Je suis nostalgique d'il y a à peine quelques années. Quand Jean-Luc Mélenchon s'adonnait au "dog whistling" (sifflet à ultrason), c’est-à-dire à la stratégie de l'allusion et du message codé qui rameute les initiés, sans avoir à se trahir vis-à-vis de la majorité. Oh, quand on les titillait, certains de ses électeurs convenaient bien que le leader des insoumis avait dit quelque chose de bizarre sur Mohammed Merah au micro de France Inter : "C'est bateau (...) un événement qui permet de montrer du doigt les musulmans et d'inventer une guerre civile", avait-il digressé au sujet du meurtrier notamment de trois enfants juifs dans une cour d’école. Ils convenaient, aussi, ces électeurs, qu'avoir dit d’Éric Zemmour "qu'il reprodui(sait) beaucoup de scénarios culturels : on ne change rien à la tradition, on a la créolisation en horreur… Tout ça, ce sont des traditions qui sont beaucoup liées au judaïsme" était vraiment limite.

Tout comme d'avoir asséné que Jésus avait été mis sur la croix "par ses propres compatriotes". Mais globalement, ils juraient surtout, ces électeurs, ne pas avoir entendu ces dérapages, ou les avoir oubliés… "Franchement ? Tu crois ?", demandaient certains, attentifs, mais finalement incrédules. Les accrocs étaient espacés. Des maladresses, arguaient-ils. Et puis, quand même, LFI c’est la gauche. C'est-à-dire : "le bien". Ils concédaient qu'il fallait être vigilants. Mais une fois dans l'isoloir, l'impérieuse nécessité de mettre un bulletin de gauche dans l'urne - par conviction sincère ou par besoin de se dire qu'on appartient à la Ligue 1 de l'humanité, car c’est ainsi que se définit la gauche quand elle se définit mal - l'emportait.

On pouvait encore se dire, cependant, qu’une part de l’électorat Mélenchon votait en méconnaissance de cause. Et que les succès de LFI se faisaient malgré ces clins d’œil appuyés.