Dossier : Vous ne voulez plus acheter américain ? Voici comment trouver les bonnes alternatives européennes

il y a 2 hour 1

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Yankee go home !

Publié le 22/01/26 à 07h00

Nos réseaux :

Suivez-nous

10

Vous n'avez plus envie d'acheter américain et/ou craignez les décisions de l'“agent orange” au bureau ovale ? Confrontées au spectre d'un blocage des services Gafam sur le Vieux Continent, des communautés ont créé des annuaires pour naviguer parmi les alternatives tech européennes. La carte de la souveraineté numérique existe : la voici.

Face à l'omniprésence des géants américains, les alternatives européennes tissent leur toile. Il suffit de savoir où chercher.

Face à l'omniprésence des géants d'outre-Atlantique, les alternatives européennes tissent leur toile. Il suffit de savoir où chercher.

© Koshiro K

Un phénomène silencieux, mais implacable se propage à travers l'Europe : celui d'une migration progressive vers des services tech locaux. Loin des grandes déclarations institutionnelles, ce sont des développeurs, des designers et des communautés qui orchestrent cette bascule. Leur arme ? Des listes méticuleuses, des annuaires collaboratifs et des guides de migration qui cartographient l'écosystème des alternatives européennes. Une insurrection tranquille contre l'hégémonie des plateformes américaines et la sourde menace que fait peser Donald Trump.

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Alternatives européennes aux Gafam : les meilleurs annuaires et plateformes

Ces derniers mois, plusieurs initiatives ont émergé pour faciliter la transition numérique des Européens. Des plateformes comme european-alternatives.eu ou euroalternative.co recensent ainsi des centaines de solutions locales dans tous les domaines : messagerie, stockage, cloud, navigateurs, services professionnels.

Le site European-alternatives.eu catalogue les alternatives européennes aux services tech américains dominants.

Le site European-alternatives.eu catalogue les alternatives européennes aux services tech nord-américains dominants.

© EuroAlternative

Switch-to.eu va plus loin en proposant des tutoriels pas à pas pour accompagner la migration (comme le passage de WhatsApp à Signal). Sur Reddit, le subreddit r/BuyFromEU fonctionne sur le mode de l'intelligence collective, où des milliers de membres partagent leurs découvertes et débusquent les faux made in Europe.

Ces plateformes ne se contentent plus d'exister ; elles connaissent une affluence croissante, partagées massivement sur les réseaux sociaux et consultées par des citoyens en quête d'autonomie numérique. Voici les principaux annuaires d'alternatives européennes :

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

  • european-alternatives.eu Catalogue exhaustif couvrant messagerie, stockage, navigateurs, cloud et services professionnels
  • euroalternative.co Annuaire centré sur la souveraineté des données et le soutien à l'innovation locale
  • switch-to.eu Guides de migration détaillés pour faciliter la bascule d'un service à l'autre
  • r/BuyFromEU Communauté Reddit collaborative où les membres échangent recommandations et retours d'expérience
  • BrandSnap, une application Android et iOS qui vous aide, en prenant une photo, à savoir si un produit est fabriqué en Europe

Messagerie, cloud : des dizaines d'options existent

La bascule ne se limite pas aux messageries et moteurs de recherche. Elle irrigue désormais tous les niveaux de la chaîne numérique. Gmail cède la place à Mailbox.org, Posteo ou Proton Mail. Google Search se voit concurrencé par le français Qwant ou l'allemand Ecosia — bien que ces deux moteurs restent dépendants de l'infrastructure Bing de Microsoft pour leurs résultats. Qwant et Ecosia développent conjointement depuis 2024 l'index European Search Perspective (EUSP) pour gagner en indépendance, mais la transition reste en cours.

Proton Mail, l'alternative suisse chiffrée à Gmail, disponible sur desktop et mobile.

Proton Mail, l'alternative suisse chiffrée à Gmail, disponible sur desktop et mobile.

© Proton

Les DNS de Google (8.8.8.8) reculent aussi face à DNS4EU, le résolveur public européen lancé en 2025, hébergé intégralement dans l'UE et sans collecte de données. AWS fait face à Scaleway, OVHcloud ou UpCloud. Pour la messagerie instantanée, le suisse Threema vient défier WhatsApp avec un chiffrement de bout en bout sans exiger de numéro de téléphone. Il existe aussi Wire, Session, Element ou Treebal, une application française que nous évoquions récemment.

Réseaux sociaux : l'exode vers Mastodon

Les réseaux sociaux connaissent également leur exode. Face à X (ex-Twitter) et l'IA Grok, controversés à cause de leurs dérives éditoriales gravissimes Mastodon s'impose comme alternative décentralisée. Ce réseau social libre, sans algorithme de recommandation et hébergé sur des serveurs indépendants (souvent européens), séduit les collectivités.

Mastodon, alternative européenne décentralisée à X, contrairement à Bluesky, qui est américain.

Mastodon, alternative européenne décentralisée à X, contrairement à Bluesky, qui est étasunien.

© Shuttershock

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Lyon et le Schleswig-Holstein montrent la voie

Windows, forteresse quasi-monopolistique de Microsoft, se voit défié par Linux, dont les distributions européennes (Ubuntu, Debian) gagnent du terrain. Le Schleswig-Holstein, lander allemand pionnier, abandonne progressivement l'ensemble de la suite Microsoft (Teams, Word, Excel, Outlook) pour embrasser des solutions libres. Un choix qui n'est pas qu'idéologique, car il s'agit de reprendre la maîtrise de l'infrastructure informatique publique.

