La neige est encore présente, sur les berges du lac de Saint-Point, le plus vaste du Doubs. Au bord d’un embarcadère, une grande bâtisse au crépi rose garde ses rideaux baissés depuis quelques semaines. L’ancien hôtel-restaurant « L’atelier de Donat » a changé de main et s’apprête à subir d’importants travaux. C’est ici, à 450 km de la capitale, que le chef étoilé parisien Matthias Marc (« Substance », dans le XVIe arrondissement) a décidé de poser ses valises.
L’homme révélé au grand public par l’émission Top Chef, dont il a été demi-finaliste en 2021, est de retour sur ses terres natales après douze années à Paris. « C’est l’appel du pays comme on dit. J’ai grandi en Franche-Comté et, à la base, je suis parti un an vivre à Paris. Finalement, j’y suis resté douze ans, confie Matthias Marc, actuellement en plein déménagement. J’ai aimé Paris et j’aime Paris, c’est ma ville, mais l’envie de retourner au pays était forte. »
« Je voulais rejoindre la campagne et la nature »
Âgé de 32 ans, le cuisinier a longuement prospecté. « En quittant la ville, je voulais rejoindre la campagne et la nature. Je n’avais pas envie de me retrouver dans une ville plus petite. » Un autre aspect a joué en faveur du Doubs : « Enfant, j’ai eu la chance de grandir au milieu des rivières et des forêts avec mes cousins. Et je me voyais mal élever ma fille à Paris. »

Pour réaliser ce défi un peu fou, le chef a visité quelques lieux en toute discrétion. Son choix s’est finalement porté sur cet établissement, posé sur les berges du lac de Saint-Point, qui attire chaque année de nombreux touristes. « Ma femme est originaire de l’île de Ré. Pour que je puisse la faire venir en Franche-Comté, je devais trouver un endroit qui claque… À Malbuisson (Doubs), on a une proximité avec la Suisse, un train non loin de là qui relie Paris en moins de trois heures, des pistes de vélo de descente (dont il est passionné) et surtout des produits de fou. »
Comté, cancoillotte, morbier, saucisse de Montbéliard, vin jaune… Ces spécialités, il compte bien les mettre à l’honneur sur sa carte, comme il l’avait fait dans son établissement parisien. « L’objectif est de faire un établissement de haute gastronomie avec une expérience à 360° autour du terroir. On aura également dix chambres disponibles. »
Autant d’arguments qui pourraient séduire les critiques du guide Michelin, qui ont déjà récompensé sa cuisine d’une étoile en la qualifiant de « décomplexée et vivante, avec une patte créative et volontiers végétale ». « Je suis biberonné au Guide rouge. J’ai grandi dans des restaurants étoilés. Donc, on ne s’en cache pas : on y va avec détermination et modestie, mais l’objectif est d’aller récupérer cette étoile », prévient le trentenaire, qui compte aussi sur le terroir pour y parvenir.
« Je me suis questionné sur ce que je devais proposer. Dans ma région, les spécialités sont composées de plats conviviaux. Mais je crois qu’on peut y amener quelque chose de beaucoup plus gastronomique. Je vais essayer de faire rayonner cette cuisine au niveau national et de rendre fier les gens du coin. » Les travaux dans la bâtisse qu’il vient d’acquérir doivent débuter dans les prochains jours, avec une ouverture prévue au début du second semestre 2026.












English (US) ·