Au pied des volcans d’Auvergne, les habitants le savent bien : le sol peut jouer de mauvais tours aux maisons. « On dit que la terre de la Limagne est amoureuse tellement elle colle aux chaussures », sourit Corinne Boiteux, propriétaire à Saint-Laure, près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Amoureuse, mais aussi capricieuse. Quand elle se gorge d’eau puis se rétracte sous l’effet de la sécheresse, cette argile fait travailler les fondations et peut provoquer fissures et affaissements.
Le phénomène porte un nom technique : le retrait-gonflement des argiles (RGA). Lorsque les sols argileux sèchent, ils se contractent ; lorsqu’ils se réhydratent, ils gonflent. Ce mouvement, imperceptible au départ, peut fragiliser les bâtiments et rendre les maisons inhabitables. Pour tenter d’anticiper ces dégâts, l’État lance une expérimentation inédite dans le Puy-de-Dôme.
« L’idée est d’agir en amont, ce qui n’avait jamais été fait jusqu’ici », décrit Sylvie Burlot, directrice de l’ADIL du Puy-de-Dôme, chargée d’informer et d’accompagner les propriétaires. Selon les services de l’État, environ 125 000 maisons individuelles du Puy-de-Dôme sont situées en zone d’exposition forte. Et la situation pourrait s’aggraver : les experts anticipent une hausse des sinistres comprise entre 49 % et 162 % d’ici 2050, sous l’effet du réchauffement climatique.
Aujourd’hui, ces dégâts représentent déjà la dépense la plus importante du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. C’est justement pour éviter d’en arriver là que l’État lance ce fonds de prévention argile. Particularité du dispositif : il s’adresse aux maisons qui n’ont pas encore été sinistrées.
Agir avant que les dégâts arrivent
Concrètement, les ménages concernés peuvent bénéficier d’un diagnostic de vulnérabilité réalisé par un expert. Celui-ci examine la maison, les fondations, l’environnement — arbres, réseaux d’eau — et inspecte les canalisations à l’aide d’une caméra. « À la fin, un rapport indique les risques et propose éventuellement des travaux de prévention : gestion des eaux, végétation, humidité autour des fondations… » précise Sylvie Burlot. Le coût habituel d’un tel diagnostic avoisine 1 800 euros. Mais grâce aux subventions de l’État, il peut être pris en charge entre 70 % et 90 %, selon les revenus.
Pour Corinne Boiteux, l’occasion est trop belle. Cette habitante de la plaine de la Limagne s’est déjà inscrite sur la plateforme nationale. Si sa maison, construite en 2007, ne présente pas de fissure, un premier signe l’a alertée. « Ma terrasse, construite après la maison, s’est affaissée de quelques centimètres. Je m’en suis rendu compte quand on a installé la pergola. »
Pour elle, l’intérêt est clair : « C’est mieux d’agir avant que les dégâts arrivent. D’autant que je suis éligible et, pour moi, ce serait pris en charge à 90 %. Il resterait environ 180 euros à payer. C’est ce qui m’a décidée à le faire, surtout quand je vois toutes les maisons autour qui sont fissurées ou ont déjà été refaites. »










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