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En collaboration avec Dre Isabelle Poirot (psychiatre et présidente de l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV))
Votre corps est lourd, même après une bonne nuit de sommeil ? Votre esprit est embrumé ? Vous manquez d’élan ? Cette fatigue est souvent déroutante. Bonne nouvelle : elle s’améliore généralement avec quelques ajustements.
L'essentiel
Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.
Avoir un réveil un peu difficile, ça arrive. Mais lorsque la fatigue s‘installe dès que l’on ouvre les yeux, ce n’est pas anodin. « En principe, l’organisme doit se mettre en route dans la demi-heure qui suit le réveil et l’énergie revient progressivement, au plus tard après le petit-déjeuner », précise la Dre Isabelle Poirot, psychiatre spécialiste du sommeil et directrice de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV). Si la fatigue persiste au-delà de 30 minutes, ce n’est pas normal. Il faut en comprendre la cause !
Le sommeil a un rôle essentiel de réparation
Pour rappel, le sommeil n’est pas seulement un temps de repos. Il joue un rôle actif et essentiel pour notre santé physique et mentale. Pendant la nuit, plusieurs processus se mettent en marche :
- Les muscles se relâchent, les tissus se réparent et les cellules se renouvellent.
- Le système immunitaire se renforce, ce qui aide à mieux résister aux infections.
- Le sommeil aide à réguler des hormones essentielles, comme le cortisol, l’hormone de croissance ou la mélatonine.
- Le cerveau trie les informations de la journée, consolide la mémoire et prépare les capacités de concentration et de décision du lendemain.
Quand ce travail nocturne est incomplet ou perturbé, la fatigue se fait sentir dès le matin. On peut alors se lever épuisé, irritable, avec l’impression de ne pas avoir dormi, même après une nuit qui semblait suffisante.
Le manque de sommeil : la cause la plus fréquente
Dans la majorité des cas, la fatigue au réveil est tout simplement liée à un manque de sommeil. « C’est la cause la plus fréquente… Et souvent la plus simple à corriger », rappelle la Dre Poirot.
Chaque personne a un besoin de sommeil bien précis, en grande partie déterminé par sa génétique. Certaines ont besoin de 6 heures, d’autres de 8 ou 9 heures de sommeil pour être en forme.
Un rythme de sommeil mal adapté à votre organisme
Nous n’avons pas tous le même chronotype. Certaines personnes sont naturellement « du matin », d’autres clairement « du soir ». Ces dernières ont plus de mal à s’endormir tôt et à se lever aux horaires imposés. Résultat : le réveil est difficile, lent, parfois accompagné de maux de tête ou d’une sensation de brouillard mental.
« Si votre mise en route dure plus de 30 minutes, il est probable que votre rythme biologique ne soit pas respecté », souligne la Dre Poirot. Malheureusement, les contraintes professionnelles ou familiales ne permettent pas toujours d’adapter ses horaires à son rythme naturel. Mais il existe des stratégies pour limiter l’impact :
- Éviter les siestes trop longues ou trop tardives, qui retardent l’endormissement le soir.
- Décaler progressivement les heures de coucher et de lever, par tranches de 15 à 20 minutes.
- S’exposer à la lumière naturelle dès le matin, qui synchronise l’horloge interne et favorise l’éveil.
- Mettre en place un rituel de réveil stimulant : musique, étirements doux, douche tiède à chaude pour activer le corps et le cerveau.
Troubles du sommeil : quand le sommeil n’est plus réparateur
Il arrive aussi que l’on dorme « assez » longtemps, sans pour autant se sentir reposée. Dans ce cas, c’est la qualité du sommeil qu’il faut questionner. Certains troubles passent inaperçus mais fragmentent le sommeil tout au long de la nuit :
- Les apnées du sommeil, qui provoquent de micro-arrêts respiratoires et des réveils inconscients.
- Des mouvements involontaires des jambes ou des bras, qui empêchent d’atteindre un sommeil profond.
- Un sommeil très morcelé, avec de nombreux micro-réveils, souvent liés au stress, à l’anxiété ou à certains médicaments.
« Quand la fatigue persiste malgré des nuits « normales », il faut en parler à son médecin. Des questionnaires simples permettent de repérer un trouble du sommeil », précise la Dre Poirot.
Stress, anxiété, charge mentale : un impact majeur sur l’énergie matinale
La fatigue au réveil peut être d’origine psychique. « La première pathologie à envisager, c’est la dépression. Elle se manifeste souvent par une sensation de lourdeur intense au réveil, comme si chaque geste demandait un effort surhumain », explique la psychiatre.
Les symptômes évocateurs de la dépression :
- une perte de plaisir pour les activités habituelles ;
- une tristesse persistante ou un sentiment de vide ;
- un manque d’envie, même pour des choses simples ;
- des difficultés à se motiver ou à entreprendre des actions.
En l’absence de dépression, le stress chronique et la charge mentale peuvent suffire à épuiser l’organisme. Les préoccupations, les ruminations et l’anxiété empêchent le cerveau de vraiment déconnecter la nuit. Le sommeil devient plus léger, moins réparateur. Au réveil, la fatigue est surtout mentale, avec une impression de saturation dès les premières minutes.
D’autres signes associés sont fréquents :
- des difficultés à s’endormir ;
- des réveils précoces, avec l’esprit déjà en alerte.
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Fatigue et maladies chroniques : un signal à ne pas ignorer
Une fatigue intense et durable au réveil peut parfois être le signe d’un problème médical sous-jacent. Il est important de ne pas la banaliser, surtout si elle s’installe sans raison évidente.
Quelles maladies peuvent provoquer une grande fatigue ?
