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Que ce soit sous la forme de fiole à pulvériser, de poudre, ou encore d’e-liquide, le « Pète ton crâne » (PTC), aussi appelé « Buddha Blue » ou encore « Dragon Blue » est l’une des drogues les plus dangereuses actuellement sur le marché. Elle est particulièrement prisée par les jeunesen raison de son faible coût. Zoom sur cette drogue redoutable avec Alain Rigaud, addictologue et président d’honneur de l’association Addictions France.
En France, le nombre d’intoxications recensées en lien avec le PTC connaît une progression fulgurante. Jusqu’en 2022, les cas étaient limités à quelques dizaines de personnes. Mais depuis l’année 2024, pas moins de 200 cas graves ont été recensés par les centres d’addictovigilance. Comment expliquer cette popularité soudaine ?
Le PTC, une drogue pas chère et facile d’utilisation
Plusieurs facteurs en font une substance accessible. À commencer par son prix. Vendue sur les réseaux sociaux comme Snapchat, il est possible de s’en procurer pour la modique somme de 10 euros. Sa consommation est simple et discrète.
La substance est consommable via e-liquide, pulvérisation ou en poudre ce qui la rend facile d’utilisation. De fait, elle a déjà séduit « 3,5 % des jeunes entre 18 et 34 ans en 2017, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) ».
L’effet addictif du PTC est 200 fois plus élevé que celui du cannabis
« La substance produit des effets psychoactifs proches de ceux du THC, mais beaucoup plus puissants », affirme l’addictologue et président d’honneur d’Addictions France.
La durée et la puissance des effets varient selon la molécule cannabinoïde synthétisée. « Depuis 2008, 209 molécules différentes ont été détectées ». Sa consommation produit de nombreux effets stupéfiants :
- ivresse,
- tremblements,
- anxiété,
- crises d’angoisse,
- hallucinations,
- troubles psychiques,
- perte de contrôle, accident,
- perte de connaissance,
- et en grande quantité, une intoxication aiguë plus ou moins intense mais toujours dangereuse.
Même si les premières consommations sont récréatives, l’accoutumance s’installe progressivement, sachant que l’effet addictif du PTC est « 200 fois plus élevé que celui du cannabis, aussi puissant que celui de l’héroïne et de la cocaïne ».
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Comment savoir si la personne est victime d’une intoxication aiguë ?
Une intoxication aiguë peut entrainer « un accident vasculaire cérébral, un coma, voire un décès » alerte l’addictologue. En 10 ans, « une vingtaine de personnes au sein de l’Union européenne y ont laissé la vie ». Ce qu’il faut savoir, c’est que la dangerosité du produit peut être « accrue par le coupage de la substance active avec d’autres produits », précise Alain Rigaud.
Pour reconnaître une intoxication aiguë, il faut prêter attention à ces symptômes : sueurs, maux de tête, vomissements, troubles moteurs, troubles digestifs, troubles cardiaques, détresse respiratoire et crise convulsive.
Les jeunes consommateurs inconscients des effets dévastateurs
Ce qui inquiète l’addictologue, au-delà de la puissance du PTC, c’est que les jeunes ne semblent pas avoir conscience de ce qu’ils consomment. Comme le souligne l’addictologue, le PTC est souvent confondu avec le CBD (cannabidiol) qui, lui, est une substance légale en France et « dont l’usage peut être récréatif », c’est-à-dire qui ne produit pas d’addiction et peut être consommé sans danger.
« Il est impossible de remarquer la présence de PTC dans les cigarettes ou les flacons de recharge, sans test d’e-liquide, ce qui fait paraître la substance inoffensive et rend son utilisation plus facile via le vapotage ». Pourtant, « le consommateur n’a aucun contrôle sur la concentration et le dosage ».
Des risques neurologiques et psychiatriques à moyen et long terme
Sur le long terme, un consommateur de cannabinoïdes de synthèse et notamment de PTC risque gros. Entre une intoxication aiguë et l’installation d’une addiction, « des troubles anxieux, dépressifs, et la survenue d’épisodes psychotiques et schizophréniques peuvent apparaître ».
Quand l’addiction est installée, il est souvent difficile de parvenir à s’arrêter seul. Toutefois, des institutions de santé en France sont accessibles pour toutes personnes souhaitant un accompagnement. « Une aide peut être trouvée auprès d’une Consultation Jeunes Consommateurs (CJC) ou d’un Centre de Soins, d’Accompagnements et de Prévention en Addictologie (CSAPA) », rassure Alain Rigaud. « Si l’addiction installée est sévère ou associée à des troubles psychiques, un sevrage en milieu hospitalier peut être nécessaire », conclut-il.
Sources
Entretien ce vendredi 13 mars 2026 avec Alain Rigaud, addictologue et président d’honneur d’Addictions France.

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