© Istock / Getty image plus / © FatCamera
VIH, diabète, chimio… les causes d'immunodépression sont nombreuses et concernent aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de personnes en France. Mais que signifie concrètement être immunodéprimé ? Quels sont les risques au quotidien et comment se préserver au mieux ? Éclairage avec le Docteur Paul Tarteret, médecin immunologue.
L'essentiel
Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.
Être immunodéprimé ne signifie pas vivre dans la peur, mais vivre avec des adaptations. Information, prévention et accompagnement médical permettent aujourd’hui à la majorité des patients de mener une vie aussi normale que possible.
Définition : immunodépression : qu'est-ce que ca signifie ?
Être immunodéprimé signifie que le système immunitaire n’est pas en mesure de se défendre efficacement contre les agressions extérieures. Virus, bactéries, champignons, parasites… mais pas seulement.
« Le système immunitaire est aussi capable d’éliminer des cellules du corps devenues dysfonctionnelles, qui pourraient évoluer vers des cellules cancéreuses », explique le Docteur Paul Tarteret, chef de clinique en médecine interne et immunologie. Lorsqu’il est affaibli, le risque infectieux augmente, mais aussi le risque de certains cancers.
Système immunitaire et immunodéficience : comment ça marche ?
Le système immunitaire repose principalement sur les globules blancs, aussi appelés cellules immunitaires. Produits dans la moelle osseuse, ils circulent dans tout l’organisme et transitent notamment par les ganglions lymphatiques, où ils sont mobilisés pour lutter contre les agents infectieux. Leur rôle est de reconnaître et d’éliminer les microbes, soit en les détruisant directement, soit en produisant des anticorps chargés de les neutraliser.
Chez une personne immunodéprimée, une ou plusieurs de ces défenses sont défaillantes : les globules blancs peuvent être moins nombreux ou moins efficaces, la production d’anticorps insuffisante, ou encore la capacité de certaines cellules à capturer et détruire les microbes (phagocytose) altérée. L’organisme devient alors plus vulnérable aux infections.
Différence entre maladie auto-immune et immunodépression
À l’inverse, dans les maladies auto-immunes (comme la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques…), le système immunitaire n’est pas affaibli mais déréglé : il attaque par erreur les propres tissus de l’organisme.
Système immunitaire faible : des degrés très variables
Toutes les immunodépressions ne se valent pas. Même s’il n’existe pas de classification unique reconnue, leur gravité varie fortement selon la cause.
Pour évaluer cette gravité, les médecins s’appuient notamment sur les résultats biologiques (baisse des globules blancs, neutropénie, lymphopénie, déficit en anticorps, taux de CD4 bas…), mais aussi (et surtout) sur la vulnérabilité réelle aux infections, qu’elles soient fréquentes, graves ou opportunistes, c’est-à-dire dues à des agents infectieux habituellement rares ou inoffensifs.
Cette grande diversité explique pourquoi les recommandations de prévention et de suivi peuvent varier fortement d’un patient à l’autre.
Parfois des immunodépressions depuis la naissance (congénitales)
Certaines immunodépressions sont d’origine congénitale, liées à des anomalies génétiques qui entravent le bon fonctionnement du système immunitaire. Il s’agit de personnes qui, par exemple, ne produisent pas suffisamment d’anticorps ou dont certaines cellules immunitaires fonctionnent mal, en raison d’un déficit enzymatique impliqué dans la destruction des microbes.
Contrairement aux idées reçues, ces formes ne sont pas toujours diagnostiquées dès l’enfance. Elles peuvent se révéler tardivement, parfois même autour de la cinquantaine.C’est le cas du déficit immunitaire commun variable (DICV), qui se caractérise par une diminution progressive de la production d’anticorps au fil des années.
Dans certaines immunodéficiences congénitales sévères, des approches innovantes comme la thérapie génique peuvent aujourd’hui être proposées.
Forme acquise : pourquoi et comment devient-on immunodéprimé ?
Les causes de l’immunodépression sont multiples.
Les infections
La plus connue est l'infection par le VIH ou Virus de l'Immunodéficience Humaine. Ce virus attaque directement certains globules blancs, les lymphocytes T. « Lorsqu’il n’est pas traité, il peut entraîner une immunodépression sévère et des infections dites opportunistes, ce qui correspond au stade SIDA », rappelle le Docteur Paul Tarteret, immunologue. Néanmoins, grâce aux traitements actuels, les patients correctement suivis retrouvent une immunité normale. La charge virale devient indétectable dans le sang, ce qui signifie aussi que le virus n’est plus transmissible.
Les cancers et leurs traitements
- Certains cancers, comme les leucémies et les lymphomes, touchent directement les cellules du système immunitaire.
- Les chimiothérapies anticancéreuses, quant à elles, entraînent presque toujours une immunodépression transitoire.
Les traitements immunosuppresseurs
Dans le cadre de certaines maladies chroniques (SEP, maladies inflammatoires digestives ou rhumatismales ou cutanées…), des médicaments peuvent provoquer une immunodépression par voie iatrogène : corticoïdes au long cours, biothérapies, anti-TNF, médicaments immunosuppresseurs et autres anti-inflammatoires modernes peuvent également affaiblir les défenses.
Diabète
il peut s’accompagner d’une légère baisse de l’efficacité des défenses immunitaires. Mais le risque infectieux tient surtout aux complications associées (atteintes rénale, cardiaque, vasculaire), plus qu’à une immunodépression franche.
