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Perte de poids rapide, promesses spectaculaires, résultats « avant / après » bluffants… Les régimes dits « extrêmes » attirent. Mais à quel prix pour la santé ? On fait le point avec Nathalie Somville, diététicienne nutritionniste.
L'essentiel
Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.
Supprimer les glucides. Boire uniquement des jus. Sauter des repas. Ne manger qu’un seul type d’aliment... Les méthodes pour perdre du poids sont nombreuses et souvent très en vogue sur les réseaux sociaux. Quand on veut mincir rapidement, on peut se laisser tenter, surtout si l’on se sent mal dans son corps ou pressé(e) par un événement. Alors on essaie, en espérant des résultats rapides. Mais cette rapidité est trompeuse. « Le corps n’aime pas les privations brutales. Il s’adapte, il résiste, et il finit souvent par reprendre ce qu’il a perdu », prévient Nathalie Somville, diététicienne nutritionniste.
Définition : qu’est-ce qu’un régime « extrême » ?
Le terme peut sembler flou… Et pour cause : il recouvre des pratiques très différentes.
Pour Nathalie Somville : « Dès qu’on exclut des groupes entiers d’aliments sans raison médicale (allergie, maladie cœliaque, pathologie spécifique, etc.), on est dans un régime extrême ».
Plusieurs types de régimes peuvent donc être considérés comme des régimes restrictifs :
- Les monodiètes, qui consistent à consommer un seul aliment pendant plusieurs jours (pommes, bananes, soupe, etc.).
- Les régimes très restrictifs en calories (hypocaloriques), qui limitent l’apport calorique à 1 000 kcal par jour, voire moins, ce qui est insuffisant pour couvrir les besoins quotidiens.
- Les régimes cétogènes, très pauvres en glucides, qui changent radicalement la façon dont le corps utilise l’énergie.
- Les régimes carnivores, qui excluent les fruits, les légumes et les céréales, pour ne consommer que de la viande.
- Le jeûne, en particulier le jeûne prolongé ou le jeûne « sec ».
Le point commun de tous ces régimes ? Une forte restriction et un déséquilibre alimentaire.
Quels sont les risques des régimes très restrictifs pour le corps ?
Les régimes très restrictifs peuvent sembler efficaces à court terme. Mais ils comportent de nombreux risques pour la santé !
Les effets immédiats
Le corps peut réagir dès les premiers jours :
- Des vertiges.
- De l’irritabilité.
- Des maux de tête.
- Une grande fatigue.
- Des troubles du sommeil.
Ces symptômes s’expliquent simplement : le corps manque souvent d’énergie et de nutriments essentiels.
Les conséquences à long terme
À plus long terme (plusieurs semaines ou plusieurs mois), les risques sont plus sérieux :
- Des carences en vitamines et minéraux.
- Un ralentissement du métabolisme.
- Une perte de masse musculaire.
- Des troubles hormonaux.
- Une fragilisation des os.
Dans certains cas, le cœur peut aussi être affecté, surtout en cas de perte de poids rapide !
Que se passe-t-il dans le corps avec une monodiète ?
Manger uniquement des pommes, des bananes ou de la soupe pendant plusieurs jours peut sembler « naturel » ou « détox ». Mais cette impression est trompeuse, car le corps a besoin d’une variété d’aliments pour fonctionner correctement, souligne Nathalie Somville.
Prenons l’exemple d’une monodiète de pommes. Le corps manque :
- De protéines et de bonnes graisses, essentiels pour maintenir les muscles, le cerveau et le système hormonal.
- De vitamines et de minéraux, ce qui peut provoquer fatigue, vertiges, troubles de la peau ou des ongles, et affaiblir le système immunitaire.
- De fibres variées : manger un seul type de fibres peut dérégler la digestion et perturber le microbiote intestinal, essentiel à la santé globale.
Très vite, on peut observer : une grande fatigue, une fonte musculaire, des étourdissements, une baisse de concentration
Et cette perte de muscle n’est pas anodine. Moins de muscle, c’est un métabolisme plus lent. À la reprise alimentaire, le corps stocke plus facilement sous forme de graisse : c’est l’effet yo-yo. « Plus on enchaîne les régimes restrictifs, plus le corps devient méfiant et stocke facilement », rappelle Nathalie Somville.
Les régimes hyperprotéinés ou cétogènes sont-ils moins risqués ?
Ces régimes paraissent parfois plus « structurés ». Pourtant, ils restent déséquilibrés...
« Dans les régimes très pauvres en glucides, le corps a besoin de fabriquer du glucose. Il va utiliser certains acides aminés pour produire de l’énergie », précise Nathalie Somville. Résultat ? Même si on consommant des protéines, la masse musculaire peut diminuer.
