Economie. Pour le chercheur à l'Iris, l'embrasement du Golfe porte en lui les germes d'une inflation alimentaire politiquement déstabilisatrice.
Propos recueillis par Béatrice Mathieu
Publié le 12/03/2026 à 17:30, mis à jour le 16/03/2026 à 10:42
Le pétrolier Luojiashan est ancré à Mascate, Oman, le 7 mars 2026, alors que l'Iran promet de fermer le détroit d'Ormuz, dans un contexte de conflit entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran.
REUTERS
L'alimentation peut aussi être une arme de guerre. Parallèlement au réarmement militaire, de plus en plus de pays font de l'agriculture un levier de puissance. Or l'embrasement du Golfe révèle l'extrême fragilité de certains systèmes agricoles alors que 30 % des engrais mondiaux passent par le détroit d'Ormuz et que l'approvisionnement en denrées alimentaires de près de 200 millions de personnes est aujourd'hui en jeu. Sébastien Abis, chercheur à l'Iris, directeur du club Demeter, et auteur de "Russie-Ukraine, la guerre hybride" aux éditions Armand Colin, décortique les ressorts de la crise agricole qui est en train de s'écrire dans le Golfe.
L'Express : Le conflit en Ukraine a révélé l'importance de l'arme agricole, une autre forme de guerre hybride. En quoi l'embrasement du Golfe et le blocage du détroit d'Ormuz comportent-ils eux aussi une composante agricole ?
Sébastien Abis : Toutes les guerres, celles d'hier comme celles d'aujourd'hui, ont une dimension agricole et nous l'avions sans doute oublié. Le conflit en Ukraine nous l'a rappelé : derrière le volet militaire, il y a évidemment la rivalité entre deux grandes puissances productrices et exportatrices. L'agriculture est aujourd'hui centrale dans la stratégie du Kremlin, qui se sert des grains et des engrais comme des outils diplomatiques et coercitifs. Elle est aussi au cœur de la résistance ukrainienne : protéger ses terres, c'est préserver non seulement une ressource économique mais aussi une identité et un avenir.

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