D’autres situations fréquentes
- Dénutrition ou amaigrissement sévère ;
- L’avancée de l’âge (immunosénescence) ;
- Insuffisance d’organe (rein, foie, cœur) ;
Attention, la mucoviscidose, n’est pas une immunodépression au sens strict. Néanmoins elle peut entraîner une vulnérabilité infectieuse élevée, qui peut mimer une immunodépression, sans en être une au sens strict.
Quels risques concrets au quotidien ?
Le risque principal est infectieux, qu’il s’agisse d’infections banales et fréquentes (rhume, grippe…), de formes plus graves, ou d’infections opportunistes.
Les personnes immunodéprimées peuvent également développer des infections opportunistes, dues à des microbes habituellement inoffensifs, notamment certains champignons. Celles-ci peuvent toucher la peau comme des candidoses (mycoses), des intertrigos infectés et prendre des formes plus étendues ou plus difficiles à traiter.
Les infections pulmonaires et cutanées à répétition sont ainsi fréquentes chez les patients immunodéprimés.
Comment savoir si l'on est immunodéprimé ?
Être immunodéprimé ne se ressent pas toujours. Dans la majorité des cas, on le sait en raison d’une maladie ou d’un traitement connu pour affaiblir les défenses immunitaires. À défaut, des infections fréquentes, sévères ou inhabituelles peuvent alerter et conduire à des examens médicaux. Le diagnostic repose alors sur des analyses de sang (globules blancs, lymphocytes, anticorps, CD4…), parfois des tests plus poussés et une évaluation médicale globale : il n’existe pas d’auto-test pour savoir si l’on est immunodéprimé.
Comment vivre au mieux avec une immunodépression ?
La stratégie la plus efficace repose avant tout sur la prévention.
La vaccination, pilier central
« La vaccination est aujourd’hui le moyen le plus efficace de protection », insiste le Docteur Paul Tarteret, chef de clinique en médecin interne et immunologie. Elle permet de préparer le système immunitaire, à la manière d’un entraînement ciblé.
Chez les personnes immunodéprimées, certains vaccins sont particulièrement recommandés, notamment ceux contre la grippe saisonnière, le pneumocoque, la Covid-19 et l’hépatite B, selon la situation individuelle. Ces vaccins, dits inactivés, peuvent être administrés en toute sécurité et jouent un rôle clé dans la prévention des formes graves.
Là encore, le schéma vaccinal doit être adapté au cas par cas, en lien avec le médecin traitant ou le spécialiste.
Attention toutefois : Certains vaccins dits vivants atténués (rougeole, fièvre jaune…) sont contre-indiqués chez les personnes immunodéprimées modérées à sévères. D’où l’importance d’un avis médical personnalisé.
Les gestes au quotidien
Les gestes barrières sont prépondérants :
- Lavage régulier des mains ;
- Port du masque dans les lieux clos et très fréquentés ;
- Éviter les contacts avec des personnes malades ;
- Télétravail en période épidémique si possible.
Une vigilance alimentaire
Pour limiter le risque d’infections alimentaires :
- Ne pas manger des viandes et poissons crus, œufs mal cuits, lait cru ou non pasteurisé ;
- Bien laver les fruits et les légumes ou les cuire ;
- Ne pas rompre la chaîne du froid ;
- Respecter les dates de préremption ;
“Prudence avec certains aliments à risque, comme chez la femme enceinte”, selon l’expert ;
Les comportements à éviter
Certains comportements peuvent fragiliser davantage les défenses immunitaires. Le tabagisme, en particulier, altère les mécanismes de défense des voies respiratoires et augmente le risque d’infections pulmonaires. L’alcool peut également peser sur la capacité de l’organisme à se défendre.
Voyager en toute sécurité
« Un avis médical est indispensable avant tout voyage », rappelle le spécialiste, notamment pour adapter les vaccins et les précautions.
Peut-on “booster” son système immunitaire ?
C’est une idée reçue très répandue. « Il n’existe pas aujourd’hui de preuve scientifique montrant que l’on peut booster son immunité », tranche le Docteur Paul Tarteret. Aucun traitement médical, ni aucune méthode ne permet cela.
En revanche, on peut éviter de la dégrader :
- alimentation équilibrée (type méditerranéenne),
- activité physique régulière,
- bonne hydratation,
- gestion du stress,
- prévention des maladies cardiovasculaires et des cancers en général.
Compléments alimentaires : attention aux idées reçues !
En l’absence de carence avérée, les compléments alimentaires n’ont pas d’intérêt chez une personne ayant une alimentation variée et équilibrée. Pris en excès, ils peuvent entraîner des surcharges, notamment en vitamines liposolubles ou en minéraux, avec à la clé des effets indésirables et, à long terme, des complications.
Par ailleurs, aucun complément alimentaire ne permet de “booster” l’immunité au sens strict. Les produits souvent présentés comme stimulants des défenses immunitaires, tels que le ginseng, l’échinacée ou les produits de la ruche, n’ont pas démontré d’efficacité et peuvent être inadaptés chez les personnes immunodéprimées ou sous traitement.
Certains exposent aussi à des interactions médicamenteuses. « Le millepertuis ou le jus de pamplemousse peuvent interférer avec de nombreux traitements », alerte le Docteur Paul Tarteret. Le bêta-carotène, fréquemment consommé en complément, est par ailleurs déconseillé, notamment chez les fumeurs ou anciens fumeurs.
Dans tous les cas, un avis médical est indispensable avant de vous lancer.
Sources
Entretien avec le docteur Paul Tarteret, chef de clinique en médecine interne et immunologie.

il y a 20 hour
1










English (US) ·