D'ailleurs, l'Allemagne n'est plus seule : la Ville de Lyon a franchi le cap en août 2025 avec son projet Territoire Numérique Ouvert. En trois années de préparation, la Municipalité a remplacé SharePoint par Jalios, Office par OnlyOffice, Teams par Watcha, et prévoit de migrer vers Zimbra pour la messagerie. Le résultat ? Une solution trois fois moins chère qu'Office 365, hébergée localement, et 50 % des marchés publics attribués à des entreprises d'Auvergne-Rhône-Alpes. Jean-Marie Séguret, directeur du système d'information de Lyon, l'affirme : “La décision est facile à prendre. La mise en œuvre nécessite beaucoup de préparation.”

Bureautique et streaming : du logiciel au divertissement

Côté bureautique, ONLYOFFICE, développé en Lettonie, se positionne comme une alternative crédible à Google Docs ou Microsoft 365. Pour le stockage et le partage de fichiers, l'espagnol Internxt Send remplace avantageusement Dropbox ou WeTransfer, tandis que le suisse pCloud défie iCloud et Google Drive avec une approche plus axée sur le chiffrement et la protection des données.

Même le divertissement n'échappe pas à cette vague. Spotify, bien que suédois, a défrayé la chronique avec ses pratiques de rémunération dérisoires envers les artistes et ses algorithmes opaques. Deezer, fleuron français du streaming musical, incarne une alternative qui mise sur une redistribution plus équitable des revenus et une gouvernance moins extractive. L'algorithme Flow de Deezer, développé à Paris, rivalise d'ailleurs désormais avec celui de son concurrent nordique, tout en conservant ses serveurs et ses données sur le territoire européen.

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

IA générative : Mistral AI face aux géants des États-Unis

Sur le front de l'intelligence artificielle, Mistral AI incarne l'ambition européenne. Fondée en 2023 par d'anciens chercheurs de Google DeepMind et Meta, cette start-up française développe des modèles de langage open source qui rivalisent avec ChatGPT et Claude.

Mistral AI, pépite française de l'IA générative valorisée à 5,8 milliards d'euros, propose une alternative européenne à ChatGPT, Gemini ou Claude.

Mistral AI, pépite française de l'IA générative valorisée à 5,8 milliards d'euros, propose une alternative européenne à ChatGPT, Gemini ou Claude.

© Shuttershock

Malgré de récents déboires, son modèle Mistral Large se positionne comme une alternative souveraine, hébergeable en Europe et conforme au RGPD. Qwant utilise d'ailleurs Mistral AI pour sa fonction de recherche conversationnelle, illustrant la possibilité d'une chaîne de valeur entièrement européenne dans l'IA. Avec une levée de fonds de 600 millions d'euros en 2024, Mistral AI prouve que l'Europe peut jouer dans la cour des grands, même si la bataille technologique et financière contre OpenAI, Anthropic et Google reste titanesque.

Du matériel tech à la souveraineté physique

Cette volonté d'indépendance s'étend au matériel physique, même si la production reste encore très largement délocalisée. En téléphonie, le néerlandais Fairphone propose des smartphones modulaires conçus pour durer (comme le récent Fairphone 6), tandis que l'allemand Gigaset assemble ses mobiles en Allemagne. L'espagnol Slimbook propose des PC sous Linux, et le français LDLC assemble des machines dans ses ateliers lyonnais.

Le Fairphone 6 lors de notre test (4 étoiles).

Le Fairphone 6 lors de notre test (4 étoiles).

© Les Numériques

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Ces acteurs prouvent qu'une conception, un assemblage et un contrôle qualité européens restent possibles, privilégiant durabilité et réparabilité face à l'obsolescence programmée. Mais sur ces segments, la réalité reste encore très contrastée : même les marques européennes dépendent massivement de composants extra-communautaires.

Au-delà du patriotisme économique

Cette effervescence ne relève pas du simple patriotisme économique. Les motivations sont multiples : protection accrue des données personnelles, conformité au RGPD, absence de publicité intrusive, mais surtout, et c'est là le catalyseur véritable, une conscience géopolitique aiguisée. “Dans une ère d'incertitude géopolitique et de tensions croissantes entre l'Europe et les États-Unis, la souveraineté numérique n'a jamais été aussi critique”, affirme Maciamo, auteur d'une excellente liste d'alternatives sur le forum Eupedia.

Les récentes tractations commerciales transatlantiques, les conflits autour de la vie privée des données et, surtout, la “capitulation éhontée des géants technologiques devant Donald Trump”, comme l'énonce le site switch-to.eu, ont cristallisé cette prise de conscience. Confier son infrastructure numérique à des entreprises soumises à une législation étrangère, potentiellement hostile, n'est aujourd'hui plus tenable.

Du mouvement communautaire à la politique institutionnelle de l'UE

Cette mobilisation trouve aussi un écho institutionnel. L'Union européenne a créé le consortium DC EDIC (Digital Commons European Digital Infrastructure Consortium), qualifié d'instrument stratégique pour réduire la dépendance européenne envers “une poignée de plateformes mondiales”. Le DC EDIC ambitionne de devenir un “incubateur et guichet unique”, offrant financement, expertise technique et juridique pour déployer des solutions open source à l'échelle continentale.

Impossible naturellement d'épuiser l'inventaire : des centaines d'autres logiciels mériteraient leur place ici, tout comme les alternatives à Netflix, aux constructeurs automobiles américains, aux plateformes de livraison, aux dentifrices, etc. Mais c'est précisément là que réside la puissance de ces annuaires collaboratifs : ils cartographient ce foisonnement, actualisent leurs listes et éclairent les zones d'ombre de la dépendance numérique européenne. À chacun, ensuite, de tracer son propre chemin vers l'émancipation.

Publicité, votre contenu continue ci-dessous

Publicité

Publications qui peuvent vous intéresser
Lire l’article en entier