« Romain Ntamack, tu seras un homme, mon fils » : un documentaire touchant sur une histoire de famille hors du commun

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La voix d’Émile Ntamack, grave, solennelle, récite les derniers vers du célèbre poème de Rudyard Kipling, puis elle est rejointe par celle de Romain, son fils, pour quelques mots articulés ensemble. Les derniers. « Tu seras un homme, mon fils. » Une conclusion en guise d’invitation. La signature et le titre d’un documentaire, diffusé sur Canal + ce dimanche soir (21 heures), consacré à l’ouvreur du Stade toulousain et du XV de France (43 sélections) et réalisé par Charlène Ravin et Benoît Pensivy. Le fruit de deux ans de travail truffé de témoignages et d’images d’archives.

Cette plongée dans la vie de Romain Ntamack révèle l’envers du décor, loin de l’image lisse projetée par le jeune homme de 26 ans, étoile de son sport programmée pour briller. Un jeune homme pudique, réservé et méfiant qui se livre au détour de mots rares et de regards qui en disent long sur l’héritage qu’il porte à chaque fois qu’il enfile un maillot.

Tenter de cerner Romain Ntamack, c’est d’abord découvrir une saga familiale qui remonte à l’arrivée de son grand-père Émile en France à 19 ans en provenance du Cameroun, le foyer fondé du côté de Lyon avec sa grand-mère Ernestine, pied-noir d’Algérie, et leurs trois fils, Georges, Francis et Émile. Un grand-père professeur, qui a travaillé dur et a inculqué à ses fils l’exigence qui l’a toujours guidé.

« Quand tu le vois faire ces gestes que tu faisais toi en tant que parent… »

« Il valait mieux être premier », glisse Émile, le père de Romain. Une première séparation, le déménagement d’Ernestine et de ses fils à Toulouse, afin qu’Émile puisse exprimer au mieux son talent de rugbyman… La vie se déroule en accéléré. Les générations se succèdent. Émile rencontre Marie. Romain naît le premier, suivi trois ans plus tard de son frère Théo. Le ballon ovale est au centre de tout.

Une ascension programmée pour Romain, surdoué surclassant les autres dès ses jeunes années ? Une route vers les sommets dont on distingue alors, le long de ce documentaire tout en retenue, les joies, les vertiges, les doutes et les fêlures. L’enfant devient un homme accaparé par le rugby, obnubilé parfois, serrant les dents pour surmonter ses blessures. Dan Carter et Jonny Wilkinson, les légendes interviennent pour éclairer ses pas dans la lumière. Thierry Dusautoir et Ugo Mola donnent leur vision du champion. Lisa Lopez est entrée dans la vie de Romain.

Arrive l’année 2023. Un condensé en quelques mois d’une carrière aussi marquée par les coups durs. Fin juin, il marque un essai historique, offrant le bouclier de Brennus au Stade toulousain contre La Rochelle après avoir cafouillé à plusieurs reprises pendant le match. Ses larmes, au coup de sifflet final, surprennent jusqu’à sa mère. « Avant ce soir-là, je ne l’avais jamais vu pleurer », raconte-t-elle.

Quelques semaines plus tard, c’est la douche froide contre l’Écosse, lors d’un match de préparation de la Coupe du monde avec sa rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche. C’est Romain qui console Émile. Un père pudique lui aussi, mais admiratif. Un père qui regarde avec tendresse, nostalgie et émerveillement son fils prendre dans ses bras son nouveau-né, Noah, arrivé en juillet 2024. « Quand tu le vois faire ces gestes que tu faisais toi en tant que parent, tu te dis que la roue a tourné. Où s’arrête cette transmission ? Ce n’est qu’une continuité finalement. » Une filiation. Une vie qui s’écoule au fil d’un documentaire touchant.

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