Michael Sheen (A Very Royal Scandal) se confie sur sa transformation en prince Andrew : "J'ai dû prendre du poids"

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INTERVIEW. Comment jouer l'homme le plus détesté du Royaume-Uni ? Face à Ruth Wilson, Michael Sheen livre une prestation magistrale dans A Very Royal Scandal. Prise de poids, choix de jeu ambigus et secrets de tournage : l'acteur dévoile les coulisses de ce duel psychologique.

En 2019, accusé par Virginia Giuffre d'agression sexuelle alors qu'elle était mineure (elle s'est donné la mort en avril 2025), le prince Andrew est en pleine tourmente médiatique. Il accorde une interview exclusive à Emily Maitlis sur la BBC, où il dément ces accusations et tente de justifier ses liens avec Jeffrey Epstein, le pédocriminel américain retrouvé pendu dans sa cellule la même année.

Diffusée ce lundi 16 mars 2026 sur TF1 Série Films, A Very Royal Scandal revient sur cet entretien devenu un véritable fiasco pour le prince. Impérial, Michael Sheen (Frost/Nixon, The Queen) prête ses traits au second fils de la reine Élisabeth II — depuis déchu de ses titres officiels et arrêté — face à Ruth Wilson (Luther, Mrs Wilson), brillante dans le rôle de la journaliste.

Pas de prothèses, mais une prise de poids réelle : Le choix de Michael Sheen

Rencontre avec l'acteur gallois Michael Sheen qui prête ses traits à l'ex-prince Andrew et duc d'York dans cette mini-série fascinante et qui s'est confié à Télé-Loisirs sur ce rôle complexe. [Cet entretien avec Michael Sheen a été réalisé en 2024, avant que le prince Andrew ne soit officiellement impliqué dans l'affaire Epstein et ne fasse l'objet d'une enquête de police, N.D.L.R.].

Télé-Loisirs. Était-ce une responsabilité d'incarner une personne réelle, particulièrement un membre de la famille royale ?

Michael Sheen. Mes chances de rencontrer le prince Andrew étaient évidemment très minces. J'ai déjà interprété de nombreux personnages inspirés de personnes réelles et je prends toujours cela très au sérieux, ainsi que la responsabilité qui en découle. Pour moi, tout se décide au moment où je dois accepter ou refuser de participer au projet. La lecture du scénario est le facteur déterminant.

Au stade de la lecture, je n'ai pas encore commencé à travailler sur mon personnage. Après, on finit par se perdre un peu dans son rôle et il devient très difficile de garder une vision d'ensemble. Mais à la lecture des scénarios, j'ai une idée du contexte global. Je peux voir si l'histoire est racontée de manière responsable et si le personnage est interprété d'une façon qui me convienne.

Il s'agit aussi de savoir si l'équipe est composée de personnes en qui je peux avoir confiance, et je savais que c'était le cas ici. J'ai trouvé qu'ils traitaient le sujet de manière vraiment intéressante et originale. Ils prennent ce sujet au sérieux et lui accordent le respect qu'il mérite. Tout en restant, cette série reste divertissante.

Pouvez-vous me décrire votre transformation physique ?

Quand je regarde une fiction et qu'un acteur est couvert de prothèses, ça me dérange. Ça me sort complètement de l'histoire, peu importe son talent et la qualité du maquillage. Surtout, quand je connais l'interprète, mon cerveau réagit bizarrement à chaque fois que je le vois. Tout ce à quoi je pense, c'est de savoir s'il ressemble ou non à la personne, au lieu d'entrer dans l'histoire.

C'est pour cette raison que j'ai toujours essayé d'utiliser au maximum ce que j'avais de naturel et d'en ajouter le moins possible. Dans ce cas précis, comme on a fait un petit saut dans le temps, on a dû varier les longueurs de cheveux au fil du tournage, une perruque s'est donc avérée la solution la plus logique. Mais sinon, j'aurais utilisé mes propres cheveux.