Autres problématiques :
- Un manque de fibres.
- Des déséquilibres du microbiote.
- Un excès possible de matières grasses.
Sans encadrement médical, ces régimes peuvent fatiguer l’organisme !
Quels sont les risques d’un régime trop restrictif (hypocalorique) ?
Manger trop peu, même en variant les aliments, met le corps en « mode économie ». Il ralentit tous les mécanismes qui ne sont pas essentiels à sa survie :
- Le métabolisme.
- Les dépenses énergétiques.
- Certaines fonctions hormonales.
On peut alors observer :
- Une fatigue chronique.
- Une plus grand frilosité.
- Des chutes de cheveux.
- Des toubles de la thyroïde.
- Une faim incontrôlable et des compulsions alimentaires.
- Des cycles irréguliers, voire une aménorrhée (absence de règles).
- À terme, une fragilisation des os, liée à la baisse d’œstrogènes, qui jouent un rôle protecteur pour la santé osseuse.
« Les hormones de la faim sont perturbées : plus de ghréline (qui stimule l’appétit), moins de leptine (qui signale la satiété). À la reprise d’une alimentation normale, la prise de poids est souvent rapide », prévient Nathalie Somville.
Les régimes extrêmes peuvent-ils avoir un impact sur la santé mentale ?
Oui, et c’est un sujet dont on parle trop peu. Les privations peuvent :
- Abîmer l’estime de soi.
- Créer de la frustration.
- Déclencher un sentiment d’échec.
- Favoriser les compulsions alimentaires et les crises d’hyperphagie.
« Certaines personnes développent même une relation conflictuelle avec la nourriture : manger devient une source de stress ou de honte », souligne la diététicinne. Autrement dit, une restriction excessive peut augmenter le risque de troubles du comportement alimentaire, comme l’orthorexie ou la boulimie.
Les régimes extrêmes peuvent aussi impacter la vie sociale !
Oui, et cet aspect est souvent oublié. Ne manger que des pommes ou des sachets hyperprotéinés rendent certaines situations plus complexes :
- Les invitations chez des amis. On hésite à accepter ou on se sent mal à l’aise.
- Les repas au restaurant. Choisir parmi les plats devient un casse-tête et peut générer de l’angoisse.
- Les moments de partage en famille : les repas festifs ou les traditions culinaires peuvent devenir sources de stress.
« Cette restriction peut entraîner une forme d’isolement, car on finit par éviter les situations sociales pour ne pas être tenté(e) ou jugé(e). À long terme, cela peut peser sur le moral et renforcer une relation conflictuelle avec la nourriture », regrette Nathalie Somville.
Comment savoir si un régime est dangereux pour la santé ?
Certains signaux doivent alerter :
- Il promet une perte de poids très rapide (plusieurs kilos en quelques jours).
- Il supprime complètement une famille d’aliments sans raison médicale.
- Il repose sur un seul aliment ou sur des produits « miracles ».
- Il impose un apport calorique très bas sans suivi médical.
Un principe simple : plus un régime est strict et déséquilibré, plus il comporte de risques.
Que faire si l’on veut perdre du poids sans mettre sa santé en danger ?
Perdre du poids durablement demande du temps. Mais c’est possible, et cela permet de préserver la masse musculaire, insiste Nathalie Somville. Elle recommande :
- De gormir suffisamment.
- De manger de tout, en quantités adaptées.
- D’augmenter progressivement l’activité physique.
- De ne pas supprimer un groupe d’aliments sans avis médical.
- De rester à l’écoute des ses sensations (sensation de faim et de satiété).
Un accompagnement par un professionnel de santé peut faire la différence. Il aide à fixer des objectifs réalistes en fonction :
- De votre âge.
- De votre mode de vie.
- De votre histoire médicale.
- De votre relation à l’alimentation.
Un programme trouvé en ligne ne peut pas s’adapter à toutes ces nuances…
En résumé : oui, les régimes « extrêmes » font rêver. Mais ils mettent le corps et le moral à rude épreuve. Comme le résume Nathalie Somville : « On ne peut pas maltraiter son organisme pendant un mois et espérer qu’il n’y ait aucune conséquence ». Si vous souhaitez perdre du poids, avancez pas à pas. Faites-vous accompagner. Écoutez votre corps. La clé n’est pas la privation. C’est l’équilibre, la patience et la bienveillance envers vous-même.
Sources
Entretien avec Nathalie Somville, diététicienne nutritionniste à Pau et en téléconsultation.

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