- Les troubles de la thyroïde. Une hypothyroïdie, par exemple, ralentit le métabolisme. Le corps fonctionne au ralenti, ce qui entraîne une fatigue constante, souvent plus marquée le matin.
- D’autres déséquilibres hormonaux. Le diabète ou des anomalies des glandes surrénales peuvent perturber la régulation de l’énergie et de la glycémie, avec une sensation d’épuisement dès le réveil.
- Les cancers. Une fatigue intense, inhabituelle et persistante peut parfois être un signe d’alerte précoce, avant même l’apparition d’autres symptômes. C’est une façon pour le corps de signaler un dysfonctionnement.
- Les maladies inflammatoires chroniques. La polyarthrite rhumatoïde ou les maladies inflammatoires de l’intestin sollicitent en permanence l’organisme. Cette inflammation de fond consomme beaucoup d’énergie et entraîne une fatigue qui ne disparaît pas avec le repos.
Fatigue au réveil et variations hormonales : un lien souvent sous-estimé
Chez les femmes, les fluctuations hormonales peuvent avoir un impact important sur l’énergie et la vitalité. Mais elles sont souvent sous-estimées, prévient la Dre Poirot. Elles peuvent provoquer une fatigue marquée, parfois dès le réveil, même après une nuit complète.
Quand ces variations surviennent-elles ?
- Au cours du cycle menstruel. Les variations d’œstrogènes et de progestérone influencent le sommeil, l’humeur et la vitalité. Juste avant les règles, la fatigue peut être plus intense.
- En périménopause ou ménopause. La baisse progressive des hormones sexuelles s’accompagne souvent de troubles du sommeil, de sueurs nocturnes et d’une fatigue persistante.
- Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Ce déséquilibre hormonal chronique peut perturber le métabolisme et favoriser une fatigue durable, notamment le matin.
- D’autres périodes sensibles. La grossesse, le post-partum ou d’autres pathologies hormonales peuvent également entraîner une baisse d’énergie importante et prolongée.
Manque de fer, de vitamine D ou de magnésium… L’impact des carences
Certaines carences nutritionnelles sont plus fréquentes que d’autres et peuvent provoquer une fatigue matinale. Les plus courantes :
Les signes qui doivent alerter :
- une baisse de moral,
- une fatigue persistante,
- un essoufflement inhabituel,
- des crampes ou des tensions musculaires,
- etc.
Comme le rappelle la Dre Poirot : un simple bilan sanguin peut confirmer une carence et permettre de la corriger rapidement !
Alimentation et fatigue matinale : attention aux faux amis !
Ce que nous mangeons influence directement notre niveau d’énergie. Un petit-déjeuner trop sucré peut donner un coup de fouet temporaire… Mais cet effet est souvent de courte durée. En cause : une montée rapide de la glycémie, suivie d’une chute tout aussi brutale, responsable d’un coup de fatigue en milieu de matinée. Pour éviter ce phénomène, mieux vaut miser sur un petit-déjeuner équilibré, qui apporte une énergie stable et durable.
À privilégier pour bien démarrer la journée :
- Des protéines (œufs, yaourt, fromage blanc), qui soutiennent l’énergie, la satiété et la concentration.
- Des fibres (fruits, légumes, céréales complètes), qui ralentissent l’absorption du sucre et stabilisent la glycémie.
- Une bonne hydratation, indispensable après la nuit !
À limiter ou consommer avec précaution :
- Les viennoiseries et pâtisseries très sucrées, responsables de pics de glycémie.
- Les céréales industrielles sucrées, qui ont un effet comparable aux produits ultra-sucrés.
- Le café à jeun, en excès, qui peut stimuler brièvement mais aussi provoquer nervosité, palpitations et chute d’énergie secondaire.
Le manque d’activité physique : paradoxal mais bien réel
Quand on est fatiguée, l’idée de bouger peut sembler décourageante. Pourtant, l’activité physique est l’un des meilleurs moyens de retrouver de l’énergie. À l’inverse, la sédentarité entretient la fatigue, perturbe le sommeil et peut affecter le moral.
Bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de pratiquer un sport intensif. De petits gestes du quotidien font déjà la différence :
- marcher chaque jour, même quelques minutes ;
- éviter de rester assise trop longtemps d’affilée ;
- limiter le temps passé affalée devant les écrans ;
- se lever et bouger régulièrement entre deux tâches.
Quand la fatigue au réveil doit-elle inquiéter ? Qui consulter ?
Il est important de demander un avis médical si :
- La fatigue dure depuis plus de 3 semaines ou s’aggrave.
- Elle s’accompagne d’autres symptômes (douleurs, perte de poids, troubles de l’humeur).
- Elle impacte votre vie quotidienne.
Un professionnel de santé pourra rechercher une cause précise (carence, trouble du sommeil, problème hormonal ou médical) et proposer une prise en charge adaptée.
Comment retrouver de l’énergie au quotidien ?
- Réduisez le temps d’écran avant de dormir.
- Adoptez des horaires de sommeil réguliers.
- Pratiquez une activité physique douce et régulière.
- Limitez café, thé et autres excitants en fin de journée.
- Prenez votre dernier repas au moins 3 heures avant de dormir.
- Accordez-vous des moments de détente : respiration, relaxation, méditation.
Sans culpabiliser : certaines fatigues sont liées à des problèmes de santé et ne disparaissent pas simplement avec de bonnes habitudes !
En résumé, se réveiller épuisée tous les matins n’est pas une fatalité. Dans la majorité des cas, une cause précise peut être identifiée. Le message clé est simple : si la fatigue persiste, parlez-en. Un diagnostic permet d’agir, de soulager et, souvent, de retrouver des matins plus légers.
Sources
Entretien avec la Dre Isabelle Poirot, psychiatre spécialiste des troubles du sommeil et présidente de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV).

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