Une proximité qui perdure en temps de guerre. Dans son conflit contre Israël et les États-Unis, l'Iran peut compter sur un soutien de poids : la Russie. Sans s'impliquer frontalement dans les hostilités, plusieurs éléments indiquent que Moscou apporte un soutien stratégique important à Téhéran afin de l'aider dans ses attaques contre des intérêts étrangers, notamment américains. "Je pense que personne ne sera surpris d'apprendre que la main invisible de Vladimir Poutine est derrière certaines tactiques iraniennes, voire potentiellement derrière certaines de leurs capacités", a pointé jeudi 12 mars John Healey, le ministre britannique de la Défense, lors d'une prise de parole à Londres (Royaume-Uni).
Des tactiques militaires inspirées de la Russie ?
Cet appui se matérialise sur plusieurs plans. Premier aspect : la tactique militaire. D'après The Guardian, l'Iran aurait déjà lancé plus de 2 000 drones Shahed depuis le 28 février sur tout le Moyen-Orient. Pour améliorer leur potentiel de destruction, la Russie aurait fourni des conseils d'utilisation de ces armes à la République islamique. Les militaires britanniques, visés dans la nuit de mercredi à jeudi par une attaque de drone sur une base d'Erbil (Irak), ont constaté sur le terrain que ces engins volaient "beaucoup plus bas que d'habitude". De quoi rendre ces appareils moins faciles à intercepter et "plus efficaces" au moment des frappes, a précisé le lieutenant-général Nick Perry, chef britannique des opérations interarmées.
Au-delà de la question des drones, la façon plus générale dont le régime des mollahs choisit ses cibles au Moyen-Orient semble s'inspirer des stratégies déjà mises en place par Moscou dans le cadre de sa guerre contre Kiev depuis 2022. En visant les infrastructures pétrolières du pays du Golfe et en empêchant tout transport d'hydrocarbures grâce au blocage du détroit d'Ormuz, les Gardiens de la révolution s'en prennent aux intérêts commerciaux et énergétiques de la région. L'objectif ? Affaiblir la force de frappe économique de leurs adversaires. "Les modes opératoires des attaques iraniennes présentent des similitudes avec la manière dont la Russie attaque l'Ukraine", a confirmé John Healey, lors du même point presse.
En plus de quatre ans de conflit dans l'est de l'Europe, les forces du Kremlin ont aussi appris à mieux connaître le fonctionnement des missiles tirés grâce aux principaux outils de défense antiaérienne de fabrication américaine, utilisés pour défendre le territoire ukrainien. Des données qui concernent aussi bien les précieux systèmes de défense Patriot que les missiles sol-sol ATACMS. La Russie "peut également partager une partie de ce savoir-faire avec les Iraniens", souligne, auprès de Bloomberg, Andrea Kendall-Taylor, analyste et ancienne responsable au sein du renseignement américain.
Partage de renseignements sur les intérêts américains
Ces tactiques militaires partagées ou inspirées ne sont pas les seuls éléments dont bénéficie Téhéran de la part de son partenaire russe. À la fin de la première semaine de guerre, le Washington Post et CNN avaient rapporté dans deux enquêtes distinctes que l'Iran profitait avant tout de renseignements directement fournis par Moscou. Plusieurs sources au sein des services secrets américains affirmaient ainsi, sous couvert d'anonymat, que la position de troupes, de navires ou d'avions américains avaient été transmises aux forces iraniennes. Des informations qui leur sont très utiles pour frapper l'US Army avec davantage de précisions.
Face à ces révélations, un certain embarras s'est emparé de la Maison-Blanche. Dans un premier temps, Steve Witkoff, l'émissaire de Donald Trump au Moyen-Orient, a assuré que le président russe Vladimir Poutine avait démenti ce partage de renseignements, lors d'un appel téléphonique avec le président américain. Plus tard dans la semaine, de nouvelles sources au sein des services secrets occidentaux, consultées par Bloomberg, ont de nouveau affirmé que cet appui russe à l'Iran était toujours d'actualité. "Je pense qu'il est possible que [Vladimir Poutine] les aide un peu, oui, j'imagine", a fini par reconnaître, vendredi, le milliardaire républicain lors d'une interview sur Fox Radio. "Et il pense probablement que nous aidons l'Ukraine, n'est-ce pas ?" Une manière de minimiser l'importance de ce partage, alors que Donald Trump entretient une relation bien plus amicale avec le président russe que ses prédécesseurs.
Un "partenariat stratégique global" entre la Russie et l'Iran
Les liens militaires entre la Russie et l'Iran ont débuté bien avant le début du conflit au Moyen-Orient. L'invasion russe de l'Ukraine, en février 2022, a conduit le Kremlin à se tourner vers Téhéran pour combler un certain retard technologique en matière de drones. D'importantes commandes ont alors été passées par l'armée russe pour acheter des centaines de drones iraniens Shahed au début de l'offensive dans l'est de l'Europe. Mais ce partenariat commercial est rapidement devenu militaire : l'Iran a accepté de donner les plans de ses engins, peu coûteux à produire, à son allié. Un avantage considérable, puisque la Russie a depuis elle-même pu concevoir ses propres drones Shahed, rebaptisés Geran-2. Lors de leur développement russe, ces technologies ont même été améliorées par rapport au modèle initial.
Pour entériner leurs rapports amicaux, le président iranien Massoud Pezeshkian s'était rendu en janvier 2025 dans la capitale russe pour sceller "un partenariat stratégique global" entre les deux puissances, y compris sur le plan défensif. Il y a quelques semaines, la République islamique a ainsi acquis des milliers de missiles portables auprès de Moscou pour se réapprovisionner en munitions, après les pertes connues lors de la "guerre des 12 jours", en juin 2025. Malgré son apparente bonne relation avec Donald Trump, Vladimir Poutine ne cache d'ailleurs pas sa sympathie pour le régime iranien depuis le début de la guerre. Lundi, il a félicité le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei, toujours pas apparu en public depuis sa nomination, et l'a assuré de son "soutien indéfectible".

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