Il suffit parfois d’un changement de décor pour se réinventer. À 78 ans, l’ancien sociétaire des Grosses Têtes en est convaincu : quitter la région parisienne avec Sylvie Raboutet, comédienne de 24 ans sa cadette, a été la meilleure idée qu’il ait eue. « On en avait marre de vivre à Clamart (Hauts-de-Seine) et quand on partait en tournée, on voyait bien que la vie en province était plus sympathique », affirme Guy Montagné, vite rejoint par sa moitié, toute aussi franche du collier : « Et puis, on était fauchés comme les blés… Surtout toi, avec un divorce qui t’avait ruiné ! »
Entre ces deux-là règne une délicieuse compétition à qui fera rire l’autre en premier : elle, plaisante de sa voix qui « claironne fort pour les sonotones de son vieux mari » et lui des scènes de sa partenaire : « Parfois, je ne sais pas ce qu’elle fabrique, elle part dans des endroits où la solitude est de rigueur ! ».
« On habite vraiment dans le trou de Nogent-le-Rotrou ! »
Avec une telle complicité, difficile de les imaginer s’ennuyer une seconde, même dans cette vie retirée au milieu des champs de colza. « On habite vraiment dans le trou de Nogent-le-Rotrou ! » taquine Guy Montagné. Une maison achetée en couple en 2008, sur la commune de La Gaudaine, qui sert aujourd’hui de théâtre à leur insatiable créativité.
Car ce qui unit Guy Montagné et Sylvie Raboutet, par-delà l’amour qu’ils se portent depuis vingt ans, c’est l’envie d’explorer. Ensemble, ils ont écrit des spectacles et des sketchs, imaginé une web-série durant la pandémie, et ils viennent de créer chez eux un espace d’exposition ouvert au public.
« Sylvie a une activité d’artiste-plasticienne, elle signe des structures modernes avec des jouets abandonnés », précise l’ex-star de la série « Commissaire Moulin », visiblement fier de celle qu’il a choisi d’épouser, entouré de seulement deux témoins, à la mairie de La Gaudaine. Sous le nom de « L’atelier de Rabjane », Sylvie Raboutet ouvre volontiers les portes de leur refuge à qui souhaite découvrir ses œuvres et propose des visites sur rendez-vous.
« On est devenus des Percherons convaincus ! »
« Quand on a débarqué ici, les gens pensaient qu’on venait juste passer nos week-ends mais maintenant, j’espère qu’ils ont compris qu’on est là pour de bon ! » Pas question pour le dynamique duo de revenir en arrière ou de jouer aux célébrités. « Ce qui nous plaît, c’est le côté humain des relations. On parle à nos voisins, on essaie de se souvenir de chaque prénom. On est devenus des Percherons convaincus ! On adore se réveiller dans un écrin de verdure… C’est le bonheur total. »
Parmi les adresses qu’ils fréquentent : le restaurant Mamie Cécile à Thiron-Gardais, la pizzeria La Maison Italie et la chocolaterie Les Délices de Saint Pôl à Nogent-le-Rotrou. « Quand on vient à Chartres, on marque toujours une halte au Grand Monarque, au salon de coiffure So Naturel pour Sylvie et à la librairie l’Esperluète. »
« Dans les campagnes, il y a des ragots, ça fait une belle matière »
Bien qu’il nous confie être « officiellement » retraité et « bosser désormais gratos », Guy Montagné s’est lancé le défi d’écrire un roman, à quatre mains, avec sa chère épouse. « J’ai sorti des livres de blagues par le passé mais un vrai roman, jamais ! Alors, il me fallait cocher cette case. » Depuis le mois de janvier, les deux comédiens de formation écrivent le matin, chacun sur leur ordinateur portable, les premières pages d’une histoire qu’ils espèrent publier en 2027. « Dans les campagnes, il y a des ragots et des choses truculentes qui se passent, on s’est dit que ça ferait une belle matière. »

Les rôles sont déjà bien répartis : elle écrit les dialogues et lui, soigne l’intrigue. Des plumes complémentaires qui ont l’envie commune de marquer les esprits avec ce projet. « Le ton sera mi-thriller mi-comique, dans la lignée des policiers San-Antonio. On a chacun eu des vies affectives compliquées et connu des personnes toxiques avant de se rencontrer, alors il y aura cet aspect-là dans le livre. Ça ne va pas être joli-joli ! Et on voulait rendre hommage à notre région donc ça se déroulera dans le Perche. »
Sa belle-mère veuve, leur première lectrice
À la façon de Bouzolles pour « les Tuche », Guy Montagné et Sylvie Raboutet ont imaginé la ville fictive de « Tremblay-sur-la-Berthe » pour s’éviter la censure. Ils comptent sur les commerçants du coin pour leur souffler le vocabulaire de leurs différents protagonistes, qui seront coiffeurs, gendarmes, taxis ou encore cuisiniers. Un nouveau terrain sur lequel les époux jouent tels des enfants. Connectés, ils prévoient un sondage sur les réseaux pour faire décider du titre final à leurs futurs lecteurs.
La mère de Sylvie Raboutet, qui vit avec le couple depuis qu’elle est veuve, fait pour l’heure office de seule critique : « Dès qu’on avance dans un chapitre, on lui donne à lire. C’est une vraie dévoreuse de bouquins et, pour l’instant, ça va, elle aime bien ! ». Pour Guy Montagné, grand-père d’un petit-fils de onze ans, la famille est plus éloignée pour partager quotidiennement sa prose : sa fille vit en Bretagne et son fils en Chine… Qu’importe, tant qu’ils s’amusent !












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