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Climat. L'Europe aurait dû investir davantage dans l'énergie de l'atome. Il est encore temps d'en tirer des enseignements, estime Cécile Maisonneuve.
Publié le 13/03/2026 à 13:00
La centrale nucléaire du Bugey, à Saint-Vulbas, dans l'Ain, photographiée en juin 2025.
Romain Doucelin / SOPA Images vi
"Erreur stratégique" : la tentation de l’amertume est grande après la sortie de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, reconnaissant la faute que fut la marginalisation de l’énergie nucléaire en Europe, à l’occasion du sommet international organisé à Paris le 10 mars dernier. Amertume en songeant au temps perdu et aux conséquences majeures de cette décision que prirent, à partir du tournant des années 2000, nombre de pays européens. Amertume devant les chiffres : en 1995, l’Europe produisait 33 % de son électricité avec du nucléaire et importait 44 % de son énergie ; aujourd’hui, elle importe 54 % de son énergie… et produit 23 % de son électricité avec du nucléaire. Amertume en constatant que le développement des énergies renouvelables a très majoritairement remplacé, non pas les importations, mais la production domestique.
Que serait aujourd’hui la situation énergétique européenne si le continent avait choisi de faire rimer nucléarisation et décarbonation, au lieu de jouer la décarbonation contre la nucléarisation ? Dans le scénario contrefactuel d’un continent resté leader nucléaire, l’Europe de 2026 ne regarderait pas les marchés du gaz avec la même inquiétude. Son système électrique reposerait sur un socle bas carbone plus robuste et pilotable. L’industrie européenne serait moins exposée aux chocs géopolitiques et aux flambées de prix. S’agissant du cas précis de l’Allemagne, certaines modélisations montrent que, si Berlin avait choisi de fermer d’abord ses centrales à charbon plutôt que son parc nucléaire, jusqu’à 1 100 millions de tonnes de CO₂ auraient pu être évitées d’ici 2035 - soit près de trois années d’émissions françaises. Le coût économique et sanitaire global de cette décision est évalué à près de 12 milliards de dollars par an.
On connaît l’adage : "Rien ne sert de pleurer sur le lait renversé". En revanche, à l’heure où l’Europe industrielle est en urgence absolue, il est légitime de tirer les enseignements de ces graves erreurs de politiques énergétiques et de faire en sorte que nombre de décideurs publics sortent de la bulle cognitive qui les enferme dans une vision idéologique ou exclusivement politique de l’énergie.

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