Que peut-il bien se passer à 408 km au-dessus de nos têtes ? Jeudi soir, un peu après 23 heures, la Nasa a annoncé que les quatre membres de l’équipage Crew 11, arrivé en août 2025, quitteront la station spatiale internationale (ISS) plus tôt que prévu en raison d’un problème médical concernant l’un d’entre eux. Un retour anticipé inédit depuis le lancement de l’ISS.
Mais l’agence spatiale américaine n’en a pas dit davantage. Ni sur l’identité du malade, ni sur ce qui lui arrive. Le directeur de la santé, le docteur James D. Polk, s’est contenté d’assurer que la personne souffrante était « dans un état stable » mais qu’elle devait rentrer sur Terre pour disposer de moyens médicaux qui ne sont pas à bord. Il a aussi précisé que cet état n’était dû ni à l’environnement, ni à la préparation de la sortie extravéhiculaire, ni à une blessure.
« En tout cas, ce n’est pas vital, assure Guillemette Gauquelin Koch, responsable des sciences de la vie et de la médecine spatiale au CNES. Si ça l’était, ils seraient déjà redescendus puisqu’il ne faut que quatre heures. Mais cela signifie quand même qu’il n’est pas possible d’attendre la fin de la mission, prévue dans deux mois. »
Point de suture, arrachage de dent… Mais pas d’opération chirurgicale
Pourtant, avant de partir pour la demi-année, la santé des astronautes est passée au crible de différents examens, le moindre problème les disqualifiant de tout départ pour l’ISS. Ils sont aussi confinés plusieurs jours.
À bord, les équipes disposent d’un peu de matériel, tel qu’un défibrillateur ou un robot humanoïde capable d’utiliser une seringue par exemple. Elles ont aussi été formées à de petits gestes médicaux : suturer une plaie, arracher une dent ou réaliser une échographie avec l’aide des médecins au sol. « Les images sont de très bonne qualité, poursuit Guillemette Gauquelin Koch. Cela peut servir en cas de calculs rénaux, par exemple. »
Impossible, toutefois, d’y envisager une opération chirurgicale. Les liquides que renferme le corps humain pourraient se disperser en apesanteur. « Ils se mettraient en boule, ça embêterait tout le monde…, poursuit Guillemette Gauquelin Koch. Mais ce sera vers la Lune ou sur Mars, où dans ce dernier cas, une communication met 20 minutes pour parvenir. » Et le voyage, plusieurs mois.
La Nasa devrait indiquer dans les prochains jours la date retour, mais l’astronaute malade ne pourra partir seul. Il devra être accompagné de ses trois autres camarades pour des questions de disponibilité de véhicules. La navette avec laquelle ils arrivent reste accrochée à l’ISS, le temps de leur mission, et ils repartent avec. Cela permet d’avoir en permanence suffisamment de sièges pour évacuer en cas d’urgence.
Après leur départ, le second équipage à bord, Soyouz MS-28, arrivé mi-novembre, restera seul en attendant Crew 12, dont la française Sophie Adenot fait partie. Prévu pour le 15 février, son départ pourrait d’ailleurs se faire plus tôt. « Il y a beaucoup de maintenance à faire sur la station spatiale qui vieillit. Je ne vois pas comment on pourrait laisser les trois personnes sur place faire tout, tout seul », estime encore Guillemette Gauquelin Koch.
Habité en permanence depuis 2000, le laboratoire volant qu’est l’ISS sert de banc d’essai essentiel pour la recherche sur l’exploration spatiale, notamment concernant les missions éventuelles vers Mars. Il reste, depuis la guerre en Ukraine, l’un des derniers éléments de coopération entre la Russie et les États-Unis.












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