoin de couverture, mais à une logique de concurrence entre opérateurs. Towercast est une filiale du groupe NRJ et cherche à implanter ses propres infrastructures », estime-t-il.

Un constat partagé par plusieurs opposants, qui rappellent que certaines antennes sont aujourd’hui sous-utilisées, désertées, voire à vendre, comme celle située aux Étilleux, non loin d’ici, dans le Perche, en Eure-et-Loir.

« Une verrue dans un paysage préservé », précise Ariel Camacho. « On est sur un plateau entouré de forêts et de terres agricoles. Il n’y a pas de lotissements, pas d’urbanisation massive. Une antenne de 212 m serait visible à des kilomètres. », ajoute-t-il. La crainte est aussi patrimoniale. « Qui voudra acheter une maison à moins de 700 ou 800 mètres d’un pylône de cette taille ? », s’interroge le riverain.

Une pétition recueille 1 600 signatures en une semaine

Face à la situation, le collectif Non à une 2e antenne, réunissant riverains, élus et professionnels, s’est structuré. Une pétition a recueilli plus de 1 600 signatures en un peu plus d’une semaine. Des recours contentieux sont à l’étude.

« L’objectif est clair : gagner du temps, retarder le chantier et empêcher l’arrivée des engins », explique Ariel Camacho.

Mais les opposants savent que la bataille juridique est incertaine. « C’est le pot de terre contre le pot de fer. Towercast a les moyens financiers et juridiques de tenir longtemps », regrette-t-il.

Pour les opposants, l’ultime levier pourrait venir des propriétaires du terrain concerné. Le site appartient à une famille qui ne réside pas sur place, mais dans le département voisin de l’Orne. Le terrain est aujourd’hui exploité en verger de pommiers biologiques.

Selon plusieurs sources, le bail envisagé avec Towercast pourrait représenter près de 10 000 euros par an une fois l’antenne implantée, un montant non négligeable pour des propriétaires extérieurs au territoire. Depuis 2020, de nombreux propriétaires fonciers auraient été sollicités par Towercast dans le secteur, tous ayant jusque-là refusé.

À ce stade, aucun bail définitif n’a été officiellement signé. Des élus locaux ont entamé, ou envisagent, des discussions avec les propriétaires afin de les convaincre de renoncer au projet.

« S’ils décident finalement de ne pas louer leur terrain, le projet tombe, permis ou pas », résume Ariel Camacho, figure du collectif Non à une 2e antenne.

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