« Il faut tirer la sonnette d’alarme » : le lac d’Annecy pollué par des pneus de voiture

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Avec ses eaux turquoises d’une transparence exceptionnelle, le lac d’Annecy est le dernier endroit où l’on pourrait suspecter une pollution à grande échelle. Il a d’ailleurs acquis le titre officieux de lac le plus pur d’Europe (en zone habitée), avec des taux de nitrate, de pesticides et de phosphore très bas. Mais une étude commandée pour un documentaire de France 5 (qui sera diffusé en février prochain) vient mettre à mal cette excellente réputation : elle révèle une pollution inquiétante aux microplastiques et aux molécules toxiques, générée par l’abrasion des pneus sur la route. Quand il pleut, ils finissent dans les eaux lacustres.

Étudier le projet d’un tramway

« Il faut tirer la sonnette d’alarme », implore Anne Lassman-Trappier, présidente de France Nature Environnement Haute-Savoie, qui a eu la primeur des résultats de l’étude. « C’est une pollution qui contamine l’eau, l’air, les êtres vivants. Parmi les habitants d’Annecy qui ont accepté d’être testés, plus d’un tiers était positif aux DPG, un composé chimique utilisé dans les pneus qui abaisse la fertilité et nuit au développement du fœtus chez la mère. »

L’association estime que l’on est face à un scandale sanitaire équivalent à celui des PFAS. Chaque pneu de voiture libère en moyenne 4 kg de matière pendant sa durée de vie. L’abrasion est bien plus élevée pour les SUV, à cause de leur poids. Multiplié par les 25 000 véhicules (bien plus en été avec l’afflux touristique) qui empruntent quotidiennement les 40 km de route cerclant le lac d’Annecy, cela représenterait au moins 400 tonnes de microplastiques dispersés dans l’eau et dans l’air. Les taux mesurés sont équivalents à ceux de Canton, en Chine (18 millions d’habitants).

« Honnêtement je suis très surpris », avoue Antoine, un jeune Annécien de 26 ans. « On vient vivre ici pour la qualité de vie, les montagnes, la nature. Quand je me baigne l’été, je ne crains pas de boire la tasse. Maintenant ça fait réfléchir… » Pour Anna, une habitante de Saint-Jorioz, cette pollution n’est pas étonnante au contraire : « Il y a tellement de circulation l’été… On sature. »

« La meilleure solution est en effet de prendre le problème à la source, de diminuer le transport en voiture individuelle au profit des transports publics, dont l’offre est trop faible », approuve Anne Lassman-Trappier.

« Les mesures au robinet sont dans les normes »

Les politiques locaux n’ont pas tardé à réagir cette semaine. Fabienne Grébert, élue municipale à Annecy et conseillère régionale écologiste, demande de stopper le plus tôt possible le ruissellement des eaux de chaussée dans le lac et d’étudier le projet d’un tramway. Le Syndicat mixte du lac mixte du lac d’Annecy confirme étudier ces pistes, tout en se voulant rassurant : « Le lac est globalement en très bonne santé. Des études plus rigoureuses scientifiquement sont menées par l’INRAE de Thonon-les-Bains et nous donneront une vision plus précise de la gravité de la pollution. » Pas d’alarmisme non plus du côté du Grand Annecy, alors que le lac fournit 73 % de l’eau potable. « Les mesures au robinet sont dans les normes », constate sa présidente, Frédérique Lardet.

L’un des deux derniers pêcheurs professionnels du lac, Florent Capretti, s’agace quant à lui de la polémique : « Je n’ai jamais pêché un poisson mort ou qui avait des abcès. Les quantités de féras n’ont jamais été aussi bonnes depuis 15 ans. »

FNE Haute-Savoie pointe pourtant un impact des microplastiques des pneus sur les salmonidés comme l’omble ainsi que sur toute la chaîne alimentaire, dont l’homme est le dernier maillon. Outre le cas particulier d’Annecy, cette étude vaut pour toutes les agglomérations du monde, là où roulent des voitures.

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