Reportage. Les partis d’opposition kurdes iraniens, exilés en Irak voisin, espèrent bénéficier du soutien des États-Unis pour lancer une offensive contre l'Iran.
Par Apolinne Convain (à Erbil, Irak)
Publié le 13/03/2026 à 11:30
Des combattants kurdes iraniens du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) participent à une session d'entraînement dans une base située à la périphérie d'Erbil, en Irak, le 12 février 2026. REUTERS/Thaier Al-Sudani/Photo d'archive
REUTERS/Thaier Al-Sudani/Photo d'archive
La voix d’Afsana Rahimi est entrecoupée de respirations saccadées. "Ils viennent de viser notre base, alors que nous étions tous à l’intérieur", parvient-elle à articuler avant de raccrocher subitement son téléphone. Quelques minutes plus tôt, le siège du Khabat, l’un des partis d’opposition kurdes iraniens exilés en Irak, a été attaqué. Un drone puis un missile se sont écrasés sur le campement situé à Topzawa, à 25 kilomètres à l’ouest d’Erbil, dans le nord du pays. Les fenêtres ont volé en éclats, comme l’intérieur de trois bâtiments. Parmi la cinquantaine de peshmergas – terme désignant les combattants kurdes et signifiant "ceux qui affrontent la mort" – qui vivaient et s’entraînaient ici, deux ont été blessés. Ils ont désormais pour la plupart déserté les lieux et seule une poignée d'entre eux, leur kalachnikov pour seul moyen de défense, est restée pour surveiller le ciel obscur.
C’est de là que pleuvent depuis le début de la guerre les drones et les missiles envoyés par Téhéran et ses alliés chiites irakiens. Ils visent les positions des Kurdes iraniens exilés depuis les années 1980 au Kurdistan irakien. L’Iran craint qu'ils ne prennent part à la guerre, aux côtés des États-Unis et d’Israël. Et intensifie ses frappes.
La semaine dernière, Donald Trump a déclaré à Reuters qu'il soutiendrait ces groupes d'opposition s'ils lançaient une opération terrestre contre Iran. Le 22 février, cinq d’entre elles, rejointes ensuite par une sixième, ont annoncé la création d’une coalition visant à "renverser la République islamique" et à obtenir l'autodétermination du peuple kurde en Iran. Ces partis, divisés par des luttes intestines depuis leur création, voient dans cette guerre une chance historique pour les Kurdes iraniens, réprimés depuis 1979 par le régime des mollahs. "C’est une des plus grandes opportunités que nous ayons eues. Si nous la laissons passer, nous n’en aurons pas d’autre avant peut-être 20 ou 30 ans", affirme Sardar Waladbeigi, responsable des relations avec l’Europe au sein du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK).

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