La campagne municipale ne se mène plus seulement sur les marchés ou lors des réunions publiques. À Chartres comme à Dreux, une nouvelle arme de communication fait irruption dans le débat : la caricature politique diffusée sur les réseaux sociaux, réalisée à l’aide de l’intelligence artificielle.
Tout serait parti d’une première page Facebook, « Vox Carnutum », clairement positionnée à gauche et dans l’opposition à la majorité sortante, mais aujourd’hui fermée. Très suivie, elle a popularisé en Eure-et-Loir ces illustrations satiriques qui tournent en dérision les candidats ou leurs positions politiques. Mais la page aurait fini par aller trop loin.
Une page fermée
Sa dernière caricature représentait, au premier plan, une colistière de la majorité municipale de Chartres marchant avec un déambulateur, pour illustrer une élue « accrochée à son poste ». En arrière-plan, sur fond de cathédrale de Chartres, apparaissait également le maire, Jean-Pierre Gorges, poursuivant le même chemin. Selon plusieurs sources, des plaintes auraient été déposées, poussant l’administrateur à fermer la page et à se faire discret.
Depuis, une autre page Facebook anonyme a pris le relais à Chartres, cette fois plutôt proche de la majorité municipale. Baptisée « Chill con’Carnutes », elle diffuse régulièrement des visuels moquant les différentes listes en lice. Contacté, l’administrateur n’a pas répondu à notre invitation à s’exprimer.
Les administrateurs revendiquent néanmoins un certain succès en ligne. Dans un message publié après une semaine d’existence, ils se félicitaient d’avoir dépassé « 100 000 vues et plus de 10 000 interactions en sept jours ».
« Après seulement une semaine d’existence, nous sommes devenus l’un des phénomènes du moment à Chartres. Merci à tous ceux qui partagent nos publications et alimentent le débat », écrivaient-ils.
Les candidats prennent leurs distances
Les candidats chartrains concernés par ces caricatures assurent ne pas être à l’origine de ces publications.
Jean-François Bridet, tête de liste divers gauche de « Chartres en commun », affirme ainsi vouloir mener une campagne sur un autre terrain. « Même si l’auteur de la page Vox Carnutum m’a parfois dressé un portrait flatteur, je n’ai rien à voir avec ces publications, explique-t-il. Nous souhaitons combattre dans le cadre de débats, projet contre projet, et non de cette manière. »
Même réponse du côté de Ladislas Vergne, candidat divers droite et tête de liste de « Chartres demain » : « Hélas non, je ne sais pas qui est l’auteur de ces publications », regrette-t-il.
« C’est avant tout un moyen d’expression politique »
Contactée, l’une des personnes impliquées dans la création de caricatures politiques sur la page Facebook « Silence pour Dreux » a accepté de s’exprimer, à condition de rester anonyme. « Nous sommes trois à gérer cette page, explique-t-elle. Nous avons tous, à titre personnel, des raisons d’en vouloir à l’équipe municipale en place. Mais nous n’appartenons à aucun candidat. » Selon elle, la caricature est avant tout un moyen d’expression politique. « Nous avons choisi la caricature pour expliquer, de manière volontairement grossière, ce qu’est et ce que fait le maire », poursuit-elle.
Certaines publications mettent directement en scène le maire dans des situations satiriques. Dans l’une des dernières caricatures, accompagnée de la légende « On va devoir rendre les clés du château », l’édile est représenté dans son bureau, torse nu mais avec l’écharpe d’élu, en train de se gaver. Dans une autre illustration, il apparaît à genoux en train de cirer les chaussures de figures religieuses locales, une manière pour les auteurs de dénoncer ce qu’ils considèrent comme des « gestes exagérés » envers certaines communautés à l’approche des élections municipales.
Les auteurs assurent également avoir été approchés par des équipes de campagne. « Oui, certains candidats ont essayé de nous contacter. Mais nous voulons garder notre liberté de ton et rester indépendants. » Si les auteurs tiennent tant à rester anonymes, c’est aussi par prudence. « On voit des procédures pour diffamation partir très vite dès qu’il y a une critique sur Internet. L’anonymat nous permet de continuer à nous exprimer librement. »
Selon eux, les réactions sont globalement positives, même si ce mode de communication surprend parfois. « En privé, beaucoup de gens nous disent qu’ils apprécient. Les personnes plus âgées sont parfois déroutées au début, mais quand on leur explique l’idée, elles comprennent mieux la démarche. »
Entre humour et malaise
Du côté des internautes, les avis sont partagés. Pour Philippe, ces caricatures participent à la vitalité démocratique. « La satire politique existe depuis toujours. Aujourd’hui, elle passe simplement par Facebook et par l’IA. Ça fait sourire et ça secoue un peu les candidats. »
D’autres se montrent plus réservés. « Parfois c’est drôle, mais certaines images peuvent être violentes, estime Nathalie. On ne sait pas toujours qui parle ni avec quelles intentions. » Même constat pour Julien : « C’est efficace sur les réseaux sociaux, ça circule très vite. Mais ça peut aussi amplifier les attaques personnelles. »
Les principales villes d’Eure-et-Loir se montrent particulièrement agressives dans cette campagne municipale de 2026. Entre Chartres et Dreux, où circulent des caricatures grossières mais très réalistes dans les traits des personnes tournées en dérision, et Nogent-le-Rotrou, où les attaques fusent pour tenter de gagner le cœur des électeurs, la ville de Châteaudun semble, elle, faire figure de bonne élève démocratique.










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