J'ai pris du poids parce que je trouvais important de montrer que cet homme, qui, à son retour de la guerre des Malouines, était le célibataire le plus convoité de Grande-Bretagne, un héros, un bel homme, un prince a changé au fil du temps. Il a progressivement été éloigné du pouvoir et de la notoriété, en vieillissant, il a perdu son charme et son attrait.

En le regardant dans cette interview, avec ses joues gonflées et rouges, j'ai réalisé combien son apparence avait changé. Je trouvais que sa transformation physique racontait une partie de son histoire qui me semblait importante. Alors, pour le jouer, je ne voulais pas utiliser trop d'artifices si cela n'était pas nécessaire. J'ai donc décidé de vraiment prendre du poids.

En le regardant dans cette interview, avec ses joues gonflées et rouges, j'ai réalisé combien son apparence avait changé. Je trouvais que sa transformation physique racontait une partie de son histoire que je trouvais importante. Alors, pour le jouer, je ne voulais pas utiliser trop d'artifices si cela n'était pas nécessaire. J'ai donc décidé de vraiment prendre du poids.

Un face-à-face comme au théâtre

Votre face-à-face avec Ruth Wilson durant la reconstitution de l'interview est la scène clé de la série. Était-ce un peu comme jouer une pièce de théâtre ?

C'est effectivement le pilier de toute l'histoire, et sans doute l'élément le plus important de la série. Quand Ruth et moi en avons discuté, il était prévu de tourner des séquences découpées et dans le désordre. On s'est dit que, si on pouvait faire plusieurs prises d'affilée en suivant l'ordre chronologique, ça nous aiderait vraiment à développer ce rapport de force qui se crée durant l'interview.

Mais c'est à ce moment-là que Ruth et moi avons pu vraiment travailler à l'unisson. Dans la série, nous avons peu de scènes ensemble. C'était fantastique de pouvoir mettre à profit tout le travail que nous avons accompli tous les deux, en allant au fond des choses pour chercher ce qui se cache derrière l'interview originale plutôt que de simplement la copier. C'était passionnant !

Avant d'interpréter ce personnage, aviez-vous une idée de sa culpabilité ou de son innocence, et cela a-t-il influencé votre jeu ?

Oui, et c'est ce qui rend cette histoire si particulière. Il y a des accusations, mais on ignore s'il y a eu des poursuites judiciaires et il n'a rien avoué. Le défi était de filmer une situation où l'on ne donne pas une vérité, en faisant en sorte que le public vive une expérience satisfaisante.

Moi, en tant qu'acteur, je dois savoir ce que mon personnage a fait ou n'a pas fait, car cela influence mon jeu. J'ai donc dû faire des choix en conséquence, que je n'ai jamais dits à personne et que je ne dirai toujours pas. Parce que tout l'intérêt de la série, c'est qu'on essaie de déduire, à partir de ce qui se passe, ce qui a pu se produire ou non.

Il y a des scènes où je disais au réalisateur : "Faisons quelques prises, et peut-être que je ferai une version de cette scène où on penche un peu plus d'un côté, puis une autre version où on penche un peu plus de l'autre, et puis tu choisiras la version au montage." Donc c'était une expérience de jeu très intéressante.

Il y a une scène qui, je crois, résume bien le prince Andrew. Il est furieux et affirme qu'il ne pourrait jamais être pédophile, et une seconde plus tard, il court comme un enfant en riant. Était-ce un rôle difficile à jouer ?

Absolument. Et c'est ce qui le rendait si intéressant : il peut constamment surprendre. C'est divertissant et cela pose question. Cela veut dire qu'il est capable de tout. Qui est-il vraiment ? Qu'en pense le spectateur ? Il semble passionné et énergique lorsqu'il défend certaines idées mais d'autres fois, on se dit tout simplement que c'est un menteur.

Ce que je trouvais passionnant c'est que moi, comme le spectateur, nous pouvions ressentir une chose à son sujet à un moment donné, et à un autre, éprouver quelque chose de complètement différent. C'est un personnage qu'on ne peut jamais vraiment cerner. Et je trouve que c'est un élément déterminant qui rend cette histoire captivante.

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